RDC : Constitution, Elections, Dialogue, Olivier Kamitatu et le G7 font front face à Joseph Kabila

Olivier Kamitatu, président de l’ARC et vice-président du G7, l’une des principales plateformes de l’opposition dont la figure emblématique est Moïse Katumbi, était l’invité vendredi 26 février de l’émission « Regard sur… » présentée par Barbara Nzimbi. L’occasion pour lui de rappeler que, passé le délai constitutionnel du 19 décembre 2016, Joseph Kabila, l’actuel Chef de l’Etat, ne disposera plus de la légitimité nécessaire pour demeurer Président de la République
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 « On voit trop souvent à travers l’Afrique des Chefs d’Etat briguer un nouveau mandat », a déploré Olivier Kamitatu, l’ancien ministre du Plan, lors d’une émission politique phare au Congo Kinshasa. Son pays ne semble pas échapper à la règle. Mais, rappelle Olivier Kamitatu, « il n’y a pas de crise des institutions. S’il y a crise, c’est celle de l’avenir d’un homme. » D’ailleurs, souligne-t-il, « si le Président de la République faisait une déclaration disant qu’il ne briguera pas de 3ème mandat, la tension dans la population baisserait très sensiblement ».

Tous les Congolais comprennent que la Constitution est un texte sacré

Mais « aujourd’hui, tout le processus électoral est délibérément saboté », selon l’ancien ministre. La preuve, « les moyens pour l’organisation de ces élections ne sont pas dégagés », ce qui est un « signe de l’absence de volonté du pouvoir d’organiser ces scrutins dans les délais constitutionnels. » Or, « tous les Congolais comprennent que la Constitution est un texte sacré. C’est un oui franc à la paix et à la stabilité. Il est inutile aujourd’hui de remettre en cause ce texte » dont la genèse a été particulièrement douloureuse. C’est pourquoi « nous souhaitons des élections dans les délais prescrits par la Constitution ».

SI l’on voulait, on le pourrait, en quelque sorte. Mais en RDC, la volonté politique d’organiser les élections dans les délais constitutionnels semble faire défaut. En effet, selon Olivier Kamitatu, « la question de l’organisation des élections est avant tout d’ordre technique. Et cela relève du Gouvernement et de la CENI, pas d’une instance à créer par un quelconque dialogue souhaité par le Président Kabila. » Selon cette figure majeure de la scène politique congolaise, « on n’a donc pas besoin de chefs coutumiers de sportifs de chanteurs » autour de la table. Selon l’ancien ministre, ce type de dialogue tel que souhaité par le Président Kabila n’est d’ailleurs qu’une forme de « rattrapage », un « piège ». « Il est grand temps d’enrôler les jeunes gens qui peuvent l’être en 4 ou 5 mois, contrairement à ce qu’affirme le Président de la CENI », a-t-il déclaré. 

Le dialogue souhaité par Kabila est un « piège »

Pour surmonter les éventuels problèmes techniques dans l’organisation des élections, seules l’opposition et la majorité devraient se réunir, selon l’actuel député. Nul besoin d’élargir le cercle de la discussion. Mais, signe du degré élevé de défiance vis-à-vis du pouvoir, Olivier Kamitatu appelle, en outre, à l’élargissement du mandat de la MONUSCO « aux questions de logistique et de monitoring des élections. » Le cas échéant, il faudrait même, selon lui, nommer « un délégué ou un envoyé de la MONUSCO pour l’organisation des élections » car selon lui, « la CENI a fait allégeance à une famille politique. Elle n’est plus ni impartiale ni équitable », a-t-il précisé.  

A l’occasion de cette émission télévisée, Olivier Kamitatu a tenu à afficher sa solidarité à l’égard des mouvements issus de la société civile, se félicitant au passage du succès de l’opération ville morte en RDC le 16 février dernier. « Je salue l’engagement des jeunes gens de la Lucha, frappés pour le seul fait d’avoir manifesté pour la préservation de la liberté. » Il en a profité également pour déplorer le fait qu’« aujourd’hui, l’espace politique, le champ des libertés est réduit à sa plus simple expression ». En RDC, les  « condamnations d’opposants, les entraves à la liberté de déplacement, les fermetures de médias, etc. » ont tendance en effet à se multiplier comme le souligne le rapport annuel d’Amnesty International.

Olivier Kamitatu a également évoqué la proposition du très charismatique Moïse Katumbi d’organiser des primaires au sein de l’opposition pour désigner un candidat unique. « Je suis pour cette proposition », a-t-il déclaré. « C’est une excellente idée qu’un candidat puisse avoir le soutien de tous les opposants et qu’il puisse incarner le désir de changement et d’alternance », a-t-il indiqué.

Olivier Kamitatu a conclu son intervention en formulant le souhait que « le 1er janvier 2017, nous aurons un chef d’Etat élu de manière démocratique à travers un processus crédible. Nous devons aller à ces élections sans peur ». Et l’ancien ministre d’ajouter, en guise d’avertissement : « si Joseph Kabila souhaite se maintenir au pouvoir au-delà du 19 décembre, il faudra alors nommer un Président intérimaire qui sera chargé d’organiser l’élection présidentielle ».