Rencontre avec le photographe Hugues Lawson-Body

Spike Lee

Photographe professionnel, Hugues Lawson-Body, 33ans, a fait de sa passion son métier. Grâce à son talent et à son travail, il collabore aujourd’hui avec les plus grands magazines, fait poser des stars et voyage à travers le monde pour ses photos. Parmi ses nombreux projets, il prépare actuellement un livre de photos sur la jeunesse parisienne. Grand (1,87 m), mince, charmant, Hugues Lawson-Body a aussi le verbe facile et hypnotise aisément son interlocuteur par le récit de son parcours. Rencontre avec un homme d’objectif…

Spheremetisse.com : D’où vient votre passion pour la photo ?

HLB : Né au Togo, je suis arrivé en France à l’âge de 2 ans. Mes parents ont eu la bonne idée de s’installer à Paris intra-muros, dans le 4ème arrondissement. Un quartier qui vous permet de faire vos classes avec des enfants de gens célèbres et de croiser des artistes. C’est ainsi que j’ai rencontré la photographe Bettina Rheims, une femme qui me donnera des conseils précieux dès le début. Mais cette passion de la photo m’a réellement été transmise par mon père, libraire et photographe amateur. Très tôt, j’ai donc commencé à me promener avec un appareil photo et pour suivre l’un des conseils de Bettina Rheims, je photographiais surtout ma famille. « Les gens ont besoin de te connaître, de rentrer dans ton univers, photographie ce que tu connais» m’avait-elle dit. Alors, dès l’âge de 16 ans, je photographiais énormément mon environnement et mon père développait les photos. J’ai en fait pratiquement tout appris en autodidacte.

Pour votre travail, quel grand photographe vous a le plus inspiré ?

HLB : J’admire le travail de plusieurs d’entre eux : Helmut Newton, Arnold Newman Richard Avedon, William Klein, Annie Leibovitz, Philip-Lorca diCorcia, Irving Penn…

Quelle a été votre première grande photo ?

HLB : C’était Philippe Starck et je l’ai faite à 17 ans pour Nova Mag. J’aimais écouter Radio Nova, et j’étais un fan de l’émission « la grosse boule » animée par Ariel Wizman et Edouard Baer. Grâce à des amis, j’ai pu être accrédité pour assister aux émissions et je pouvais photographier un certain nombre de rappeurs. Résultat : dès la fin des cours au lycée, je filais à la radio. Puis un jour, j’ai fait une photo du designer Philippe Starck avec Ariel et Edouard pour Nova Mag. Ensuite, les opportunités se sont enchaînées : Passi, Oxmo Puccino, la pochette du 1er album de Bisso Na Bisso, une autre pour Neg Marrons, etc. En réalité, au début j’ai beaucoup travaillé avec la presse musicale.

Aujourd’hui, vous faites le portrait de Tony Parker ou de Spike Lee, des photos pour la SNCF, l’Equipe ou Elle, de la pub…Avez-vous une spécialité ?

HLB : J’aime bien les portraits et les photos de groupe. Parce que ce sont de vraies rencontres qu’on fait dans ces moments-là. J’ai eu à photographier par exemple Karl Lagerfeld et Kanye West, Tony Parker, Jean-Marie Le Pen ou Jean-Pierre Bacri. Mais aussi des anonymes, seuls ou en groupes. Ces photos me permettent de toucher toutes les couches sociales, de rencontrer des personnalités sous des angles différents. Cependant, moi qui ai grandi près de Beaubourg, dans le quartier cosmopolite des Halles, j’ai une grande attirance pour « les gens de la rue ».

 

Est-ce dur d’être un photographe noir en France ?

HLB : J’ai la chance de faire partie des pionniers en quelque sorte, car il y a très peu de photographes noirs de ma génération. Mais ce qui compte surtout dans mon travail, c’est la photo, l’image, et non mon accent ou ma couleur de peau… Je ne me mets pas en avant. Seul le fruit de mon travail importe et c’est ça que mes clients regardent. Cela devrait être le cas dans tous les métiers mais malheureusement, on en est encore loin en France. Non, je ne peux pas dire que j’ai été victime de racisme. Mais il est vrai que j’ai été gâté par la vie. Je suis bien né par mon nom, une éducation qui m’a aidé et donné des valeurs, des parents attentifs et une fois de plus, un père qui m’a transmis très tôt sa passion…J’ai aussi eu la chance de rencontrer des gens qui m’ont fait confiance sans regarder la couleur de ma peau. A l’Equipe par exemple, mon premier sujet portait sur l’équitation western. Un domaine auquel je ne connaissais rien mais c’était uniquement mon travail qui comptait. Ils auraient pu verser dans le cliché en me commandant des photos sur des footballeurs mais ils ne l’ont pas fait. J’éprouve donc un respect infini pour la direction de ce quotidien…

Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui veut débuter dans ce métier ?

HLB : Je lui dirais que le talent ne suffit pas et qu’il faut photographier, photographier et photographier. Sans être réfractaire aux nouvelles technologies, je lui recommanderais d’apprendre à utiliser un appareil argentique avant de passer au numérique. Rien que pour le plaisir de découvrir sa propre création, de vivre cet instant magique où dans une chambre noire ou rouge, on voit apparaître les sujets photographiés. C’est un moment unique que le numérique n’offre pas. A l’instar de Bettina Rheims, je lui conseillerais de commencer par photographier son environnement personnel. Et enfin, je préconiserais de s’inscrire à un club de photographes amateurs. Parce que c’est essentiel de se confronter aux critiques, de partager avec les autres, d’observer… pour pouvoir progresser.

Des projets ?

HLB : Oui bien sûr. J’en ai plusieurs dont deux particulièrement importants. Je prépare avec l’INPES [[INPES : Institut national des préventions et d’éducation pour la santé]] une campagne sur la discrimination envers des personnes malades du Sida. C’est un sujet sérieux et cela me paraît utile de sensibiliser l’opinion sur cette question. Je travaille aussi activement sur mon livre de photos sur la jeunesse parisienne. Paris est une ville riche par sa diversité et les jeunes en sont de parfaits représentants. Leur look, leurs origines, les points communs entre les jeunes parisiens intra-muros…c’est un sujet passionnant et un projet qui me tient à cœur. Si tout va bien, le livre, préfacé par William Klein, sera en librairie au plus tard en septembre prochain.

Pour visiter son site hugues-lawson.com

Propos recueillis par Eléonore Mathieu de Spheremetisse