Moustapha Fall, le jardinier qui produit des pommes au Sénégal


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Moustapha Fall
Moustapha Fall

Au Sénégal, un homme tente de produire des pommes dans ce pays au climat sahélien. Ce qui, à priori, est considéré comme impossible. Grâce à sa ténacité, Moustapha Fall, jardinier, a réussi à faire grandir des pommiers dont la taille a dépassé deux mètres. Mieux, les premières pommes commencent à sortir des branches. Afrik.com est allé à sa rencontre dans son jardin paradisiaque.

Samedi 28 janvier 2022. Il est 17h12 lorsque nous foulons le sol du jardin Touba Garab-Yi, géré par Moustapha Fall. Nous sommes accueillis par les chants des oiseaux qui ont y ont établi, qui leurs quartiers, qui d’autres leur lieu de transit. A l’intérieur, en effet, il y a à manger et à boire. En plus des arbres qui permettent de facilement déposer son nid et élever ses petits en toute tranquillité. Sans compter que la verdure, la fraîcheur et les différents parfums en ont fait un lieu paradisiaque. Moustapha Fall 1C’est à 80 kilomètres de Dakar, dans la localité de Keur Madaro, région de Thiès, que le sexagénaire s’est installé. Cela fait 38 ans qu’il travaille dans ces lieux où il avait rejoint son père, en 1985. Depuis lors, à part une petite incursion d’environ un an dans le milieu du transport (1987-1988), l’homme n’a plus quitté les lieux. Toute sa vie où se concentre dans cet endroit de plusieurs hectares. Jardin, potager, verger : le tout est concentré en un même lieu, où l’homme a même fait pousser des pommiers. Une expérience qu’il a tenu à tenter.

« L’expérience de planter des pommiers »

« Cela fait un an que je tente l’expérience de planter des pommiers. Puisqu’il se dit que les pommiers ne peuvent pas grandir en Afrique subsaharienne, je me suis lancé dans cette expérience. Et je pense pouvoir y arriver. Je peux dire que j’y suis parvenu », confie Moustapha Fall, tout fier. Au cours de notre échange, il se dirige vers l’entrée de son jardin, lève la tête et cueille une grappe de raisin. Il en consomme un avant de nous en proposer. « Il est meilleur que celui qui est vendu sur le marché », estime-t-il. En effet, le goût de ses fruits est un peu plus relevé, légèrement plus acide.

Moustapha Fall 2 Moustapha Fall 3 Dans son petit paradis, tout y pousse. « Tomates, aubergines amères, concombres, salade, persil… », énumère-t-il. Il nous confie au passage que c’est à partir de 1950 que son père a commencé à gérer les lieux. Actuellement, l’homme fait travailler, au quotidien, une dizaine de personnes. « J’ai dix employés que je prends en charge pour ce qui est du petit-déjeuner et du déjeuner. Ce travail me permet d’entretenir ma famille et d’aider les autres à en faire autant. On rend grâce à Dieu, on s’en sort, même si on ne fait pas beaucoup de bénéfice. L’essentiel est que ce travail nous permet d’entretenir nos familles », lance l’homme qui ne fait pas son âge.

Flamboyant, filao, sablier, bougainvilliers, oreilles d’éléphants…

Moustapha Fall et ses greffes de pommier
Moustapha Fall et ses greffes de pommier

En effet, à 60 ans, il parait en avoir une cinquantaine. « Je tente de vivre sainement. Je mange sain, je ne bois pas frais. En fait, je consomme bio ! C’est sans doute ce qui m’aide à maintenir ma forme. En plus, je bouge beaucoup, du fait des travaux que j’effectue, au quotidien. Entre les bouturages, les semis, l’arrosage, la cueillette, les greffes, j’ai beaucoup de travail à faire. Ce qui fait que je suis tout le temps en mouvement, tout au long de la journée », déclare le natif de Thiès.

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Une pomme qui pousse
Une pomme qui pousse

Les plantes ornementales ne manquent pas sur les lieux. Flamboyant, filao, sablier, bougainvilliers, oreilles d’éléphants et autres plantent le décor. Moustaha Fall propose aussi des pots de fleur aux couleurs vives, très prisés. Il dispose aussi de quelques plants de bambou. « C’est Ali Haïdar (ancien ministre de l’Écologie du Sénégal) qui, de passage un jour, m’a offert des grains de bambou qu’il avait amené d’Inde je crois. Et depuis ce jour, j’ai pu les semer et faire développer les plants que vous voyez là », confie-t-il.

« La pisciculture, une belle activité »

Côté arbres fruitiers, on y trouve des palmiers, dattiers, bananiers, cocotiers, papayers, pamplemoussiers, orangers, vignes, pommiers, tamariniers, grenadiers, corossoliers, goyaviers, avocatiers, mandariniers… Un large éventail de plants qui participent à la beauté des lieux. L’homme est aussi un excellent pisciculteur. En effet, dans sa dizaine de bassins, il élève des « waass ». Nom en wolof qui signifie Tilapia. Ces poissons sont destinés à sa propre consommation et à la commercialisation. Cette activité, il ne l’a débuté qu’en  2013.

Moustapha Fall 4 Moustapha Fall 5 « Des poissons dont le poids peut varier entre 500 grammes et 1 kilogramme. C’est une belle activité que je ne regrette pas d’avoir développée. Il y a plusieurs bassins avec différentes catégories de poissons. Je les élève et les classe en fonction de leur taille », dit-il. Non sans insister que « le Sénégal a le climat, des sols qui permettent de développer beaucoup d’activités. Il faut juste les hommes et les moyens », confie Moustapha Fall, selon qui, l’aide de l’Etat ne sera jamais de trop.

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Journaliste pluridisciplinaire, je suis passionné de l’information en lien avec l’Afrique. D’où mon attachement à Afrik.com, premier site panafricain d’information en ligne
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