Régression féconde

Après le choc, l’espoir. Chirac-Le Pen, second tour humiliant pour la France. Et effrayant pour les étrangers, notamment les Africains, vivant en France. La Ve République a vécu. Plus de quatre millions de Français ont permis à la peste brune d’accéder à la respectabilité, à la reconnaissance politique. La droite extrême est la seconde force politique en France. Quels enseignements tirer de cette présidentielle ? Au-delà de la stupéfaction, de la désillusion -et surtout une fois la raison revenue- l’on est en droit de se demander si ce n’est pas ce qui peut arriver de mieux.

Aller au bout de la logique. En axant toute la campagne électorale sur le thème de l’insécurité et en forçant ses adversaires à la suivre dans ce combat, le président sortant a réveillé les peurs des Français. Et fait campagne pour le leader de l’extrême droite, qui n’avait pas besoin de battre le pavé. Sur le plan franco-français, il n’est pas sûr que le Parti socialiste soit le plus grand perdant de ces élections. Le retour de bâton risque d’être très dur pour la droite républicaine, essentiellement pour Jacques Chirac. Ce dernier sera royalement élu, un score à la Ben Ali n’est pas à exclure. Mais héritera d’un pays affaibli, démoralisé. Un vote par défaut. Et gare aux législatives !

Il serait complètement stupide de croire -ou de faire croire- que la France est xénophobe. Ce vote est plus un accident de parcours, un dérapage électoral, qu’une politique mûrement réfléchie. Une sanction contre les hommes politiques français et non une haine des étrangers.

Pour nous, Africains, ce second tour est une catastrophe et une bouée. Cela a le mérite de la clarté. La France mythifiée, pays des droits de l’Homme et de la démocratie, cesse de nous donner des complexes. Elle est un pays comme un autre, pas plus tolérante que l’Autriche, l’Italie ou le Danemark. C’est aussi, peut-être, une occasion de revoir les relations entre la France et l’Afrique. Plus jamais de Françafrique. Les régressions ne sont pas toutes stériles. Elles réveillent les consciences et redonnent un sens à la politique.