Relancer l’esprit d’entreprise

Deux agences viennnent d’être créées par le nouveau gouvernement sénégalais pour encourager la création de petites et moyennes entreprises (PME). Leur mission: redynamiser le secteur économique en incluant l’informel, la jeunesse et les entreprises naissantes ou en difficulté.

De notre correspondant Mamadou Mbengue

L’ADEPME (Agence de développement et d’encadrement des petites moyennes entreprises) et le FNJP (Fonds national de promotion de la jeunesse) sont les nouvelles armes du gouvernement sénégalais pour inciter les agents économiques à créer de nouvelles entreprises ou leur faciliter certaines démarches auprès des bailleurs de fonds. Leurs cibles : le secteur informel, les jeunes et les entreprises naissantes ou en difficulté.

Au secours de l’informel

Le secteur informel est devenu une école d’où peuvent sortir de futurs chefs d’entreprises. Pour cela, il suffit de les encadrer, de les former aux techniques de gestion des entreprises, mais aussi de les appuyer dans la recherche de financement.

Avec l’expérience dans le commerce ambulant, certains travailleurs informels détiennent de grosses fortunes alors qu’ils ne savent ni lire ni écrire. Mais malgré les fonds qu’ils possèdent, ils ont peur de formaliser leurs activités en devenant de grands entrepreneurs légalement reconnus. La méconnaissance du milieu de l’entreprise et les risques liés à l’investissement les détournent du cadre réglementaire. De plus, ils échappent au fisc et n’ont aucune couverture sociale. Les « Banabanas », comme on les appelle, ne peuvent pas non plus accéder au crédit auprès des institutions bancaires. Et pourtant, l’Etat pourrait en tirer d’énormes profits, en empochant les droits fiscaux, grâce à l’émergence d’une nouvelle race d’entrepreneurs. Conscient des énormes potentialités du secteur informel, l’arrivée des structures d’accompagnement dans le développement des entreprises est un pari difficile mais qui, s’il réussit, sera un sérieux coup de pouce pour l’emploi.

Investir autrement

L’Adepme et la Fnjp sont très déterminées à accompagner les porteurs de projets. Les chômeurs, les jeunes diplômés, les commerçants, tous sont invités à soumettre leurs projets. « Nous voulons développer l’esprit d’ entreprenariat et aider tous les Sénégalais qui veulent créer une entreprise », déclare Marie-Thérèse Diédhiou, directrice de l’Adepme. Selon elle, les Sénégalais ont peur de se lancer dans les investissements et préfèrent mettre l’argent dans l’immobilier. Le bâtiment reste un secteur très prisé par la sécurité de l’investissement. En effet, les risques sont jugés très minimes. Une situation que la directrice de l’agence déplore. Elle espère que la multiplication des commerces chinois va pousser les investisseurs à diversifier leurs placements, et amener les négociants locaux à mieux s’organiser.

Une aide à chaque étape

Le problème le plus important auquel se heurtent les PME, reste l’accès au crédit et au financement bancaire. Pour aider les porteurs de projets à trouver un financement, l’agence soumet le dossier qui lui est remis à des études de faisabilité. Mieux ! elle offre une assistance technique dans le montage du dossier et sert d’interlocuteur en direction des banques locales. Chaque projet est déterminé par un mode de financement qui est le plus adapté. Ensuite l’agence s’attèle à la mise en place d’un outil de gestion. Pour garantir le succès de l’entreprise, elle s’adjuge un droit de regard dans la gestion de la société. Elle veille au grain, car une fois le financement acquis auprès des bailleurs de fonds, c’est la structure qui se porte garante. Enfin, pour soutenir la productivité, l’Adepme renforce la modernisation de l’équipement de l’entreprise.

Densifier le tissu des PME, c’est aussi commencer par aider celles qui se trouvent en difficulté pour éviter qu’elles ne disparaîssent. La création de la « cellule Entreprises en difficulté » permet de personnaliser la mise à niveau nécessaire pour améliorer la compétitivité de ces dernières. Pour compléter le dispositif, Marie-Thérèse Diédhiou a l’ambition de créer une charte qui devrait définir ce qu’est juridiquement une PME et déterminer leur nombre dans le pays. Elle compte aussi mettre e n place un fonds de garantie car les banques sont souvent réticentes à financer les PME. Un partenariat qui, s’il est efficace, peut se révéler payant pour tous.