RDC : les défis de Joseph Kabila

Le président Joseph Kabila a prêté serment, ce mercredi, à Kinshasa (République Démocratique du Congo). Le chef de l’Etat devra faire face à de nombreux défis, dont la pacification du pays, le redressement de l’économie et la remise sur pieds des infrastructures sanitaires et scolaires.

Joseph Kabila est officiellement devenu président de la République Démocratique du Congo (RDC) ce mercredi matin. Le premier chef de l’Etat élu au suffrage universel direct a prêté serment à Kinshasa, sonnant le glas d’une transition politique chaotique et ouvrant l’ère de la IIIe république. C’est donc maintenant l’heure des grands travaux pour remettre sur pieds un pays estropié par cinq années de guerre civile (1998-2003), qui ont amputé la population de quatre millions d’âmes.

L’opposition méfiante

Un proche de Joseph Kabila, dont les propos sont rapportés par le site de RTL Belgique, s’est réjouit qu’il ait « pour la première fois les mains libres ». « Il va se révéler. Il va reconstruire ce pays, avec tout le monde », a-t-il ajouté. Un discours qu’avait déjà Joseph Kabila, réélu le 29 octobre avec 58,05% des voix, contre 41,95% pour son challenger Jean-Pierre Bemba. Dans une interview accordée fin novembre au quotidien belge Le Soir, il avait indiqué que le peuple congolais devait « d’abord » compter sur lui-même.

Y compris sur les opposants politiques, qui devraient être libres d’exercer leur contre pouvoir. Le candidat malheureux de la présidentielle, qui n’a pas assisté à l’investiture du président ( selon ses proches se repose à Gemena, au Portugal), s’est engagé à conduire une « opposition forte et républicaine ». Ce qui laisse entendre que la gouvernance du pays devrait se faire dans le calme et le respect des principes de la constitution. Des détracteurs craignent toutefois une « dérive autoritaire », rapporte RTL Belgique.

Tout est à (re)contruire

Hors de l’arène politique, les défis se bousculent à l’horizon. Sur le plan militaire, le plus jeune président du continent noir, seulement 35 ans, devra mater la rébellion de Laurent Nkundabatware. Depuis la fin du mois de novembre, les troupes du général disgracié affrontent l’armée régulière dans le Nord Kivu, province à l’Est du pays où des rebelles rwandais sévissent également. Malgré la reddition de deux hauts gradés dissidents, les soldats de Laurent Nkunda ont pris un poste frontière. Pendant ce temps, quelque 20 000 Congolais ont fui leur domicile en direction de l’Ouganda, pour échapper aux affrontements.

Au niveau des administrations et institutions, tout est à refaire. Le cancer de la corruption a gangréné de nombreux services et la guerre a détruit, paralysé ou considérablement handicapé le fonctionnement des structures scolaires et sanitaires. Ainsi, quelque 1 200 personnes mourraient chaque jour dans ce vaste pays, faute de pouvoir accéder aux soins les plus basiques. Pourtant, le sol de la RDC regorge de richesses : or, diamant, hydrocarbures, coltan, étain, thé, café, faune, bois…

Autant de trésors qui ne profitent pas à la population parce que des voisins les exploitent illégalement ou des firmes étrangères en profitent moyennant la signature de contrats avec les autorités de Kinshasa. Cette politique paraît sur le point de changer. Joseph Kabila a appelé, toujours selon l’entretien accordé au Soir, à « mobiliser davantage nos ressources, nos recettes » et a demandé l’aide des Congolais expatriés. Celle de l’Europe semble déjà acquise et pourrait doubler pendant les six prochaines années, passant de 205 millions d’euros, reçus ces cinq dernières années, à quelque 411 millions d’euros, selon RFI.

Le défi des droits de l’Homme

Il faudra aussi se pencher sur le respect des droits de l’homme. Les Forces armées de la RDC (FARDC) sont particulièrement, visées, selon le rapport mensuel d’octobre 2006 de la Mission des Nations Unies en RDC (Monuc). « Les preuves d’un viol massif commis par les FARDC en janvier 2006 au Nord Kivu rapportés; de nombreux incidents liés aux élections rapportés à travers la RDC; des éléments des FARDC et de la police ont commis des violations des droits de l’homme le jour des élections en Equateur, en Ituri et au Bas-Congo; (…) les violations du droit à la vie et à l’intégrité physique continuent d’être commises par les soldats des FARDC », souligne le document de la Monuc, dont certains soldats sont eux aussi mis en cause dans le viol de civils.

Par ailleurs, Marie-Thérèse Nlandu aurait été incarcérée sans motif, le 26 novembre, par « les forces de police à Kinshasa », selon un communiqué de sa famille. Le 23 novembre, l’ancienne candidate à la présidentielle, active militante des droits humains, avait été « tabassée ». Ce qui fait dire à la fille de la politicienne que « ce qui arrive à ma mère est ce qui attend tous ceux qui s’élèvent pour dénoncer les violences de ce régime. Cela ne laisse rien présager de positif pour le peuple ». Joseph Kabila a du pain sur la planche.