Rose Ndiaye : « La France n’a jamais été une finalité, je devais rentrer au Sénégal pour investir »

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Ils sont nombreux les Sénégalais à effectuer un retour au bercail pour participer au développement de leur pays. Un phénomène auquel AFRIK.COM s’est intéressé. Dans cette huitième publication, Rose Ndiaye, 33 ans, responsable commercial du groupe Accor au Sénégal, explique son choix de rentrer, après avoir effectué ses études en France. Rencontre avec celle qui n’a jamais douté qu’elle réussirait chez elle.

A Dakar,

Lorsqu’on la rencontre pour la première fois, on est immédiatement frappé par la douceur et grâce qui se dégagent d’elle. Longiligne, taille de guêpe, les gestes posés, voix douce et suave, Rose Ndiaye fait penser à ces anciennes reines d’Afrique pleines de grâce. Elle n’est pas seulement belle, c’est aussi une tête bien faite et pleine. Ce n’est pas pour rien qu’elle est directrice commerciale du groupe Accor en Afrique. Ses compétences et son sens de l’organisation ont joué en sa faveur. Deuxième d’une fratrie de quatre enfants, elle est née et a grandi au Sénégal. Elle a très tôt su ce qu’elle voulait faire dans la vie. Une fois son bac en gestion et son DUT en commercialisation en poche, elle s’envole pour la France pour poursuivre ses études en commerce international, à l’ISEC.

Alors que de nombreux étudiants pensent à rester en France, elle décide de repartir dans son pays d’origine. Ses proches étaient hostiles à son retour mais elle tient bon. « Depuis le début je comptais revenir. Ce n’était pas une finalité de rester. Pour moi c’était clair, après mes études, je devais revenir. Le but était de prendre le meilleur de là-bas et de revenir, je voulais investir dans mon pays. J’étais convaincue que si tous les jeunes partaient de l’Afrique, elle n’allait jamais se développer. Et puis à Paris ou en Europe, je reste une noire », explique Rose. « Je voulais aussi prouver dans mon parcours, qu’on pouvait réussir au Sénégal sans être pistonnée car à Paris on dit qu’à Dakar si tu n’as pas de relations, tu ne trouves pas de travail. Je m’étais fait un défi, montrer aux gens qu’on peut rentrer en Afrique sans être pistonné et trouver un travail », assure-t-elle.

Premières galères

Le retour toutefois n’a pas été simple. Le projet de boutique en ligne de vente de vêtements et d’accessoires, qu’elle avait créé en amont après y avoir déversé toutes ses économies ne fonctionne pas. La jeune femme enchaîne les difficultés, notamment pour trouver un travail qui corresponde à ses attentes. Avant de trouver le poste de ses rêves chez Accor, elle en a vu de toutes les couleurs. « Quand je suis rentrée en 2009, j’ai cherché un travail de juillet à octobre. Un jour, je tombe sur une annonce dans un journal sur un poste de manager junior chez la société Les nouvelles galeries du Sénégal». Elle décroche le job. Mais en juin 2010, elle décide de quitter l’entreprise.

« Je ne se sentais plus en phase avec cette dernière. Je l’ai quittée car revenir comme ça au Sénégal et travailler pour une société sénégalaise, c’est très dur, les gens ont une certaine mentalité qui ne me permettait pas par exemple de développer des projets au sein de l’entreprise, je voulais mettre beaucoup de choses en place, mais c’était compliqué, les gens ne comprennent pas que les salamalek ne doivent pas interférer dans le cadre professionnel ».

Course acharnée pur trouver du travail

Retour à la case départ donc. Elle se remet à chercher du travail de plus belle. Une course acharnée qui dure de juillet 2010 à mars 2011. « Rester dormir à la maison, je déteste ça, c’est pas mon genre. Je dois toujours faire quelque chose. Quand tu cherches un boulot, tu ne te réveilles pas à 10 heures, il faut sortir de la maison très tôt. Je déposais mon cv dans toutes les entreprises de la Rue République en ville. Des fois je me retrouvais sans rien pour payer le taxi ou le bus pour rentrer ». Selon elle, dans la vie il faut avoir des objectifs. Il faut que le CV de chacun évolue au fil des années. De 2015 à 2017, il faut rajouter de nouvelles choses dans son CV. Le but est d’évoluer. Elle, pour décrocher le travail qu’elle souhaitait, n’a en effet pas hésité à user des grands moyens. « Je n’avais pas de connaissances, j’ai donc créé un fichier excel avec le nom de toutes les entreprises susceptibles d’être intéressées par mon parcours. J’allais sur internet, s’il y avait possibilité de postuler je le faisais, sinon je faisais du porte à porte. Je partais avec mes parents le matin, j’allais d’agence en agence et je mettais mon fichier excel à jour», raconte-t-elle.

Enfin un boulot de rêve!

Finalement, le groupe Accor s’intéresse à son CV. En janvier 2011, elle décroche enfin le poste coordonnateur commercial en Afrique et commence à travailler en mars 2011. Son rôle, coordonner les ventes à l’international. Une fonction qui l’amène a beaucoup voyager dans la sous-région pour notamment former aussi les équipes commerciales du groupe. « C’était très intéressant de voyager, ça a été aussi une chance de revenir travailler dans un groupe international, on n’est pas dépaysé et ça a été beaucoup plus facile que ma première expérience chez les Galeries sénégalaises», dit-elle en riant.

Elle occupe ce poste de mars 2011 à décembre 2013. Puis en janvier les choses s’accélèrent pour elle. Elle est nommée responsable commercial du groupe au Sénégal, le poste qu’elle occupe actuellement. « Voyager c’est bien mais après il faut se poser surtout quand on est mariée », affirme-t-elle en souriant. «J’aime ce que je fais, j’apprend beaucoup et je continue d’apprendre. Je m’épanouis dans mon travail, j’ai des objectifs clairs d’année en année, j’avance tout doucement ».

Des projets en devenir

La jeune femme prend avec philosophie toutes les difficultés qu’elle a pu vivre auparavant pour décrocher un emploi. « Ce sont de bonnes expériences, tôt ou tard ça va payer. Il faut avoir bon cœur, se donner à fond», estime-t-elle. «Même avec 5000F, ou 10000 f, je préfère accepter de travailler car je gagne en expérience». Selon elle,« il y a beaucoup de chômage mais les gens au Sénégal se plaignent trop, aiment l’argent facile, et ne bougent pas assez. Mais ils vont envier ceux qui ont un niveau de vie plus élevé. Plutôt que de jalouser les autres, il faut faire ses preuves, conseille Rose. Montre que tu vaux plus et là on te donnera ta chance. Donne toi à fond, si ton boulot c’est de servir fais le bien et quand il y aura une promotion, on pensera à toi en premier. Au lieu de cela, tu vas en vouloir à ton patron, rechigner dans ton coin.»

Elle fourmille actuellement de projets. D’ici deux ans, « je pense à créer ma propre entreprise, c’est mon but et j’ai plusieurs pistes. Je sais exactement ce que je veux et ou je me sens à l’aise. Mais pour le moment, j’ai besoin d’avoir de l’expérience, c’est ce que j’obtiens dans le groupe Accor ». Un projet qu’elle compte monter avec son mari, pour, elle aussi, contribuer à l’essor économique du pays de la Téranga.

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