Réveiller les géants

Enfin des médicaments anti-sida moins cher. Ceux qui luttent depuis de nombreuses années pour que le prix des antirétroviraux, essentiels dans la prise en charge des malades du sida, soit enfin abordable pour n’importe quel habitant de la planète, ont pour une fois de quoi se réjouir. Le géant pharmaceutique GlaxoSmithKline, le plus important producteur de médicaments anti-sida au monde, a annoncé qu’il allait couper le prix de ses traitements par deux à destination des pays pauvres. Soixante-trois pays sont concernés, dont l’ensemble des pays d’Afrique sub-saharienne. Ainsi, le Combinir, le traitement le plus demandé, ne coûtera plus que 90 cents US par jour, alors qu’il revient à 18 dollars par jour aux Etats-Unis.

Pas la peine de rappeler les chiffres effrayants de la pandémie sur le continent. Mieux vaut souligner l’espoir qu’une telle décision engendre. L’espoir pour des millions d’Africains d’accéder à un vrai traitement. Alors bien sûr, aujourd’hui, les officiels et les médias se sont félicités de l’annonce du groupe pharmaceutique. Nous, nous disons  » c’est pas trop tôt  » ! Et pas question de tresser une couronne de lauriers à cette entreprise qui fait son beurre depuis suffisamment longtemps sur le dos des malades…

Car si GlaxoSmithKline baisse le coût de ses médicaments, ce n’est ni par charité, ni par esprit d’humanité. C’est tout simplement parce-que la pression était devenue trop forte. Alors que différents procès sont en cours, certains investisseurs institutionnels ont envoyé ces derniers mois des signaux suffisamment forts à la compagnie pharmaceutique. Comme le plus important fonds de pension américain qui a lui-même demandé à GlaxoSmithKline de baisser ses prix pour les pays en développement…

C’était peut-être aussi par peur de perdre un marché… Car les pays africains, à l’image du Burkina Faso, ne vont pas attendre indéfiniment que les géants de la pharmacie se réveillent. Ainsi, le pays des hommes intègres a signé mardi dernier à Ouadadougou un accord pour la fourniture de médicaments génériques antirétroviraux avec les laboratoires indiens Cipla-Ltd (Chemical industrial pharmaceutical laboratories). Un accord qui va permettre de réduire de moitié le coût du traitement des malades du sida dans le pays…