
En RDC, l’exploit sportif a rapidement laissé place au débat politique. Quelques jours après le match nul historique (1-1) arraché par les Léopards face au Portugal de Cristiano Ronaldo lors de leur entrée en lice à la Coupe du monde 2026, l’opposant congolais Martin Fayulu a mis en garde contre toute tentative de récupération politique des performances de l’équipe nationale.
Entre football et politique, il n’y a qu’un pas. Et en RDC, ce pas a été franchi. Au moment où des millions de Congolais célèbrent avec enthousiasme la prestation remarquée de l’équipe nationale face à l’un des favoris du tournoi, le président de l’ECiDé estime que l’euphorie sportive ne doit pas faire oublier les nombreuses crises auxquelles la RDC demeure confrontée.
Une fierté nationale qui transcende les clivages
Depuis le coup de sifflet final du match contre le Portugal, les réseaux sociaux congolais vibrent au rythme des messages de félicitations adressés aux Léopards. Pour beaucoup, cette performance – un match nul célébré sur place comme une victoire – représente bien plus qu’un simple résultat sportif. Elle symbolise la capacité d’un pays souvent associé aux conflits et aux crises à se distinguer autrement sur la scène internationale. Plus encore, l’équipe nationale de football apparaît comme l’un des rares symboles capables de fédérer l’ensemble des Congolais autour d’un même sentiment de fierté dans un pays marqué par les divisions politiques et les tensions sociales.
Martin Fayulu, lui-même, ne cache pas son admiration pour les joueurs. Il salue leur discipline, leur engagement et leur sens du collectif, des qualités qu’il considère comme un exemple pour toute la nation. « Quand les Léopards excellent, c’est le Congo qui gagne », affirme-t-il. Mais au-delà de tout, l’opposant estime que cette victoire morale ne doit pas être utilisée pour occulter les difficultés persistantes du pays.
Une mise en garde contre la « récupération populiste »
Dans sa déclaration, publiée ce vendredi, Martin Fayulu s’est montré particulièrement critique envers ce qu’il qualifie de « récupération populiste grossière » des succès sportifs. Sans citer directement le Président Félix Tshisekedi ni les membres de son gouvernement, il appelle les responsables politiques à ne pas instrumentaliser l’élan patriotique suscité par la Coupe du monde. « Que personne ne récupère les exploits des Léopards pour masquer les échecs de la gouvernance », a-t-il déclaré.
Le leader de l’opposition estime que le patriotisme ne se mesure pas aux discours prononcés après une victoire sportive mais à la capacité des dirigeants à répondre aux préoccupations quotidiennes des citoyens. Il rappelle notamment que plusieurs défis majeurs continuent de peser sur le pays : l’insécurité persistante dans l’est de la RDC, la menace sanitaire liée à Ebola, les difficultés socio-économiques et les interrogations sur l’avenir institutionnel du pays. « Le patriotisme, c’est protéger le territoire, garantir la sécurité, renforcer les institutions, lutter contre Ebola et améliorer la vie des Congolais », insiste-t-il.
Quand le football devient un miroir de la nation
Au-delà de la polémique politique, le message de Martin Fayulu traduit une réalité bien connue en Afrique comme ailleurs : les performances sportives sont souvent intimement liées au débat public. Les succès d’une sélection nationale constituent généralement des moments de communion collective. Ils peuvent renforcer le sentiment d’appartenance nationale, améliorer l’image du pays à l’étranger et offrir une source d’espoir dans des périodes difficiles. On a vu l’effet du Mondial 1978 sur l’Argentine du dictateur Videla.
Mais ces succès deviennent aussi parfois des objets de confrontation politique, chaque camp cherchant à s’approprier la portée symbolique de ces exploits. En RDC, où les questions de gouvernance, de sécurité et de cohésion nationale occupent une place centrale dans le débat public, le parcours des Léopards à la Coupe du monde dépasse déjà largement le cadre sportif. Si les joueurs poursuivent leur aventure mondiale sur les terrains américains, les responsables politiques, eux, continuent de se disputer la signification de leurs performances. Une preuve supplémentaire que, dans un pays traversé par de multiples défis, le football reste bien plus qu’un simple jeu : il est aussi le reflet des espoirs, des fractures et des ambitions de toute une nation.





