Romuald Wadagni à Paris : le Bénin entre la France et ses voisins de l’AES


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Romuald Wadagni - Président du Bénin

Attendu à Paris ce dimanche 4 octobre au soir pour une visite de travail de deux jours, le Président béninois, Romuald Wadagni, doit rencontrer Emmanuel Macron lors de son premier déplacement en France depuis son investiture. Entre ces deux partenaires historiques, la visite sera scrutée à l’aune des ambitions économiques de Cotonou et de la menace jihadiste à ses frontières, sur fond de redéfinition des relations entre Paris et l’Afrique.

Romuald Wadagni connaît bien Paris, où il s’est souvent rendu comme ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, et auparavant comme cadre de Deloitte. Investi le 24 mai 2026, le chef de l’État béninois y arrive cette fois avec une autre casquette : celle de Président, chargé de donner une orientation à la diplomatie de son pays.

Préparée depuis plusieurs mois, cette visite intervient après une série de déplacements en Afrique, notamment au Nigeria, au Niger, au Burkina Faso, au Mali, en Côte d’Ivoire, en Mauritanie, au Togo, en République du Congo et au Rwanda. Le premier l’a conduit à Niamey dès le 2 juin, une semaine après son investiture. Le choix de Paris, quelques mois après son accession au pouvoir, traduit l’importance que Cotonou continue d’accorder à la relation avec la France.

Des investissements aux questions sécuritaires

À l’Élysée, Emmanuel Macron et Romuald Wadagni doivent examiner l’état de la coopération bilatérale et les questions internationales. Les attentes béninoises devraient notamment porter sur les investissements et le financement des infrastructures prioritaires. Les échanges commerciaux entre les deux pays restent modestes : 309 millions d’euros en 2025, dont 282 millions d’exportations françaises.

Fort de son expérience de ministre des Finances, Wadagni connaît bien les exigences des investisseurs et les contraintes du financement du développement. Le Bénin cherche à consolider son attractivité et à accélérer ses projets structurants. Paris pourrait être sollicité pour accompagner cette ambition.

La sécurité constituera un autre sujet sensible. Confronté à la progression des groupes armés dans sa partie septentrionale, le Bénin a besoin de coopération en matière de renseignement et de formation. Le 6 mars dernier, quinze soldats ont été tués dans l’attaque d’un camp militaire à Kofouno, revendiquée par le JNIM, lié à Al-Qaïda, après les 54 morts du parc W en avril 2025. Paris a déjà montré sa disponibilité : lors de la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, la France avait apporté à Cotonou, à sa demande, un « appui en termes de surveillance et de logistique ».

Dans la sous-région, les relations entre la France et les pays du Sahel, dont deux frontaliers du Bénin – le Burkina Faso et le Niger –, se sont profondément dégradées. Cotonou demeure ainsi un partenaire important pour Paris.

Une relation à rééquilibrer

La portée politique du déplacement dépasse toutefois les dossiers techniques. Depuis plusieurs années, la France tente de redéfinir ses relations avec les pays africains, sur fond de contestation de son influence historique. Les pays de l’AES sont allés le plus loin dans cette remise en cause. Le Niger accuse d’ailleurs régulièrement le Bénin de servir de base de déstabilisation de son territoire en collaboration avec la France, des accusations que Cotonou a toujours réfutées. La frontière entre les deux pays reste fermée : malgré l’engagement pris à Niamey en juin, le général Tiani déclarait en juillet n’avoir « pas de date précise pour l’ouverture ».

L’enjeu de la visite pour Romuald Wadagni sera de préserver les avantages d’un partenariat ancien sans donner l’impression d’une diplomatie tournée vers un seul interlocuteur. Sa tournée africaine, passée par Niamey, Ouagadougou et Bamako avant Paris, témoigne déjà d’une volonté de diversification des partenaires et de renforcement de la coopération Sud-Sud.

La culture et le patrimoine pourraient également figurer parmi les sujets abordés, dans le prolongement des restitutions d’œuvres royales du Danxomè et des initiatives de valorisation engagées entre les deux pays. La loi française du 9 mai 2026, qui facilite les restitutions de biens culturels, relance notamment le dossier de la statue du dieu Gou, conservée au Louvre et réclamée par Cotonou.

Serge Ouitona
Serge Ouitona, historien, journaliste et spécialiste des questions socio-politiques et économiques en Afrique subsaharienne.
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