RDC : l’instabilité menace la tenue du scrutin

Les élections présidentielles et législatives, prévues dimanche en République démocratique du Congo, s’annoncent sous haute tension. Affrontements, appels au boycott, l’approche du scrutin historique fait planer l’ombre d’un dérapage du processus électoral. L’épée de Damoclès pèse sur l’ex-Zaïre, avec la crainte de voir le pays replonger dans de nouveaux conflits.

Par Louise Simondet

Une véritable poudrière. La République démocratique du Congo (RDC) était déjà sous tension depuis le lancement du processus électoral en juin 2005. Mais depuis plusieurs semaines, l’approche des élections du 30 juillet réveille les foules et des débordements ont vu le jour. Appels au boycott, affrontements, campagnes pour annuler le processus électoral, la RDC s’embrase et la communauté internationale s’inquiète. Les élections de dimanche sont historiques et décisives, car elles doivent mettre fin à la fragile transition politique initiée en 2003, après une guerre civile de 5 ans qui a ensanglanté le pays. Ces premiers scrutins libres et pluralistes verront s’affronter 33 candidats pour briguer la présidentielle et 9 707 se disputer les 500 sièges des législatives. Un vote crucial pour ramener la paix et la stabilité dans ce pays victime de plus de 30 ans de dictature de Mobutu, de crises et de conflits.

Plus de 25 millions d’électeurs sont appelés à se rendre dans les 50 000 bureaux de vote répartis dans tout le pays. Grand favori de l’élection, le Président sortant Joseph Kabila s’apprête à se soumettre au choix des urnes. La bataille risque d’être dure. Parmi ses rivaux, les deux actuels vice-présidents Jean-Pierre Bemba et Azarias Ruberwa, des mobutistes et quelques opposants, sont de la partie. Un suffrage qui porte déjà à polémique, car l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), principal parti d’opposition sera absent du scrutin. Enjeu majeur, la tenue de ces élections est un grand pas en avant sur le chemin de la démocratie, mais aussi une crainte. Le dérapage du processus électoral, dimanche prochain, pourrait engendrer de nouveaux conflits.

Une élection sous tension

L’ombre du boycott plane sur les élections. Mouvements de foule, violences, la tension en RDC a atteint un degré supérieur ces derniers jours. Des affrontements ont éclatés, mardi à Kinshasa, entre les partisans du leader de l’UDSP, Etienne Tshisekedi, et la police congolaise. Quelques 500 manifestants ont défilé pour contester la tenue du scrutin de dimanche et dénoncer une fraude massive. La Commission électorale indépendante (CEI) est accusée d’avoir fabriqué 5 millions de bulletins en trop. Les militants, excédés par ces abus, s’en sont pris aux forces de l’ordre en leur lançant des pierres et ont clamé des slogans hostiles à l’encontre de trois candidats à la présidence. Selon l’AFP, ils auraient traité Joseph Kabila et Azarias Ruberwa de « Rwandais » et Jean-Pierre Bemba de « traître ». La colère était palpable : « Si Kabila est proclamé Président de la République, tous les étrangers seront brûlés à Kinshasa », rapporte à l’AFP un jeune militant.

A ces débordements s’ajoutent les critiques de l’église catholique et les atteintes à la liberté de la presse. Ainsi, dans une missive datant du 21 juillet et destinée à la CEI, au Comité international d’accompagnement de la transition (CIAT) et à la Communauté internationale, les émissaires de l’église catholique congolaise menacent de boycotter le scrutin si leurs revendications ne sont pas prises en compte. Le Pape Benoit XVI a pourtant appelé les Congolais, catholique à 70%, à se rendre massivement aux urnes dimanche. Si la menace de cette communauté est mise à exécution, elle pourrait mettre à mal l’issue du scrutin. A côté de ces contestations, la campagne a aussi été assombrie par l’expulsion d’une journaliste de Radio France international (RFI) et l’assassinat, dans la nuit du 7 au 8 juillet, du journaliste congolais Louis Bapuwa Muamba.

La sécurité sera-t-elle suffisante ?

Pour contrer tout débordement, 80 000 policiers congolais sont mobilisés pour assurer la bonne tenue du scrutin. La force de l’Union européenne (Eufor) fait elle aussi partie intégrante du dispositif de sécurité. 80 000 hommes sont déjà présents à Kinshasa et la force bénéficie de soldats de réserve au Gabon. Coordonnée avec la Mission de l’ONU en RDC (Monuc) qui comprend 17 600 Casques bleus, l’Eufor agira en parallèle. « La régularité du scrutin sera surveillée par 40 000 observateurs nationaux et environ 1 500 internationaux, auxquels s’ajoute plus de 17 000 témoins de partis politiques et de candidats indépendants », rapporte l’AFP. 153 observateurs de l’Union Africaine participeront à la mission d’observation. Les observateurs africains sont conduits par le vice-président du Parlement Panafricain, Théophile Nata.

Ces élections, qui attirent l’attention de la communauté internationale, occultent la situation dramatique des réfugiés congolais. Ainsi, 38 000 personnes ont dû fuir leur maison suite aux récents affrontements perpétrés dans la province de l’Ituri et opposant les milices et l’armée. « Le Programme alimentaire mondial a précisé qu’il lui fallait 106 millions de dollars pour fournir des denrées alimentaires à quelque 1,7 million de personnes dans le pays », rapporte l’AP. Un scrutin pour le retour à la stabilité, un scrutin pour la paix… Le peuple congolais a rendez-vous avec son destin dimanche prochain.