RDC : la traque aux pantalons

Des agents des forces de l’ordre, suivis de quelques civils zélés, ont poursuivi, lundi à Kinshasa, toutes les femmes portant des pantalons pour les leur enlever de gré ou de force en pleine rue. Un coup d’éclat suscité par une rumeur folle selon laquelle les autorités auraient interdit le port du pantalon à la gent féminine. Une rumeur démentie par le gouvernement qui a condamné publiquement de tels agissements. Alors que le débat sur les tenues vestimentaires s’anime dans l’opinion, l’origine et les motivations de cette traque quasi-spontanée restent encore floues.

Par Barbara Vacher

Rafle du pantalon lundi à Kinshasa. Des agents des force de l’ordre de la capitale ont traqué toute la journée femmes et jeunes filles kinoises afin de leur ôter leurs pantalons, de gré ou de force, allant dans certains cas jusqu’à les agresser physiquement et verbalement en public. Le déploiement d’une telle série d’actes provient d’une rumeur, qui courait depuis le week-end dernier, selon laquelle le port du pantalon par les individus de sexe féminin était désormais interdit à Kinshasa. Cette rumeur, qui s’est propagée comme un feu de brousse ces deux derniers jours, a pourtant été démentie par les officiels.

Les ministères de la Défense, de la Condition féminine et de la Famille, ainsi que le gouverneur de Kinshasa, Jean Kimbunda Mudikela, se sont dédouanés d’une telle traque. Les interrogations concernant l’origine d’une telle rumeur et son fondement restent entières. Initiative spontanée de militaires frustrés profitant d’un climat tendu, propice à terroriser la population féminine ? Exécution de directives précises mais officieuses ? Plaidoyer identitaire violent pour le pagne traditionnel, visant à condamner coûte que coûte une jeunesse toujours plus désireuse de suivre les modes européennes ? D’après Octave Juakali Kambale, notre correspondant local, cette opération apparaît purement spontanée. « On ignore pourquoi un lundi matin, des agents de l’ordre sont partis à la chasse aux pantalons ».

Atteinte à la pudeur

Sous le général Mobutu, le port du pantalon chez les femmes était légalement interdit. Mais depuis l’ascension de Laurent Désiré Kabila à la tête du gouvernement provisoire, cette interdiction légale a été supprimée. Dans la capitale, les autorités ayant peu à peu lâché du lest quant à la rigueur imposée à la population, les tenues vestimentaires, tout particulièrement féminines, se sont démocratisées et européanisées. Un peu trop au goût de certains. Au sein de l’opinion publique, les réactions concernant les agissements de ces tailleurs d’un nouveau genre sont partagées.

Pour les uns, ces tenues frisent l’atteinte à la pudeur, allusion faite aux pantalons taille basse particulièrement serrés laissant entrevoir un nombril, ou même un string. Pour les autres, le port du pantalon reste dans la majorité des cas acceptable, car il est une alternative financière pour les femmes avec un coût moins élevé que les vêtements traditionnels. Des raisons pratiques sont également invoquées : le pantalon permet aux femmes de se déplacer plus facilement, notamment dans les transports en commun. Assez paradoxalement, « la plupart des voix qui s’élèvent contre les tenues vestimentaires européennes viendraient le plus souvent des femmes elles-mêmes, généralement plus âgées, toutes conditions sociales confondues », nous précise notre correspondant.

Alors que les agents présumés impliqués dans la « rafle du pantalon » ont nié les faits qui leur sont reprochés face à la presse, une instruction a été ouverte afin d’établir la vérité, a rapporté mardi Digitalcongo.