RDC : Le courrier troublant de Corneille Nangaa (AFC) à Ramaphosa


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Corneille Nangaa

La crise Congolaise est d’abord politique, identitaire et interne. Elle a besoin de la solidarité africaine plutôt que des interventions militaires. La solution reste politique et entre congolais, précise le courrier choc de Corneille Nangaa à Cyril Ramaphosa, président Sud-Africain, que le chef rebelle accuse de s’être impliqué dans une guerre congolo-congolaise.

Dans ce courrier très développé dont AFRIK.COM a eu une copie, Corneille Nangaa, Coordinateur de l’Alliance Fleuve Congo souligne sans détour la précipitation avec laquelle l’Afrique du Sud, à travers son président, prend parti dans ce conflit. Et de considérer que les causes profondes de cette crise échapperaient à Cyril Ramaphosa, probablement induit en erreur par les mensonges du régime de Kinshasa.

Corneille Nangaa en première ligne sur le front diplomatique

Décidément, Corneille Nangaa entame une phase diplomatique très agressive en pointant d’un doigt accusateur les Etats régionaux qui soutiennent Felix Tshisekedi dans la guerre qui oppose son régime a l’Alliance Fleuve Congo (AFC) dirigée par Corneille Nangaa Yobeluo, ancien président de la Commission électorale de la République Démocratique du Congo. Nangaa n’apprécie pas que Kinshasa continue de designer les membres de son mouvement comme étant de nationalité étrangère, ce qui selon sa missive, « procède de la manipulation, du mensonge et de la propagande ». Le leader de l’AFC conteste que Tshisekedi puisse traiter son propre peuple d’étranger et surtout de Rwandais lorsqu’il parle des Tutsi congolais, faisant référence au discours de campagne de Felix Tshisekedi dont, écrit-il, « le venin touche particulièrement les Swahiliphones ». Il affirme que l’un des candidats à l’élection présidentielle de 2023 (Moise Katumbi) en a été la principale victime.

Les troupes de l’AFC sont constituées de Congolais et non de Rwandais.

En considérant les troupes de l’Alliance Fleuve Congo comme des étrangers (Rwandais) et à chasser de la RDC, Felix Tshisekedi remet gravement en cause l’identité de ses propres compatriotes. « Notre révolution étant nationale, elle englobe toutes les sensibilités ethniques et communautaires du pays, y compris des citoyens congolais qui parlent la langue Kinyarwanda. Cette confusion entretenue délibérément au sommet de l’Etat autour de la question identitaire et surtout de la langue Kinyarwanda fait de Monsieur Tshilombo (Tshisekedi) un acteur dangereux pour la cohésion nationale et le vivre-ensemble », souligne Corneille Nangaa à la cinquième page de son troublant courrier adressé au président Sud-Africain. Pour lui, la guerre animée par Felix Tshisekedi n’est pas un réflexe souverainiste de la RDC mais un stratagème lucratif propre à lui et sa famille biologique dans l’objectif d’occuper tous les gisements miniers de la RDC à travers « une vente à la sauvette des terres rares ». En parcourant l’ensemble des sites miniers du Congo-Kinshasa, Nangaa attire l’attention du président Cyril Ramaphosa que de l’Ituri au Lualaba, en passant par Rubaya (Nord-Kivu), tous les sites miniers sont occupés par la famille Tshisekedi.

L’argent de Tshisekedi « souille les puissances régionales »

Corneille Nangaa dénonce une campagne de manipulation des personnalités des Etats de la région par Felix Tshisekedi à coups de billets de banque. Des émissaires du président Tshisekedi s’amuseraient à influencer « certaines personnalités d’influence régionale et internationale à travers le monde en leur distribuant quelques libéralités financières ou minières tout en leur riant au nez d’avoir réussi à contenir la pression internationale et surtout à acheter la certification des fraudes électorales dont il se prévaut, toute honte bue ! », souligne la lettre de Corneille Nangaa.

Nangaa conduit une « révolution constitutionnelle », pas une rébellion

L’Alliance Fleuve Congo réfute les épithètes injurieuses propagées par le régime de Kinshasa pour salir l’image de ce mouvement. « Nous ne sommes pas en guerre, ni en rébellion mais nous sommes une révolution constitutionnelle. Ceux qui se battent contre Monsieur Tshilombo sont bel et bien des fils du pays, ressortissants de toutes les provinces, affectés chacun par la dépravation gouvernementale de Kinshasa où la démocratie et la Constitution sont foulées aux pieds au profit d’un prétendu principe messianique du ‘salut du peuple’ », explique Corneille Nangaa.

Ramaphosa pris la main dans le sac

Selon le leader de l’AFC, des informations en sa possession établissent que le soutien militaire de la République Sud-Africaine serait conditionné par certains intérêts personnels du Président Cyril Ramaphosa. Nangaa l’interpelle ouvertement sur ce thème : « votre engagement dans la coalition militaire avec Kinshasa serait motivé par des intérêts miniers particuliers ».

Tshisekedi « déstructure l’armée congolaise »

Corneille Nangaa a fait parvenir à Cyril Ramaphosa des critiques liées également à la qualité des forces armées de la RDC. Claironnant aux quatre coins de la planète dans une campagne de manipulation propagandiste une prétendue « augmentation du budget de la défense nationale », il est malheureusement établi que l’autoproclamé-président Tshisekedi a aligné « une bande d’affairistes pour absorber ledit budget à travers un système de prédation sous forme de commissions et de rétro-commissions au détriment des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) », dénonce-t-il. Une mafia qui partirait du système d’acquisition opaque du matériel et d’équipements de défense en passant par la surfacturation et le gonflement des effectifs des troupes, au détriment des soldes et primes des militaires. D’après Nangaa, « Tshisekedi a intentionnellement affaibli les Forces Armées au profit des mercenaires et forces étrangères qu’il rémunère grassement alors que le soldat congolais… manque de tout équipement ». Au nom de l’effort de guerre, les opérateurs économiques sont drastiquement ponctionnés, « les uns par des contributions financières obligatoires et les autres, par des surtaxes exagérées en violation des textes légaux et règlementaires« , poursuit le courrier de Corneille Nangaa à Cyril Ramaphosa. Et d’ajouter que : « les fonds collectés sont détournés à travers toute la chaine mise en place par Monsieur Tshisekedi » avant d’en déduire que « cette guerre orgueilleuse est un business et source d’enrichissement sans cause ». Des accusations lourdes qui désignent des détournements massif au détriment des soldats congolais.

Fdlr (rwandais) et Tutsi (congolais), deux énigmes sécuritaires

L’Alliance Fleuve Congo accuse Felix Tshisekedi d’avoir rassemblé les génocidaires des Forces de Défense et de Libération du Rwanda (FDLR) dans sa garde personnelle, dans les sites miniers et sur le front de guerre, sans se soucier des risques d’extermination des populations qui en découlent, ciblant principalement des Tutsi congolais. Il soutient que Tshisekedi a « tribalisé » l’armée en opérant des mises en place et des affectations sélectives qui fragilisent la cohésion au sein de l’outil de défense et brisent l’esprit de corps. A la place, le président congolais a créé une milice tribale dénommée ‘Forces du Progrès’ « dont il se sert pour traquer les opposants, piller leurs patrimoines et intimider le peuple ». Nangaa affirme que la même milice a été utilisée par le régime de Tshisekedi pour attaquer les installations des chancelleries occidentales ainsi que le patrimoine de la Mission des Nations-Unies pour la Stabilisation en République Démocratique du Congo (MONUSCO).

Les questions posées par Corneille Nangaa au président Ramaphosa

L’Alliance Fleuve Congo ne souhaite à aucun prix entrer en confrontation militaire directe avec l’armée Sud-Africaine. « Mais si d’aventure, l’on nous y obligeait, nous nous réservons le droit de nous défendre », prévient Corneille Nangaa. Il adresse quelques questions troublantes au président Ramaphosa dans la mesure où ce dernier appuie et accompagne un régime, dit-il, « illégitime et prestidigitateur des élections » et ce, seulement pour des intérêts miniers. « Êtes-vous personnellement confortable d’aligner des troupes sud-africaines dans une entreprise de guerre destinée à tuer des Congolais dans un conflit congolo-congolais? », l’interpelle-t-il. Et de poursuivre qu’il est inadmissible que le gouvernement d’Afrique du Sud aligne ses soldats « côte à côte avec des génocidaires FDLR, partenaires de premier ordre du régime de Kinshasa », alors que dans l’histoire les Présidents sud-africains avaient jusque là toujours été loyaux vis-à-vis du peuple congolais.

Au delà de l’interpellation directe adressée au président Cyril Ramaphosa, l’intérêt de cette lettre ouverte est de préciser clairement l’option politique proposée par l’AFC et d’énoncer clairement les objectifs fondamentaux de l’Alliance : restaurer la légalité constitutionnelle, effacer l’imposture électorale de décembre 2024 et retrouver la voie de l’unité entre tous les Congolais. Un discours  » de résistance », bien différent de la caricature présentée par les partisans de Félix Tshisekedi.

Document : LETTRE AU PRESIDENT CYRIL RAMAPHOSA

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