RDC : gagner sa vie grâce aux jeux de hasard, le pari de nombreux jeunes de Kinshasa


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Une rue en RDC
Une rue en RDC

À Kinshasa, la capitale de la République Démocratique du Congo, nombreux jeunes passent leurs journées dans des maisons de loto à la recherche d’un gain facile, grâce au pari. Ils profitent de la floraison des agences de pariage et du paiement mobile pour tenter leur chance.

Avec un investissement de moins de cent Franc CFA ou plus, ces jeunes espèrent gagner leur vie à travers des jeux de hasard. Cette pratique soulevant les questions éthiques face à la marge d’un gain facile risque de prendre une autre allure dans cette ville où de nombreux jeunes n’ont pas d’emploi. Reportage !

Il est 10 heures à Kinshasa, la capitale politique de la République Démocratique du Congo. Comme d’habitude, le soleil ne prive pas les kinois de ses rayons. Visiblement, c’est une matinée ordinaire dans cette ville où la chaleur dicte sa loi. A Burumbu, une commune située dans la façade Nord, l’embouteillage des véhicules, la vente à la criée et les attroupements des jeunes font bon ménage sur l’avenue du rail, contrée considérée comme l’un des points chauds de cette commune.

Gagner beaucoup avec moins d’investissement

Winner, Loto, Betcoin… Des agences de pariage inondent cette commune et les jeunes prennent plaisir aux jeux de hasard. Parfait, 17 ans, indique qu’il « vient chaque matin » pour tenter sa chance. Ce jeune rencontré devant une maison de de pariage ne cache pas sa passion pour ces jeux : « Il m’arrive de gagner beaucoup avec moins d’investissement. Récemment, j’ai investi 2000 FC pour trois matchs (565 FCFA) et j’en ai gagné 25 000 FC (7062.67 FCFA) ». Il explique que l’argent gagné à ce jeu de lotto lui a permis « d’assurer son ambiance du week-end », lâche-t-il en Lingala, langue parlée dans cette ville.

A quelques mètres de cette agence, se trouve une maison un peu plus spacieuse où jeunes et vieux analysent l’élimination de la RDC à la Coupe d’Afrique des Nations et scrutent d’autres affiches des rencontres prévues. Habillés en t-shirt, babouches, culotte et pantalon jean effet déchirés, ces jeunes n’ont qu’une seul envie : « gagner plus en investissant peu ».

Parmi eux, David, un jeune partagé entre le désespoir et l’impatience. « Le pari est une occupation pour moi ». La vingtaine, avec un diplôme de Bac+3 ne vit que de ce jeu de hasard : « J’ai décroché mon diplôme de graduat en 2019. Par manque d’emploi, je viens chaque jour dans cette agence à la recherche d’un gain ». Pour lui, « ce jeu de hasard est un moyen d’encadrement des jeunes sans emploi ».

Un peu plus loin, au rond-point Ngaba, dans la commune portant le même nom, il existe d’autres agences de pariage. Sous des parapluies, des jeunes de cette banlieue située dans le Nord de Kinshasa s’adonnent aussi au jeu. A quelques mètres d’un restaurant de fortune fréquenté par les motocyclistes (Wewa Ndlr), on aperçoit un jeune, tête baisée sur son téléphone. Très concentré, l’homme aux dreadloks parcourt des sites internet dédiés au pari. « J’utilise mon compte mobile money pour tenter ma chance ». Avec un sourire naïf, il espère faire du pariage « son occupation principale », face à « son oisiveté ».

Quelles conséquences pour le gain facile ?

Comme d’autres grandes villes de la République Démocratique du Congo, Kinshasa n’est pas épargnée par l’exode rural. D’après les données du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD), cette ville représente 34,2% de toute la population de la RDC, et dont la majorité n’a pas accès à un emploi décent.

Si pour certains, les jeux de hasard sont une occupation pour des jeunes sans emploi, d’autres se questionnent sur les conséquences éthiques de ce phénomène répandu dans cette ville. « La jeunesse éprouve une sérieuse difficulté d’autorégulation. Le gain facile peut inculquer en elle un esprit de légèreté qui risque d’entraver son avenir », craint le sociologue Alimasi Ayukani. Pour d’autres, « les jeux de hasard ont détruit plusieurs jeunes qui croient plus au gain facile qu’au travail de dur labeur. Certains d’entre eux se livrent désormais au vol afin de trouver les moyens nécessaire pour le pariage », explique Bokele, 60 ans.

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