Renvoi du procès de 7 militants sahraouis au Maroc

L’audience du procès contre les 7 militants sahraouis (Brahim Dahane, Ahmed Nassiri, Ali Salem Tamek, Lachgare Degia,Yahdih Ettarrouzi, Rachid Sghavar, Saleh Lebaihidi) s’est tenue aujourd’hui 7 janvier 2011 devant le tribunal de première instance de Ain Seba’a (Casablanca). Les trois premiers de la liste sont encore en détention depuis le 28 octobre 2009. Cinq observateurs italiens étaient présents: Luciano Capuano (Avocat, Naples), Francesco Marco de Martino(avocat, Naples), Eugenio Morlini (Pretre à Reggio Emilia), Nicola Quatrano (Magistrat , Naples), Cinzia Terzi(Insegnante, Reggio Emilia).

D’autres observateurs étaient aussi présents:Matthew Lehrfeld (Consulat Général des Etats-Unis à Casablanca), Henrik Samuelson(Premier Secrétaire de l’ambassade suédoise au Maroc), Dagmar Schmidt Tartagli(Ambassade suisse au Maroc).
Le procès a été renvoyé à la date du 14 janvier 2011 et le tribunal a réservé sa décision sur les exceptions relatives à la régularité des avis aux accusés en liberté provisoire soulevées par les avocats de la défense et les constitutions des parties civiles. Aussi, l’audience d’aujourd’hui a été caractérisée par de fortes tensions comme celles qui l’ont précédées ( 15 octobre,5 novembre,17 décembre 2010),lorsque selon les observateurs qui y ont participé il ya eu des agressions contre les accusés,les avocats défenseurs , certains observateurs internationaux et des journalistes espagnoles.

Il faut dire que les avocats sahraouis de la défense, Abd El Asiz Nwidi, Mohamed Boukhaled, Mohamed Elhabib Erguibi, Razaid Lahmad, Abd Ellah Shallouk, Mohamed Fadel Leili, ont diffusé ces derniers jours un communiqué dans lequel ils déclarent d’avoir décider de boycotter le procès après les manifestations politiques qui ont été menées contre les accusés à l’intérieur du tribunal et également dans la salle d’audience et après les agressions verbales et physiques contre ceux-ci, les avocats de la défense et les observateurs internationaux car il n’y a pas les conditions minimales qui caractérisent un procès equitable.

La défense des accusés a été de toute manière assurée par la présence généreuse de trois avocats marocains:Mustapha Errachidi, Mohamed Sadkod, Masoidi Mohamed Sabbar.

Pendant l’audience les observateurs ont pu constater:

1. Il y avait devant le tribunal des groupes de manifestants et de nombreuses banderoles qui acclamaient “l’appartenance du Sahara Occidental” au Maroc. Les observateurs ont été accueillis à l’entrée par une horde de photographes. Les procédures d’accès au tribunal ont été assez fluides. Ils ont retiré aux observateurs les téléphones, les appareils photos et certains ont été même perquisitionnés. En revanche ils ont permis à des personnes d’entrer avec leurs appareils ainsi que des drapeaux marocains et des photos du roi.

2. Dans la salle d’audience il y avait une centaine de personnes. Les observateurs ont été invités à s’asseoir au fond. La salle était bondée et la présence de nombreux avocats debout devant le banc des juges(certains pas intéressés par le procès) a empêché aux observateurs de suivre ce qui se passait.

3. Aucun sahraoui etait présent dans le public et les accusés en liberté provisoire n’y étaient pas aussi. Selon les informations des avocats de la défense ceux –ci ont eu peur à cause des agressions subies durant les 3 audiences précédentes.

4. Les observateurs n’ont pas fait l’objet d’intimidations mais ont éprouvé l’hostilité continue du public. Certaines femmes du public ont eu à couvrir la tete et le visage de l’avocat Marco de Martino avec un drapeau du Maroc et ont tout de suite été réprimandées.

5. Les avocats qui défendaient les accusés ont fait l’objet d’interruptions répétées et violentes. En particulier l’intervention de l’avocat Mustapha Errachidi a été interrompue après 4 minutes seulement par une violente agression verbale de la part d’un avocat de la partie civile soutenu par les acclamations du public et l’encouragement de ses collègues.

6. Certains passages des plaidoiries défensives ont été accompagnés par les cris du public ainsi que l’entrée dans la salle et la sortie des détenus.

7. Le président du collège n’a pas joué son rôle de mettre de l’ordre et de la discipline consentant un déroulement désordonné ainsi que des interruptions et des menaces contre les accusés et leurs défenseurs. Lorsque l’avocat Errachidi a été agressé par son collègue de la partie civile,le président a laissé faire au lieu d’abandonner la salle avec le collège quand la clameur du public est devenue assourdissante. Il a interrompu plusieurs fois les plaidoiries des avocats défenseurs mais a laissé parler librement les défenseurs de la partie civile et le procureur. Il a aussi permis à tous ceux du public de se mettre debout à maintes reprises et a imposé au seul délégué de l’ambassade suédoise de s’asseoir au moment où celui –ci s’était mis debout pour regarder au-delà de la foule debout devant lui.

8. Certains des avocats qui se sont distingués durant les audiences précédentes par une présence violente et agressive à l’encontre des accusés, de leurs défenseurs et des observateurs internationaux ont participé à cette audience comme avocats de la partie civile s’étant constitués dernièrement en représentance de nombreuses associations dont l’Association des marocains du monde, le Mouvement international pour soutenir le parachèvement de l’intégrité territoriale du Royaume du Maroc, le Conseil Préfectoral de Casablanca.

Pour conclure, les observateurs remarquent que l’audience a été caractérisée par:

 Les intimidations prolongées à l’encontre des accusés et de leurs défenseurs.

 L’absence des accusés en liberté provisoire, de leurs familles, de la plupart de leurs défenseurs, conséquence des intimidations dénoncées au cours des audiences précédentes.

 Une gestion inappropriée de l’audience de la part du président du collège des juges.

Ceci dit,(et au delà de toute autre question) les observateurs internationaux réitèrent la conviction que le procès n’est pas en train de se dérouler selon les canaux universellement reconnus pour un procès équitable.