RDC : Pourquoi l’école est malade

L’école congolaise est gravement malade. C’est la conclusion unanime qui se dégage des critiques qui fusent de tous bords. Avec les avancées réalisées sur le plan qualitatif et quantitatif dans les années 70, on ne pouvait s’imaginer, cinquante ans plus tard, des élèves s’asseoir à même le sol, des écoles sans toilettes, ou encore des diplômés du secondaire ne pas parler correctement le français. Comment expliquer cet échec de l’école en RDC ?

Loin des « années bonheur » de l’école en RDC, actuellement le constat n’est pas très reluisant. L’enseignement primaire accuse une expansion insuffisante. Car même s’il a connu un accroissement de 7%, de 2006-2007 à 2007-2008, passant de 84% à 91%, le taux scolarisation n’a pas encore atteint 100% (Annuaire statistique scolaire 2008). En plus du faible niveau de fréquentation, la dégradation de la qualité de l’éducation primaire et secondaire est patente ; ceci se manifeste crûment dans le fait que la plupart des enfants d’école primaire n’acquièrent pas les compétences linguistiques indispensables pour la poursuite des études. Pour preuve, à des tests standardisés en français, le score moyen des élèves congolais de 4ème année est inférieur à celui d’élèves français de 2ème année. Respectivement 44,1% et 72,7% (Banque Mondiale 2003). Ce qui reflète les difficultés à maîtriser la langue d’enseignement dans un contexte éducatif quasiment dépourvu d’écrits et de matériels pédagogiques. Les performances des élèves congolais sont par ailleurs affectées par leur handicap en lecture et dans d’autres disciplines comme les mathématiques.

Des enseignants pris en charge par les parents

En parallèle, la corruption s’est inscrite à l’école. L’assiduité et l’intelligence ne sont plus les seuls moyens de « réussite », un peu d’argent suffit pour passer en classe supérieure. D’ailleurs, il y sévit le phénomène dit « suivi » au niveau du secondaire : les gestionnaires d’écoles exigent des finalistes de l’argent pour motiver les inspecteurs chargés des examens d’État pour une éventuelle réussite de leurs écoles. Ces dernières délivrent des bulletins en contrepartie des cadeaux des parents d’élèves. La corruption est un indicateur probant de la pauvreté dans certaines écoles privées (et dans la plupart des écoles publiques). Cette pauvreté se décline sous plusieurs facettes : les classes sont de plus en plus surpeuplées (taux de surpeuplement de classes de 39% en primaire et 24% en secondaire selon l’étude ENECO 2001), mal équipées avec des enfants assis par terre ; des enseignants sous-rémunérés et pris en charge financièrement par les parents, etc.
La situation actuelle de l’éducation s’explique par la crise économique qui s’est déclarée en RDC depuis le début des années 80. En fait, la part de la dépense publique pour l’éducation a commencé à baisser fortement passant ainsi de 17% en 1983 à 7% en 1985 (Banque Mondiale 2003). Cette chute brutale des dépenses d’éducation se produisit principalement en raison de la baisse des prix des matières premières et du PAS, qui a contraint l’Etat à réduire ses dépenses publiques. Cette crise s’est aggravée depuis le début des années 90 avec l’arrivée des conflits armés. Cependant la gestion des dépenses publiques est aussi loin d’être la meilleure.

70% de l’enseignement primaire géré par le privé

Dans ce contexte de désengagement de l’Etat, le privé a pris le relais. La contribution du secteur privé au financement de l’éducation en RDC comprend des dépenses courantes comme les livres et fournitures scolaires, les transports, l’équipement et la maintenance des salles de classe, le salaire des enseignants et des dépenses en capital comme la construction des écoles.
Toutefois si ce sont les ménages qui supportent l’essentiel des dépenses privées d’éducation, ils contribuent aussi à la plus grosse partie des dépenses des écoles publiques. L’éducation en RDC est ainsi tributaire de la capacité des parents à l’assurer à leurs enfants. Cependant, étant donnés les niveaux actuels des revenus, la plupart des ménages ne sont pas en mesure d’envoyer leurs enfants à l’école. Ainsi, la pauvreté des parents constitue un facteur de faible demande scolaire (Mumpasi et Ngondo 2003).
Il s’observe une extension du privé en RDC. On estime que 70% de l’enseignement primaire est géré par le privé (PMPTR 2006). Par rapport au régime de gestion, le privé détient le plus grand nombre d’écoles, soit 72%. Ce pourcentage a même augmenté par rapport à 2008, où il était à 68% (ASS 2009). Ces écoles privées comprennent le meilleur comme le pire (Kitaev 1999).

L’État congolais doit endiguer la corruption

Certes, l’efficacité du secteur privé est plus forte que celle du public, tant en termes de taux de redoublement, de maintien dans le cycle, que de rendement de l’éducation (Hennaff 2003). Néanmoins, le développement du privé s’est réalisé dans des conditions désastreuses (Vétusté et délabrement des infrastructures, absence d’équipements et manuels, surpopulation des salles de classe…). Ce qui conduit à une baisse de la qualité de l’enseignement. Au vu des insuffisances du marché de l’éducation, la corruption occasionne un laxisme dans l’acquisition des autorisations en vue de créer une école. Cette explosion du nombre d’écoles privées dans un cadre flou rend encore difficile l’évaluation de la qualité des compétences (le processus de concurrence n’a pas encore sélectionné les « bonnes pratiques ») et donc la formation des étudiants sortant d’une école.
Fait marquant : il n’existe pas véritablement de développement industriel. Or, l’inexistence d’un « marché des compétences » permet aux pires écoles privées de faire de la mauvaise qualité – qui ne sera pas sanctionnée indirectement sur le marché du travail.
Bref, la situation de l’école congolaise est alarmante. L’enjeu est de parvenir à lui insuffler une dynamique de développement en réformant le secteur de l’éducation. L’État congolais doit améliorer la qualité de la gouvernance ; endiguer la corruption, ce qui permettrait non-seulement de lutter contre la pauvreté par le biais d’une industrialisation, mais susciterait également une saine concurrence de la part des acteurs privés de l’éducation en RDC.