Révolution en Tunisie : un anniversaire au goût amer

La Tunisie a célébré ce mercredi la révolution de janvier 2011, qui a conduit à la chute de Ben Ali. Mais les festivités ont tourné au désordre au palais présidentiel, où une cérémonie a été interrompue par des protestations des familles de Tunisiens tués ou blessés pendant le soulèvement.

La célébration de la Révolution de janvier de 2011, qui a mis fin au régime de Ben Ali, a mal tourné en Tunisie. Alors que le Président Béji Caïd Essebsi, élu fin décembre, venait de terminer un discours à l’occasion du quatrième anniversaire de la révolution et décorait des personnalités, des familles de Tunisiens tués ou blessés pendant le soulèvement ont vivement protesté contre l’injustice face au martyrs. « Où est la justice pour nos enfants ? », ont crié certains membres des familles, tandis que d’autres scandaient « Fidèles au sang des martyrs ! ».

Pour d’autres cette cérémonie est une mascarade, déshonorant les victimes de la révolution. Caïd Essebsi, visiblement irrité par le brouhaha, rapporte l’AFP, a tenté de continuer à remettre les décorations, dont l’une à titre posthume à l’élu Mohamed Brahmi, assassiné le 25 juillet 2013. « Si les martyrs étaient encore vivants, ils ne seraient pas d’accord avec vous », a-t-il d’abord lancé aux membres des familles invités au Palais de Carthage. « Tous les martyrs sont dans nos esprits et seront décorés. Ce que vous faites n’est donc pas nécessaire. Allez, que Dieu vous vienne en aide », a-t-il ajouté quelques minutes plus tard, avant de tourner les talons.

Cet incident montre bien que la Tunisie ne s’est toujours pas réconciliée avec elle-même, quatre ans après la révolution. Le pays doit toujours faire face à ses vieux démons. Selon un bilan officiel, la répression du soulèvement populaire qui a renversé Zine El Abidine Ben Ali a fait plus de 300 morts et des centaines de blessés pendant la révolution, mais aussi dans les jours ayant suivi la fuite du dictateur.

Mais selon l’organisation de défense des droits de l’Homme, Human Rights Watch, « les efforts de la Tunisie pour faire rendre des comptes en justice aux auteurs d’exécutions extrajudiciaires pendant le soulèvement populaire, il y a quatre ans, ont été anéantis par des problèmes juridiques ou liés à la procédure d’enquête et n’ont pas permis de rendre justice aux victimes ». Pour l’organisation, à l’exception « de la peine de prison à perpétuité prononcée par contumace à l’encontre de Ben Ali, le long processus qui s’est déroulé devant des tribunaux militaires n’a produit que des verdicts cléments, voire des acquittements, pour les personnes qui étaient accusées d’avoir causé la mort de manifestants ».