RDC : le premier ministre dans le collimateur de l’opposition

Jean-Lucien Bussa

L’initiative fait grand bruit en République démocratique du Congo (RDC). Une pétition est en train d’être signée par des députés de
l’opposition et quelques uns de la majorité, en vue de déposer
une motion de censure contre le premier ministre Adolphe Muzito Mfumunsi. L’initiateur de cette démarche est le député Jean-Lucien Bussa, membre du Mouvement de libération du Congo (MLC). Il nous a accordé une interview.

Notre correspondant en RDC

Jean-Lucien BussaDepuis le 28 avril dernier, Jean-Lucien Bussa fait circuler une pétition auprès des députés afin de les inciter à voter prochainement une motion de censure contre le Premier ministre Adolphe Muzito Mfumunsi et son Gouvernement, dont il critique la gestion du pays depuis leur arrivée, en octobre 2008. Il faudrait qu’il obtienne l’adhésion d’au moins un quart des membres de l’Assemblée nationale, soit 125 signatures, pour que la motion soit jugée recevable. Une fois déposée au bureau du président de l’Assemblée nationale, le débat et le vote devraient intervenir dans les 48 heures. La motion de censure ne pourrait passer qu’en obtenant la majorité absolue des voix, soit 251 votes sur les 500 députés que compte la chambre basse du parlement. Mais la Majorité au pouvoir n’entend pas s’en laisser compter. Elle a décidé de faire bloc autour de son exécutif. Une réalité qui ne semble pas inquiéter Jean-Lucien Bussa.

Afrik.com : Pourquoi voulez vous déposer une motion de censure contre le premier ministre ?

Jean-Lucien Bussa:
Lorsqu’on a échoué, on doit avoir l’honnêteté intellectuelle de pouvoir tirer sa révérence sinon considérer qu’on ne peut plus faire autre chose et passer la main à quelqu’un d’autre ! Mais comme la culture de la démission n’existe pas dans notre pays, nous en tant qu’élus du peuple, ayant constaté la rupture entre le programme du
gouvernement et la réalité de terrain, avons décidé d’agir. Le contrat qui nous lie avec le gouvernement c’est le programme. Si le gouvernement lui-même ne sait plus respecter son programme, ça veut dire qu’il a rompu le contrat qui nous lie avec notre base, le peuple ! A partir de ce moment-là, les députés doivent assumer leur responsabilité pour que nous ne soyons pas tous comptables de cet échec.

Afrik.com : Où en êtes-vous de votre démarche ?

Jean-Lucien Bussa:
Les signatures sont en train d’être prises. Nous en sommes à au moins 100. Nous espérons atteindre les 125 signatures le plus vite possible. De lors que c’est fait, conformément à notre règlement intérieur, nous allons déposer le dossier et l’Assemblée nationale va programmer le débat.

Afrik.com : Pensez vous que votre motion de censure contre le premier ministre va réussir ?

Jean-Lucien Bussa:
La réussite pour nous ne signifie pas forcément que la majorité nous accompagne ou que la majorité soit consciente de la misère du peuple. La réussite, pour nous, consiste à prendre date et dire à notre peuple que nous avons constaté l’échec du gouvernement, que nous avons proposé la solution et que les collègues de la majorité nous ont suivi ou non. Que ce soient les députés de l’opposition ou ceux de la majorité, nous sommes tous des représentants du peuple. Ou nous avons conscience que nous travaillons pour le peuple et faisons des propositions
crédibles, ou nous n’avons pas conscience que nous travaillons pour le
peuple et nous défendons nos propres intérêts ! Donc, pour ma part, que la motion soit conclue par le départ du premier ministre ou pas, ce n’est pas la tête du premier ministre qui nous importe, mais le changement de la qualité du management de l’Etat. C’est ça qui nous importe le plus.