RDC : un gouvernement aux forceps

Joseph Kabila obtient à l’arrachée un gouvernement de transition. Après la formule 1 + 4, d’un Président secondé par quatre vice-présidents, les Congolais vont être administrés par un gouvernement de belligérants où, colt à la ceinture, tout le monde surveille tout le monde. Un monstre pour seconder un monstre. Dans son message à la nation, Joseph Kabila n’a pu que s’en remettre à Dieu qui seul, peut encore sauver le pays.

Une date fétiche, le 30 juin, date anniversaire de l’accession du Congo à l’indépendance, et Dieu comme dernier recours. Tels sont les piliers sur lesquels se fonde Joseph Kabila, le Président de la RDC, en annonçant la composition de la nouvelle équipe gouvernementale qui devra gérer la période de transition pendant les deux prochaines années au terme desquelles doivent se dérouler des élections à tous les niveaux.

Le nouveau gouvernement, obtenu pratiquement aux forceps, semble plus répondre à l’ultimatum du Conseil de Sécurité des Nations Unies (à la date du 30 juin) qu’à la volonté réelle des acteurs politiques congolais. A Mbandaka, capitale de la province de l’Equateur où il se trouvait pour les festivités marquant le 43ème anniversaire de l’indépendance, le chef de l’Etat congolais est revenu sur toutes les péripéties qui ont empêché l’évolution normale du processus politique et économique.  » Sept jours seulement après l’accession du pays à l’indépendance, a-t-il déclaré, la Belgique a attaqué son ex-colonie et semé les premiers germes de la zizanie. Depuis, la République démocratique du Congo n’a pas quitté la zone de turbulences.  »

Gouvernement par défaut

Le nouveau gouvernement est l’émanation de toutes les sensibilités des forces belligérantes. Du RCD/Goma, soutenu par le Rwanda, au MLC de Jean-Pierre Bemba, en passant par les différents groupes armés connus sous le terme générique de maï-maï, tout le monde se reconnaît dans la nouvelle équipe gouvernementale. Les seules divergences persistent dans le camp de l’opposition politique non armée, où certains partis s’estimant être les seuls à représenter l’opposition se sont mis à l’écart du processus.

Me Joseph Mukendi, conseiller politique de l’UDPS (Union pour la Démocratie et le Progrès Social), a même déclaré considérer comme un non-événement la publication du nouveau gouvernement.  » Nous considérons, à l’UDPS, que les termes de l’accord global et inclusif signé à Sun-City n’ont pas été respectés dans la désignation des animateurs aux différents postes politiques et nous préférons ne pas cautionner l’irrégularité.  » Il faut reconnaître que la publication du nouveau gouvernement, bien qu’attendue, n’a pas emballé les foules. La majorité des Congolais le jugent trop disparate pour être efficace.  » C’est le genre fourre-tout où personne ne fait de cadeau à personne, estime Eddy Isango, journaliste. Une sorte de gouvernement par défaut. Il y aura sûrement un problème de cohésion gouvernementale « .

Accords spéciaux sur l’armée

La formation du gouvernement de transition a été rendue possible grâce à la signature, entre le gouvernement et les rébellions, d’accords spéciaux sur la gestion de la future armée nationale, réunifiée et intégrée. Aux termes de ces accords, le gouvernement prend la tête de l’Etat-major général de l’armée, le RCD/Goma s’adjuge celui des Forces Terrestres et le MLC de Jean-Pierre Bemba s’empare de l’Etat-major des Forces Navales. Pendant près de trois semaines, les négociations ont achoppé sur cette question au point qu’on a longtemps cru que la date du 30 juin ne pourrait plus être respectée pour la formation du nouveau gouvernement.

Pour le gouvernement de Kinshasa, qui était particulièrement contre l’affectation de la Force Terrestre au RCD/Goma,  » il est inconcevable que ceux qui avaient, sous la supervision du Rwanda, déclenché la guerre en 1998 et qui sont à la base de toute la misère du peuple congolais, puissent de nouveau diriger la Force Terrestre « . En effet, dans la crise de confiance qui a opposé l’ancien Président Laurent-Désiré Kabila à ses alliées rwandais, James Kabarebe, qui était alors chef d’Etat-major des forces armées congolaises, avait réussi à fragiliser la frontière Est du pays en y plaçant ses hommes. Ce qui facilita d’autant l’invasion du pays par l’Ouganda et le Rwanda. Par mesure de précaution, le gouvernement a obtenu que le chef d’Etat-major des Forces Terrestres soit secondé par deux adjoints. L’un du gouvernement et l’autre du MLC.

Le RCD/Goma, à travers son représentant, Moïse Nyarugabo, s’est bien entendu réjouit de la configuration nouvelle de la gestion de la future armée nationale :  » C’est ce sur quoi nous nous étions entendus lors de la signature de l’accord de Sun City « .

Pour en savoir plus :

Le nouveau gouvernement est composé de 36 ministres et 25 vice-ministres émanant du gouvernement sortant, de la milice progouvernementale Mayi Mayi, des mouvements rebelles, de l’opposition politique non armée et de la société civile, conformément à l’accord de partage du pouvoir pour le gouvernement de transition signé en décembre 2002 à Pretoria en Afrique du Sud.

Les postes clés sont partagés entre le gouvernement et les deux principaux mouvements rebelles : le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma) et le Mouvement de libération du Congo (MLC). Le gouvernement a entre autres les ministères de l’Intérieur, la Décentralisation et la Sécurité, les Finances, l’Industrie et l’Energie. Le RCD-Goma aura entre autres la Défense, la Démobilisation et les Anciens Combattants, l’Economie, le Portefeuille et les Télécommunications. Le MLC, quant à lui, hérite des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, du Plan et du Budget.