Regain de tension en Somalie

Après une brève accalmie, les combats ont repris entre l’armée régulière somalienne et les tribunaux islamiques. Le chef de ces derniers a de nouveau appelé au « jihad », ce lundi, contre l’Ethiopie qu’il accuse de soutenir militairement le gouvernement. Dimanche, la cité de Buale a été soumise par les tribunaux islamiques. La veille, l’armée gouvernementale avait repris le contrôle de la ville de Burahakaba, située non loin de la capitale du gouvernement provisoire Baidoa, dans le Sud du pays.

Par Joan Tilouine

La Somalie est en proie à une instabilité incessante depuis le coup d’Etat de 1991 contre l’ancien président Mohamed Siad Barre. Le pays s’enlise dans une guerre civile qui oppose les tribunaux islamiques, au pouvoir depuis juin, à l’armée gouvernementale, soutenue par l’Ethiopie voisine.
Après un week-end marqué par de violents combats, le chef des tribunaux islamiques somaliens, cheikh Hassan Dahir Aweys, a une nouvelle fois appelé ce lundi au déclenchement du jihad (la guerre sainte) contre les troupes éthiopiennes. Il les accuse d’être présentes sur le sol somalien pour soutenir le gouvernement. « Nous avons demandé depuis longtemps aux Ethiopiens de quitter notre pays (…) c’est la dernière demande (…) Nous leur disons maintenant que désormais, leurs tombes vont joncher [le sol] somalien partout », a-t-il martelé.

Dimanche, les affrontements pour le contrôle de zone stratégique du sud de la Somalie ont fait au moins cinq tués. Et les civils ont fui les violences par centaines. Pendant environ deux heures, les heurts ont secoué la ville de Buale, proche de Baïdoa qui est le siège des fragiles institutions politiques somaliennes. Elle a fini par tomber sous le contrôle des tribunaux islamiques.
La veille, samedi 21 octobre, d’importants combats ont éclaté à Burahakaba, une localité située à 60 km de Baïdoa. C’est à l’arme lourde que les troupes régulières somaliennes ont pénétré dans cette ville, défendue par des milices locales combattant sous l’étendard des tribunaux islamiques. « Les troupes gouvernementales soutenues par des soldats éthiopiens nous ont attaqués. J’ai donné l’ordre à la milice locale de se retirer de la ville », a expliqué le cheikh Mohamed Ibrahim Bilal, chef de la milice des tribunaux islamiques de la zone. Après une heure de combat, et de nombreuses pertes, les miliciens des tribunaux islamiques ont été contraints de battre en retraite.

Ingérence éthiopienne

Parmi les témoignages des habitants, nombreux déclarent avoir vu des soldats éthiopiens en uniforme combattre aux côtés de l’armée du gouvernement. Le soutien militaire éthiopien n’est pas à son premier essai. L’Ethiopie, à majorité chrétienne, s’inquiète de la montée en puissance des tribunaux islamiques qui ont la mainmise sur Mogadiscio depuis juin dernier, et qui contrôlent la Somalie centrale et du sud. La menace plane sur Addis Abeba qui soutient militairement la tentative du gouvernement provisoire somalien de reprendre le contrôle du pays. Elle est soupçonnée d’avoir dépêchée des milliers de soldats en Somalie pour épauler l’armée gouvernementale. Le premier ministre éthiopien M. Zenawi nie en bloc. Selon lui, les seuls soldats éthiopiens présents en Somalie seraient des instructeurs militaires.

La bataille entre le gouvernement de transition et les tribunaux islamiques fait rage. Pour le moment, la stabilité du pays sans Etat reste un mirage. Le président somalien Abdullahi Yusuf Ahmed peine à rétablir l’ordre et achoppe sur la résistance zélée des tribunaux islamiques qui jouissent d’un relatif soutien de la population. Jeudi, le président a pointé du doigt la connivence entre les tribunaux islamiques et l’organisation terroriste Al-Quaïda. Accusations démenties par les islamistes qui mettent en avant le regain de sécurité dans les zones contrôlées.