Réinsertion pour la paix

Convaincre les Congolais de déposer les armes. Et ne plus jamais les reprendre. C’est le double objectif que s’est fixé l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) en 2000. Sa solution? Réinsérer les ex-miliciens de tout bord pour qu’ils aient intérêt à maintenir la paix. Premier bilan d’un programme réussi deux ans après sa création.

Comment en finir avec la guerre civile, quand, pendant trois ans, une population confrontée au chômage a survécu au sein des milices grâce à la force armée et au rançonnement? Quelle alternative lui proposer? Tel est le problème qui se pose, lorsqu’en août 1999, à la faveur d’une loi d’amnistie pour les miliciens, des milliers de personnes sortent des forêts congolaises. Proposition de l’OIM: échanger des armes contre une réinsertion. Chaque milicien, qu’il soit cobra (milicien de Sassou Nguesso),ninja (milicien de Kolelas) ou cocoye (milicien de Lissouba), est invité à remettre ses armes et présenter un projet de réinsertion, création d’entreprise ou formation professionnelle. Projet financé par l’OIM à hauteur d’environ 250 000 francs cfa par personne.

Après bientôt deux ans d’existence, les motifs de fierté ne manquent pas. Près de 7 300 miliciens réinsérés ou en passe de l’être et 2 300 projets financés, 11 000 armes collectées dont 9 600 détruites, 1 500 personnes formées. Et une étude récente démontre la pérennité de 75% des projets et une baisse importante des attaques, vols et intimidations avec armes depuis 1999.

« Notre travail est basé sur l’individu », explique Maximo Halty, chef de mission à l’OIM. Nous avons refusé les projets impliquant un grand nombre de personnes, trop difficiles à gérer, en raison des conflits et des charges, et trop aléatoires. Les projets comptent trois personnes en moyenne et dix au maximum. L’objectif est que la réinsertion réussisse à long terme, pour que chacun ait un bénéfice à maintenir la paix. »

Des projets réussis

Difficile d’imaginer, à voir les promoteurs de ces projets, qu’ils aient un jour pris les armes. Natacha, frêle jeune femme de 24 ans, explique que tous ses frères étaient des cobras en 1997, et que le devenir à son tour était le seul moyen de se protéger. Contre les vols, les rançonnements, les agressions des ninjas. Ou même des cobras. Aujourd’hui, grâce au million de francs cfa de l’OIM, elle a construit un atelier de couture qui emploie deux personnes, dont Turenne, une ex-cobra bénéficiaire d’une formation en gestion. Une affaire qui leur permet de vivre pour peu qu’elles soient économes. Et qu’elles aimeraient voir s’étendre.

Même chose pour Simon, un ancien chauffeur de Kolelas et chef d’un groupe de jeunes ninjas, aujourd’hui patron d’un bar-restaurant. Sa tête fourmille de projets. Acheter un téléviseur pour attirer de nouveaux clients, ouvrir dès six heures du matin pour servir du café, pouvoir proposer davantage de produits dans le kiosque qui jouxte son restaurant. Et mettre une plaque OIM qui témoigne de sa fierté de s’en être sorti. Il attend encore 400 000 francs cfa de l’organisation, mais sait d’ores et déjà que cela ne suffira pas.

Programme au ralenti

« Nous n’avons pas les moyens d’aider davantage les projets », regrette Salomon, économiste à l’OIM. « Il en existe qui sont tout à fait viables à 5 millions de francs cfa et que nous sommes obligés de redimensionner. Il faudrait aujourd’hui que des crédits bancaires prennent le relais, avec l’aide des bailleurs de fonds internationaux. Mais ils demandent des garanties que les gens ne peuvent fournir. »

Et c’est là tout le paradoxe. On sait maintenant que l’expérience fonctionne. Et pourtant elle n’a pas les moyens de poursuivre son action. La Banque mondiale s’est engagée à accorder un prêt de 5 millions de dollars au Haut commissariat à la réinsertion congolais. 40 000 dollars ont déjà été affectés à chaque région pour rétablir des infrastructures et cinq antennes régionales créées. Quant au reste, selon le ministère de l’Intérieur, il tarde à venir.

L’OIM estime entre 8 et 10 000 le nombre d’ex-combattants à réinsérer et entre 30 et 40 000 le nombre d’armes en circulation. Un chiffre inquiétant au moment où la région du Pool subit une recrudescence de violence. Et qui montre combien la question de la réinsertion est cruciale et urgente. Car si tous les miliciens réinsérés ne s’accordent pas sur l’éventualité d’une nouvelle guerre, tous confirment en tout cas qu’ils n’en seront pas.