Règlement de comptes à Jabal al-‘Anz

Le Mont-des-chèvres, de l’écrivain tunisien Habib Selmi, est un petit bijou de noirceur, au pays de la pomme de terre version tunisienne.

C’est un livre court, mais dense. C’est un livre solaire, mais noir. C’est un livre tout en contradictions, en non-dits et en ambiguïtés que nous offre Habib Selmi, écrivain tunisien de langue arabe, né à Kairouan en 1951. Le Mont-des-chèvres, c’est le village perdu de Jabal al-‘Anz, aride, poussiéreux, et soumis à la volonté d’un homme : Ismaïl, représentant du gouvernement dans le village.  » Jabal al-‘Anz, quel drôle de village ! De bonnes pommes de terre, un homme se nourrissant de douces illusions et des femmes se consumant d’amour, en silence « .

Lorsque le narrateur vient occuper son poste d’instituteur dans ce petit village clos, il représente bien sûr une opposition à la force brute d’Ismaïl, qui en mémoire d’un grand-père supplicié, impose ses rêves de grandeur à une population d’agriculteurs passifs.

La montée en puissance d’Ismaïl signe le déclin de l’instituteur. Le notable assied peu à peu son pouvoir économique en rachetant toutes les récoltes des paysans, et coupe ainsi le village du monde extérieur. Il installe ensuite des miliciens qui lui servent de cerbères et de gardes rapprochés, puis il fait construire une porte en fer qui persuade les habitants que leur hameau s’est transformé en ville.

Duel au soleil

De son côté, le narrateur subit critiques et privations, jusqu’à la lettre de renvoi qui le fait errer dans les collines environnantes :  » J’avais passé beaucoup de temps, loin de ma famille, dans un village qu’un tyran dirigeait au nom d’une chose mystérieuse nommée gouvernement et d’un acte héroïque qui eut lieu il y a longtemps « . Jabal al-‘Anz est trop petit pour les deux hommes, qui laissent s’installer entre eux une tension sourde et lourde. La confrontation s’impose inévitablement au fil des pages, et le village devient le théâtre d’un duel rageur qui réclame le sang et la mort.

Dans ce pays de poussière et de rocaille, Habib Selmi fait pour nous ressortir des odeurs, comme celles de l’herbe et du genévrier, de l’humidité et du foin mouillé. Il égrène des sentiments violents, la solitude, la peur et le mépris. La haine. Et la délivrance.

Commander le livre Editions Actes Sud, collection Sindbad, 1999.