RDC : où va l’opposition ?

Après trois jours de négociations à Genève, une coalition de l’opposition a annoncé cette semaine qu’elle avait choisi Martin Fayulu comme candidat unique. Il devait affronter Emmanuel Ramazani Shadari, ancien ministre de l’Intérieur, choisi par le président Joseph Kabila, pour représenter le parti au pouvoir.

Fayulu n’est pas très connu. Il est à la tête d’un parti minoritaire, Engagement pour la citoyenneté et le développement, qui a acquis une certaine visibilité lorsque au cours d’une manifestation, il a reçu une balle en caoutchouc dans la tête.

Son ascension au sein des rangs de l’opposition n’est survenue qu’après que le gouvernement a empêché plusieurs autres candidats plus prestigieux, dont Moïse Katumbi et l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba de participer au scrutin.

L’un est l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), le plus ancien et le plus important parti d’opposition de la RDC, dirigé par Felix Tshisekedi, largement considéré comme le favori. L’autre est la plus petite Union pour la nation congolaise (UNC), dirigée par Vital Kamerhe.

Martin Fayulu, choisi par les leader de l’opposition comme candidat unique dimanche a été contesté dès le lundi par deux des principaux partie de l’opposition. Une situation qui aurait été préparée en amont pense l’universitaire belge d’origine congolaise Bob Kabamba interrogé sur RFIDès l’annonce du choix de Martin Fayulu le 11 novembre, les militants UDPS sont descendus dans la rue pour protester. Est-ce que c’était prévisible ? : C’était tout à fait prévisible et l’on pense même que c’était déjà préparé, du fait que beaucoup de militants étaient déjà convoqués au siège du parti pour pouvoir manifester. On a l’impression, effectivement, que Félix Tshisekedi savait très bien qu’il n’allait pas être désigné leader de l’opposition et cherchait à avoir un moyen échappatoire pour ne pas s’engager dans cet accord de Genève.

L’autre partie à s’être désolidarisé dès le lundi est l’Union pour la nation congolaise (UNC), dirigée par Vital Kamerhe.

Martin Fayulu a insisté sur le fait que l’accord n’était pas mort et a exhorté les dirigeants dissidents à y revenir. « L’accord est toujours en vigueur« , a t-il déclaré à la chaîne de télévision française TV5Monde. « J’exhorte mes frères à surmonter les considérations partisanes et à donner la priorité aux intérêts supérieurs de la nation« , a-t-il déclaré plus tard dans un tweet. « Il n’est jamais trop tard pour faire la bonne chose. » Mais pour autant il semble bien que cette situation fasse grandement le jeu du candidat au pouvoir.

Les élections du 23 décembre, qui se déroulent également aux niveaux législatif et municipal, marquent un tournant pour le pays instable et en proie à la pauvreté, que le président Joseph Kabila dirige d’une main de fer depuis 2001.

Les observateurs étrangers craignent que les tensions autour du vote ne provoquent une poussée violente alors qu’une nouvelle épidémie d’Ebola s’est déclarée.