RDC : le directeur du parc des Virunga attaqué pour sa lutte contre l’exploitation pétrolière ?

Le directeur du parc national des Virunga, situé à l’est de la RDC, a été touché par plusieurs balles mardi. Une attaque non revendiquée, qui s’expliquerait peut être à cause de sa lutte acharnée contre les projets d’exploitation pétrolière dans le parc.

Les prises de positions radicales d’un farouche défenseur de la nature l’ont-elles conduit à devenir l’homme à abattre ? Mardi, Emmanuel de Mérode, le directeur du parc national des Virunga situé dans la province du Nord-Kivu, à l’est de la RDC, était attaqué par des hommes armés alors qu’il circulait dans l’enceinte du parc. Si ses jours ne semblent plus en danger à l’heure actuelle, ce Belge de 43 ans nommé directeur du parc en 2008, a été grièvement blessé à l’abdomen et au thorax.

Une attaque que les observateurs avertis de la région n’ont pas tardé à recouper avec la guerre du pétrole qui semble déclarée dans la province depuis plus d’une décennie.

En effet, les 800 000 hectares du parc abritent les fabuleuses réserves pétrolières de l’Ituri, pour lesquelles des convoitises fusent des quatre coins de la planète.

Ainsi, alors que le WWF, à l’instar d’autres ONG de protection de la nature, appellent à la conservation du parc, les multinationales spécialisées dans le pétrole multiplient les demandes d’exploitation en direction des pouvoirs publics.

L’argent ou les animaux ?

Mais l’affaire n’est pas simple pour le gouvernement congolais, pris en étau entre la possibilité de gagner des milliards grâce aux revenus du pétrole, et son devoir de protéger les 2 000 espèces végétales, et les plus de 200 espèces animales, dont 200 gorilles des montagnes, qu’abritent le parc.

Cependant l’Etat congolais semble avoir choisi son camp. Récemment, des contrats conclus entre le gouvernement et les Britanniques de Soco et les Français de Total ont ainsi été mis entre parenthèses, les autorités choisissant de céder à la pression des ONG internationales et locales.

Selon certaines sources, citées par le quotidien congolais le Phare, cette décision de suspendre des recherches pétrolières dans la réserve naturelle, serait liée à un rapport démontrant les effets négatifs de l’exploitation pétrolière sur la faune et la flore de ce site. Le directeur du parc l’avait fait parvenir au gouvernement il y a quelques jours.

Echappant de peu à la mort mardi, le farouche défenseur de la nature semble ainsi être une victime collatérale d’une guerre pour l’or noir.

Plus ancien parc d’Afrique, le parc des Virunga, a été créé en 1925, et est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1979.
Il est la zone protégée possédant la plus grande biodiversité en Afrique, et l’un des quatre seuls parcs abritant des gorilles de montagne en danger critique d’extinction, dont il ne reste que 880 individus dans le monde.