Reportage exclusif : Inondations au Malawi

Au Malawi et au Mozambique, pays voisins, la pluie cesse d’être une bénédiction pour devenir une plaie, source de misère. 400 000 Mozambicains et 200 000 Malawites se retrouvent sans logis, leurs habitations détruites par les inondations. Les victimes craignent autant la montée des eaux que la famine et les épidémies.

De notre correspondant à Blantyre (Malawi)

Alors que le Mozambique peinait à se remettre du choc des inondations de l’année dernière, dont l’ampleur historique avait emporté 700 vies humaines et privé de toit 500 000 personnes, ce pays, tout comme le Malawi, son proche voisin, se retrouve à nouveau noyé par les eaux. La catastrophe affecte directement toutes les populations installées sur les bords des principales rivières.

Au Mozambique, la zone la plus touchée est la vallée du Zambèze, que le directeur de l’Institut National pour la gestion des Risques Naturels (INGC) a dépeinte  » dans une situation très inquiétante « , précisant  » Le pire pourrait être à venir « .

Alors que l’année dernière 500 000 Mozambicains furent touchés par les inondations du Zambèze, cette année on comptait aux premiers jours de mars plus de 400 000 sans abri dans les provinces centrales de Zambezia, Sofala, Manica et Tete. A cette date, quarante-cinq personnes y avaient déjà trouvé la mort.

Les chiffres du désespoir

Au Malawi, les statistiques gouvernementales indiquent officiellement que 194 000 personnes avaient été déplacées, mais la réalité pourrait être supérieure. Le district le plus touché est Nsanje, frontalier du Mozambique, où les rives de la rivière Shire, qui traverse la région pour se jeter dans le Zambèze, sont très largement inondées. Le Commissaire du District de Nsanje, Charles Makanga, a déclaré que 217 villages avaient été fortement touchés par les flots, privant de leur domicile et souvent de tous leurs biens 22 454 personnes.

Il a également rapporté que de nombreux habitants des villages concernés ont échappé à la montée des eaux en se réfugiant dans des localités construites sur les reliefs, et que la plupart ont trouvé refuge au quartier général du district, qui a été épargné par le déluge. Dans le district de Nsanje, il a également confirmé la mort de cinq victimes. Trois d’entre elles happées par le courant de la rivière en crue, deux autres ensevelies sous leurs maisons effondrées. On redoute également que de nombreux disparus aient été tués par les crocodiles, de plus en plus menaçants avec la montée des eaux. Des centaines de Malawites fuient également chaque jour dans la province mozambicaine de Zambezia, tentant d’échapper des inondations catastrophiques de la rivière Shire, qui marque la frontière entre les deux pays.

Le représentant du Programme des Nations Unies pour l’Alimentation au Mozambique a trouvé refuge sur les hauteurs de Pinda et Megaza, dans le district de Morrumbala. Il s’est déclaré confronté à un  » énorme afflux  » de réfugiés en provenance des zones inondées du sud du Malawi, ainsi que de Mozambicains également affectés par la crue de la rivière Shire, qui constitue le principal déversoir du lac Malawi, troisième lac africain en superficie et contenance.

Risques d’épidémies

Outre les dommages physiques et matériels entraînés par la crue, des cas de choléra et de dysenterie se sont déclarés à Mutarara et Migaza, au Mozambique, à la suite des lourdes pluies qui ont déclenché les crues. Le Commissaire du District de Nsanje, Charles Makanga, a souligné que même si aucun cas semblable ne lui avait été rapporté pour lors du côté du Malawi, les autorités redoutaient d’en voir apparaître.

Des responsables du Ministère de la Santé malawite avaient déclaré, dès le lundi 26 février, qu’au moins 19 personnes avaient succombé au choléra dans certaines zones inondées, alors que 1500 personnes avaient déjà été soignées pour cette maladie dans le pays, depuis le début de la saison des pluies, trois mois auparavant. Le contrôleur des services de prévention du ministère de la santé, le Docteur Habib Somanje, a déclaré que même si le Ministère disposait de stocks de sels de réhydratation orale suffisants pour traiter les malades, en revanche il craignait que la pénurie de  » désinfectant noir  » ait pu favoriser la progression de l’épidémie. Le  » désinfectant noir  » étant le principal produit utilisé pour désinfecter et assainir les zones où les malades touchés par le choléra habitent.

Au Malawi comme au Mozambique, les crues ont causé plusieurs millions de dollars de dommages, habitations, bétail, granges et récoltes… Les communications sont devenues très difficiles dans les zones inondées, et des responsables gouvernementaux redoutent la perspective d’une famine durable dans des régions où toutes les cultures ont été ravagées : un vol au-dessus de certains districts offre le dramatique spectacle des plantations de maïs, de riz, de bananes, littéralement submergées. Le Ministre de l’Agriculture du Malawi, Leonard Mangulama, a déclaré que la nourriture de base du pays, le maïs, était menacée par les pluies diluviennes qui continuent de s’abattre sur les champs, et que les récoltes étaient d’ores et déjà attendues en chute de plus de 15% : or le Malawi, qui consomme au moins annuellement 1,86 millions de tonnes de maïs, en a produit l’année dernière 2,5 millions de tonnes. Cela ne devrait pas être le cas cette année.

La famine frappe à la porte

A la suite des crues continues qui ravagent la plupart de leurs régions, le Malawi et le Mozambique ont donc appelé à une aide internationale afin de faire face aux situations d’urgence. Le Mozambique a demandé une aide de 30 millions de dollars et des capacités de transport aérien. Au Malawi, les régions touchées ont été déclarées zones sinistrées, en état de catastrophe naturelle, et le Commissaire pour les désastres naturels a déclaré que le gouvernement avait en urgence besoin d’un million de dollars d’aides pour répondre aux besoins des réfugiés.

L’Afrique du Sud a dépêché en assistance des hélicoptères et des avions, afin de contribuer à acheminer nourriture et produits de première nécessité vers l’ancienne colonie portugaise ravagée par les eaux. Les gouvernements agissent main dans la main avec le programme mondial pour l’alimentation et plusieurs ONG pour distribuer vivres et matériels. Les organisation d’aide humanitaire attendent encore des réfugiés en plus grand nombre dans les camps de regroupement, si les eaux continuent de monter. Pourtant les difficultés sont multiples : entre le 22 et le 24 février, par exemple, les vols des hélicoptères qui portent l’assistance alimentaire et matérielle aux 424 000 victimes réfugiées dans la région de Zambezia furent suspendus, du fait d’une pénurie de fuel, affectant également les opérations de sauvetage de plusieurs centaines de personnes bloquées sur des îles de la Shire et du Zambèze.

Un groupe de réfugiés d’un camp de Nsanje ont ainsi pris à partie le Ministre délégué auprès du Président malawite, Dumbo Lemani, qui effectuait une visite en hélicoptère, et se bornait à leur assurer que le gouvernement ne les  » oubliait pas  » : Dorish Sandalamu, président du Comité local des Réfugiés, lui expliqua alors de son côté que certains des hommes qu’il avait en face de lui n’avaient rien mangé depuis une semaine…

Brian Ligomeka