
Après une rencontre à l’Élysée le 8 avril 2026 entre le président ghanéen John Dramani Mahama et Emmanuel Macron, Accra affirme que Paris a signalé son ouverture à des discussions sur les réparations liées à la traite transatlantique. Un signal diplomatique inédit, intervenu deux semaines après l’abstention de la France lors du vote d’une résolution historique à l’ONU. Nouveau coup de communication de Macron ou réelle volonté ?
Une déclaration ghanéenne qui surprend après l’abstention française à l’ONU
C’est une information relayée par Reuters le 13 avril 2026 qui a retenu l’attention des milieux diplomatiques africains : le Ghana a déclaré que la France s’est montrée disposée à engager un dialogue sur les réparations liées à l’esclavage transatlantique. Selon le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Samuel Okudzeto Ablakwa, Emmanuel Macron aurait signifié son soutien à un « dialogue ouvert et honnête » lors du déjeuner de travail avec le président John Dramani Mahama à l’Élysée, le 8 avril.
L’annonce tranche avec la position officielle affichée par Paris moins de trois semaines plus tôt. Le 25 mars 2026, la France s’était abstenue lors du vote à l’Assemblée générale des Nations Unies sur une résolution portée par le Ghana, au nom des 54 membres du Groupe africain, qualifiant la traite des esclaves africains de « crime le plus grave contre l’humanité ». Le représentant français, Sylvain Fournel, avait justifié cette abstention par des réserves juridiques, notamment le risque d’établir une hiérarchie entre les crimes contre l’humanité. La résolution avait néanmoins été adoptée à une large majorité de 123 voix pour, 3 contre et 52 abstentions.
Cette abstention avait suscité des critiques vives au sein même de la République française, notamment de la part d’élus des territoires ultramarins des Antilles et de Guyane, qui l’avaient qualifiée de « signal profondément incompréhensible ». La Fondation pour la mémoire de l’esclavage avait pour sa part appelé à l’ouverture d’un débat national sur les réparations.
Macron prudent, Mahama offensif : les termes d’un dialogue encore flou
Les contours précis de cette « ouverture » française restent à définir. Lors de la rencontre à l’Élysée, Emmanuel Macron aurait rappelé que la France a reconnu la traite comme crime contre l’humanité dès 2001 via la loi Taubira, tout en précisant que toute discussion sur les réparations devrait tenir compte de la diversité des acteurs historiques impliqués, y compris des royaumes africains. Paris n’a, à ce stade, émis aucune déclaration publique confirmant ou infirmant la lecture ghanéenne de cet entretien.
Le président Mahama, champion désigné de l’Union africaine sur la question des réparations pour la période 2026-2035, a pour sa part indiqué lors des discussions que le dossier couvrirait également le retour des artefacts culturels pillés et la lutte contre le racisme structurel. Des thèmes sur lesquels Paris a montré des signaux d’ouverture ces dernières années, notamment sur la restitution d’œuvres d’art africaines.
La portée réelle de ces échanges demeure incertaine. La résolution onusienne adoptée en mars n’a pas de caractère contraignant, et aucun mécanisme formel de réparations financières n’est à ce jour sur la table côté français. Reste que la seule évocation d’un « dialogue ouvert » par l’Élysée constitue, dans le contexte politique actuel, un déplacement notable de la position traditionnelle de la France. Il faut rappeler que la Fraance est un pays qui, avec ses quelque 1,3 million d’Africains déportés répertoriés dans la base de données Slave Voyages, figure parmi les puissances esclavagistes majeures de l’histoire.



