RDC : coup de projecteur sur ces chansons qui éveillent les consciences

Nini Tosali Té (11 nov 21)
Nini Tosali Té

La sphère musicale congolaise est très mouvementée, ces derniers jours, rythmée par les sorties de chansons qui retracent la situation socio-politique en RDC. Les musiciens s’inspirent du vécu quotidien de la population pour peindre un tableau sombre dans leurs tubes.

«Lettre à Ya Tshitshi», «Nini to Sali té»,… de nouvelles chansons éveillent les consciences et retracent la situation socio-politique en République Démocratique du Congo. Dans ces chansons, les musiciens s’indignent de l’inconscience de la classe politique et la misère vécue au pays.

Nini tosali té (Que n’avons-nous pas fait ?)

Dans ce tube de 4 minutes, le groupe Musique pour la révolution populaire (MPR) exprime le ras-le-bol d’une jeunesse minée par le chômage. «Nous portons la famine comme si c’était notre identité, l’insécurité est partout et dans nos cités. Nous sommes un pays riche, mais c’est juste une étiquette. Nous avons fait toutes les prières imaginables. Est-ce que nos études ont de la valeur ?», s’exclament les rappeurs Zozo et Yuma Datsh du groupe MPR.

Plus qu’une chanson, «Nini tosali té» est une interpellation collective face aux maux qui rongent le pays. «Les hommes politiques n’ont plus de vision et leurs promesses n’ont aucune valeur. Mobutu est parti et on n’a vu aucune avancée significative. On a dit que tout s’arrangerait au départ de Kabila, il est parti mais tout reste compliqué», peut-on écouter dans cet opus.

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«Lettre à Ya Tshitshi» (lettre à feu Antoine Tshisekedi)

Après la sortie de «Peuple aboyi RAM» pour dénoncer une taxe sur les appareils mobiles, Bob Elvis a sorti un autre single intitulé «Lettre à Ya Tshitshi». Sous forme d’information, le jeune rappeur tire sur Antoine Tshisekedi, père biologique du Président au parfum de la situation actuelle du pays. Dans le tube, il parle notamment de la persistance de l’insécurité et de la corruption, l’inconscience de la classe politique, les promesses non tenues par le pouvoir en place et la saturation de la sphère médiatique, entre autres.

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«Bongo Mutupu» (purs mensonges)

C’est un autre opus qui fait bouger les lignes en République Démocratique du Congo. Son tube chanté en Swahili, le jeune rappeur Infrapa dénonce les promesses non tenues par le pouvoir en place, l’échec de l’Etat de siège, l’insalubrité dans la ville de Lubumbashi, dans le Sud-Est du pays, le délabrement avancé des routes, le chômage, le manque d’électricité, d’eau et le montée du tribalisme.

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Des chansons censurées

Après leurs sorties, «Nini tosali té» et «Lettre à Ya Tshitshi» ont été censurées par la commission nationale de censure des chansons et spectacles, le 9 novembre, au motif qu’elles avaient été présentées au public sans son autorisation. Une mesure qui a suscité un tollé. 24 heures après, cette commission a levé cette mesure pour la chanson «Nini tosali té». La censure est restée en vigueur pour «Lettre à Ya Tshitshi». «Cette décision ne me fait ni chaud ni froid. Ça fait 4 ans que mes œuvres et moi ne passons ni à la télé, ni à la radio au Congo, je ne me produis même pas en concert également. Je n’ai pas été découvert grâce à la télé ou à la radio, plutôt grâce à ma musique et mon combat, grâce au peuple », a réagi le rappeur Bob Elvis après la censure de sa chanson.

Notons que les sorties de ces chansons dites «engagées» interviennent alors que le pays se préparent pour la tenue des élections générales en 2023.

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