Renault jugé coupable de dérapage racial

La cour d’appel française de Versailles a condamné mercredi Renault pour discrimination raciale. Le constructeur automobile doit des dizaines de milliers d’euros de dommages et intérêts à deux des cinq employés qui l’avaient traduit en justice, estimant que leur carrière avait été bloquée en raison de leur couleur de peau.

Les procès contre Renault pour discrimination raciale se comptent sur les doigts de la main. Et pour la première fois, mercredi, le constructeur automobile en a perdu un. La cour d’appel de Versailles a donné raison à deux des cinq plaignants d’origine africaine et antillaise qui lui reprochaient d’avoir bloqué leur carrière en raison de leur couleur de peau.

« Bougre de nègre »

« Les autres salariés ont tous eu une évolution plus importante que celle de M. Breleur et Kotor », qui étaient pourtant bien évalués, a constaté la cour après l’étude d’un échantillon d’évolution de carrière de dix employés. Autre élément à charge, un représentant du personnel de Renault a versé au dossier une attestation indiquant que la hiérarchie avait traité Daniel Kotor de « singe » et de « bougre de nègre ».

L’arrêt de la cour d’appel a finalement conclu que « Renault n’apporte pas la preuve (…) que la différence de traitement entre M. Breleur et M. Kotor et les autres salariés est justifiée par des éléments objectifs étrangers à toute discrimination fondée sur l’appartenance ou la non-appartenance vraie ou supposée de ces deux salariés à une ethnie, une nation ou une race ».

« Même les apprentis ont progressé »

L’entreprise doit en conséquence verser à Daniel Kotor, ancien ouvrier spécialisé puis agent administratif de 1983 à 2004, 60 000 euros de dommages et intérêts et 8 000 euros pour le préjudice moral. L’ardoise est encore plus salée pour le cas de Lucien Breleur, à qui la justice accorde 80 000 euros de dommages et intérêts et 8 000 euros pour le préjudice moral.

Cet antillais était électricien automobile de 1971 à 2003 chez Renault. Toujours « très remonté » et « en colère », il s’est confié au micro de France Info : « J’ai constaté que les autres collègues ont évolué et moi pas. Pourquoi ? Les autres sont blancs ! Ils ont tous progressés. Même les apprentis qui sont rentrés après moi, ils ont progressé. Et pourquoi moi… Parce que j’ai la peau noire et que je suis Martiniquais ? Qu’est-ce que ça veut dire ça ? ». Et de conclure qu’il a été discriminé « racialement » et « promotionnellement ».

« Un encouragement pour d’autres victimes »

Si pour lui les faits étaient on ne peut plus clairs, le Conseil des Prud’hommes de Boulogne Billancourt n’était pas aussi convaincu. Le 12 décembre 2005, il avait débouté Lucien Breleur et les quatre autres plaignants, estimant qu’il n’y avait pas de trace de « discrimination raciale dans la gestion du personnel de Renault ». Pas de quoi entamer la détermination de Lucien Breleur, qui a expliqué à France Info qu’il a toujours tenu bon : « Je suis un gars courageux, patient et j’abandonne pas ».

Le syndicat CGT et le Mouvement contre le racisme et l’amitié des peuples (Mrap), qui ont soutenu certains des plaignants, se félicitent de la décision de la cour d’appel. Dans un communiqué, le Mrap souligne que le verdict constitue « un encouragement pour d’autres victimes à demander que justice soit rendue, qu’il s’agisse de Renault ou d’autres entreprises, notamment parmi les plus grandes dont c’est plus souvent le fait ».

Renault se défend de racisme

Du côté de Renault, on se défend de tout racisme : « Le groupe a pour objectif de faire progresser ses collaborateurs sans autre distinction que celle fondée sur leur mérite et leur réussite ». Et de préciser : « L’engagement de longue date en faveur de la non-discrimination et de l’égalité des chances de Renault s’est trouvé renforcé en 2004 par la signature de la Déclaration des droits sociaux fondamentaux avec la Fédération mondiale des syndicats de la métallurgie et les organisations syndicales. Renault a également signé la même année la Charte de la diversité ».

Louis Schweitzer, PDG de Renault de 1992 à 2005, est également venu à la rescousse de l’entreprise. Il assure que le constructeur automobile « avait toujours condamné le racisme sous toutes ses formes » et qu’il ne pratiquait « en aucun cas la discrimination raciale ». Un autre discours aurait été surprenant dans la bouche de l’homme qui est aujourd’hui président du conseil d’administration de Renault et à la tête de la Haute autorité de lutte contre les discriminations.