RDC : une campagne sous haute tension

La campagne présidentielle et législative de la République Démocratique du Congo, lancée le 30 juin à minuit, a du plomb dans l’aile. Vingt candidats viennent de demander un « gel de la campagne électorale » pour ne pas entacher sa « crédibilité ». On rapporte par ailleurs une dizaine de morts lors d’une marche à Matadi, alors que la correspondante de RFI dans le pays a été expulsée lundi.

Avis de tempête sur la campagne pour les élections présidentielles et législatives du 30 juillet prochain en République Démocratique du Congo (RDC). Mardi, vingt candidats à la magistrature suprême ont exigé un arrêt provisoire de la campagne. « Nous exigeons le gel de la campagne électorale, en attendant de vider le processus électoral de toutes les irrégularités constatées et dénoncées », indique un texte commun aux contestataires. Des « irrégularités » dont il a été question dès le 30 juin, jour du lancement de la campagne, et le lendemain à l’occasion de concertations politiques notamment boycottées par le chef de l’Etat Joseph Kabila et plus de la moitié 33 présidentiables.

Parmi les critiques, « l’impression de plus de 5 millions de bulletins de vote excédentaires, l’enregistrement de dizaines de milliers d’étrangers, la délocalisation du serveur central de la CEI (Commission électorale indépendante) dans un pays d’Europe occidentale », explique le communiqué. Des allégations que le président de la CEI aurait balayées. Selon l’AFP, l’abbé Apollinaire Malu Malu les estime « sans fondement » et qualifie la déclaration de « non événement ».

La CEI répond aux 20 présidentiables

Confirmant que « la campagne continue et que les élections auront lieu le 30 juillet » et enjoignant les candidats à « ne pas jouer avec les électeurs et les attentes du peuple congolais », l’abbé est revenu sur les points de la discorde. Avec un peu d’agacement, semble-t-il. « J’ai déjà expliqué qu’il y avait 650 bulletins par bureau de vote. Il y a 50 567 bureaux, ce qui fait près de 33 millions de bulletins pour 25,6 millions d’électeurs », a-t-il commenté. Et de souligner que les bulletins supplémentaires constituaient une « réserve » de sécurité, tout comme les 50 billets prévus en plus pour chacun des 50 000 bureaux pour palier le vote éventuel de certains électeurs dans un bureau différent du leur.

Concernant les étrangers enregistrés sur les listes, le président de la CEI a précisé que son instance avait « découvert 1 922 étrangers frauduleusement enrôlés, dont les dossiers ont été envoyés dans les cours et tribunaux » et que 292 353 fraudeurs congolais ont été rayés des listes électorales. Listes qu’il a d’ailleurs précisé n’avoir « aucune obligation légale » de produire avant le scrutin, mais qu’elles le seraient sûrement avant cette échéance.

Des réactions qui risquent de ne pas apaiser les esprits des signataires du texte, qui comptent dans leurs rangs l’ex-rebelle Roger Lumbala, Nzanga Mobutu (fils de feu Mobutu Sese Seko), Guy Patrice Lumumba (fils de l’ancien premier ministre Patrice Lumumba) ou l’opposant Joseph Olenghankoy, qui a décidé de boycotter le scrutin contre l’avis de la communauté internationale.

Une dizaine de morts et des blessés

Sur le terrain, on a rapporté le 30 juin, qui correspondait égalemnet au 46e anniversaire de l’indépendance du pays et la fin de la transition, une dizaine de morts à Matadi (Bas-Congo). Les heurts ont opposé les forces de l’ordre à des manifestants appartenant à une secte politico-religieuse Bundu Dia Kongo. Dans la commune de Limete, des partisans de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès social) d’Etienne Tshisekedi et du Palu (Parti lumumbiste unifié) d’Antoine Gizenga se sont par ailleurs affrontés, faisant plusieurs blessés. Afriqu’Echos Magazine rapporte que certains Kinois ont pris peur avec la fin de la transition et se sont ravitaillés, craignant des lendemains incertains.

C’est pour éviter les incidents que l’Europe a envoyé, avec la bénédiction du Président Joseph Kabila, une force (Eufor) qui sera forte de 1 200 hommes au 30 juillet prochain. Selon le site de la Mission des Nations Unies en RDC (Monuc), 670 hommes sont déjà arrivés alors qu’une autre partie est basée au Gabon. Ils auront pour mission d’assurer pendant quatre mois le « déroulement pacifique des élections », avec les 17 600 casques bleus de la Monuc, a déclaré le ministre allemand des Affaires Etrangères, Franz Josef Jung, lors d’une visite aux soldats allemands postés à la base aérienne de Ndolo, où sera abrité l’état-major de l’Eufor. Cette force, à vocation pacifique, aurait toutefois la possibilité de s’interposer militairement en cas de troubles.

Expulsion de la journaliste de « RFI »

Des missions européennes participent par ailleurs à la réforme et à la formation de la police et de l’armée congolaises. Mais un observateur des Nations Unies, cité par l’AFP, est plutôt pessimiste : « La campagne prend une sale tournure et peut devenir violente si un consensus n’est pas rapidement dégagé entre les principaux acteurs politiques ».

A noter que la correspondante de RFI, Ghislaine Dupont, a été expulsée lundi du pays, provoquant l’incompréhension de Reporters sans frontières. « Il est navrant de devoir rappeler que le choix des envoyés spéciaux n’appartient pas aux autorités, mais aux seules rédactions. L’intransigeance du gouvernement congolais, qui a utilisé des prétextes infondés pour motiver sa décision, est incompréhensible », dénonçait, mardi, l’organisation, qui se disait « profondément déçue ».