Renata Rosa, le son ancestral du Nordeste brésilien, métissé d’Indiens, d’Afrique et d’Europe médiévale

S’enraciner dans les traditions anciennes des peuples du Brésil, qui mélangent les spiritualités et les musiques des Indiens indigènes, des Africains apportés là et des colons portugais, tel est le parti-pris de Renata Rosa, qui chante le Nordeste séculaire, accompagnée de sa «rabeca», un violon médiéval…

Se tourner vers la tradition dans ce qu’elle a de plus authentique : tel est le parti-pris de toute une nouvelle génération d’artistes, dans tous les pays du monde, depuis quelques décennies, c’est-à-dire depuis ces années 60 où la modernisation s’est soudainement accélérée, et où le disque a remplacé les musiques populaires.

Depuis les Français qui chantent dans l’occitan parlé au Moyen-Age jusqu’aux Maliens qui ont troqué les guitares électriques des années 70 contre des koras, en passant par les Italiens qui redécouvrent les tarentelles ou les Algériennes qui ressuscitent les chants et contes de leurs grands-mères, la mondialisation qui veut homogénéiser les musiques et styles de vie produit au contraire, en boomerang, un retour aux sources comme on n’en avait jamais connu…

C’est dans cette voie «historique» que s’est engagée la Brésilienne Renata Rosa, qui sort son 3ème album : «Encantaçaoes» – Incantations. Et l’album s’ouvre en effet sur un chant en répons – elle chante en solo une phrase musicale qui est reprise par un groupe et ce schéma se répète – simplement ponctué de percussions, comme on peut en entendre, encore de nos jours, dans certains villages d’Afrique…

Nous avons eu la chance de voir Renata Rosa sur scène : vêtue d’une robe longue drapée à l’antique, la tête enturbannée comme les Africaines aiment le faire parfois, elle chante, danse, et joue de la «rabeca», une variété ancienne de violon (cousine du «rebec» européen médiéval et du «rebab» maghrébin d’aujourd’hui, tous venus du Monde arabe), qui remonte au Moyen-Age, et était très usitée au XV° siècle, époque à laquelle les Portugais découvrirent le Brésil… Et le chant de Renata est à l’image de ce costume : enraciné dans des siècles d’Histoire…

L’artiste brésilienne, née à Saõ Paulo, a choisi de s’installer dans le Nordeste du Brésil, région la plus pauvre du pays, mais aussi, comme il en va dans d’autres pays aussi, la plus riche de traditions musicales anciennes : pour cette raison même que ces régions pauvres – Pouilles en Italie, Sahel en Afrique,… – sont moins touchées que les autres par l’industrialisation, la modernisation et l’urbanisation, et donc gardent plus fortement leurs traditions, musicales et autres.

Renata vit à Olinda, que nous avons eu le bonheur de connaître, sans doute l’un des lieux les plus inspirés du pays : l’une des premières villes fondées par les Portugais, un lieu chargé d’Histoire – d’ailleurs classé au Patrimoine mondial de l’Unesco – et où souffle le vent de l’esprit : Olinda, un peu comme Essaouira au Maroc, abrite grand nombre d’artistes. Et la petite ville ancienne est à quelques kilomètres de Recife, qui est très active musicalement : la preuve, son carnaval – tout comme celui d’Olinda – est l’un des plus célèbres du pays.

Renata s’est donc lancée dans la découverte du patrimoine musical du Nordeste, et s’est notamment immergée parmi les communautés indiennes et celles, métissées d’Indiens, d’Africains et de Blancs, qui mélangent les rites et musiques des trois peuples. Le premier titre de l’album, «Jurema», rend ainsi hommage à un rituel religieux, pratiqué par les métis d’Indiens dans la région, et qui consiste à boire le breuvage d’une plante appelée «jurema» dans le cadre de cérémonies de transe et de possession. Rituels qui, au dire de certains experts partis sur le terrain, sont encore pratiqués de nos jours… Et tout l’album respire la tradition, l’authenticité, comme un retour aux sources, très loin des musiques électroniques et énervées que l’on entend parfois aujourd’hui.

Le premier album de Renata, «Zunido da Mata», avait été classé «Choc de la musique» par le magazine Le Monde de la Musique, en 2004. Son deuxième, «Manto dos Sonhos», avait reçu, au Brésil, le Prix de la musique brésilienne. Ce troisième album devrait conforter encore sa réputation d’artiste «authentique».