RDC : carton rouge aux media congolais

La campagne pour la course à la présidentielle en République démocratique du Congo s’est officiellement clôturée vendredi soir. Elle s’est terminée par un dernier débat politique qui aurait dû être retransmis sur vingt chaînes congolaises. Un leurre. Les participants eux-mêmes ont demandé l’interruption du dernier débat de la campagne, au nom du droit à la liberté d’informer.

De notre correspondante à Kinshasa, Lola Jessé

Vendredi 28 juillet, 22h45. RAGA TV, chaîne de télévision congolaise, est victime des aléas du direct. Sur son antenne, le tout dernier débat politique de la campagne présidentielle, à 24 heures des élections. Il y a autour de la table Pierre Pay Pay, un des favoris, du CODECO. A sa droite, Justine Mpoyo, la fille du premier président congolais Kasavubu. Vivine Nlandu est la troisième participante. C’est elle qui déclenche tout. Une question posée brusquement aux deux journalistes qui tiennent jusque-là plutôt bien le débat : « Combien de chaînes retransmettent ce programme actuellement ? », demande-t-elle, presque agressive. « Une vingtaine, une vingtaine », répète avec assurance l’un des journalistes. Dans le public, on hoche la tête. Autour de la table, on s’échauffe. « Il n’y a que RAGA qui nous diffuse ! », tape du poing sur la table Vivine Nlandu, visiblement bien informée par son directeur de communication. Le directeur de la Haute Autorité des Media (Ham) est là, dans le public. On le fait venir sur le plateau.

La Ham pas crédible

L’impuissance de la Ham éclabousse le petit écran. Son représentant n’est pas bon dans l’improvisation. On l’accuse. Et pour cause, son organe de régulation des media a organisé ce débat, prévu pour être visible de tous les Congolais, depuis une vingtaine de chaîne de télévision. D’ailleurs, les trois participants ont payé leur place au prix fort : 180 dollars, contre 80 en temps normal. C’est Vivine qui lâche ces chiffres. Debout, penché au-dessus du micro du journaliste, le directeur de la Ham s’explique, mal à l’aise ou laxiste, baraguine que c’est aux invités ici présents de prendre une décision. « La RTNC, la chaîne mère, ne retransmet même pas ce débat ! », s’indigne, à juste titre, Pierre Pay Pay, « 3P » comme il aime à se faire appeler.

La RTNC est vendue au président candidat Jospeh Kabila. Résultat : des heures entières de louanges au candidat n°7 à la présidence. Aberrant. Pire, la Ham avait déclaré la suspension de certaines chaînes vouées à la propagande unipartite. Suspension jamais appliquée. « Nous y pensons », murmure le représentant de la Ham, décontenancé. C’est un aveu, un scandale. La veille, les locaux de la Ham ont été saccagés par le peuple congolais. Tout s’éclaire.

Sur le plateau, après cette allocution alarmante, les participants sont prêts à sacrifier leur ultime espace d’expression avant le chant des urnes. Au nom de la démocratie. « On arrête tout », tambourine Vivine Nlandu. La décision finale est clarifiée par Pierre Pay Pay, ferme : « On suspend le débat cinq minutes, le temps que vous contactiez les media concernés, on reprend après ». Pub. La fin du débat sera bien multidiffusée. La fin du débat, c’est-à-dire 15 minutes pas plus. Et le journaliste de conclure en s’adressant aux participants : « Merci d’avoir répondu présents à l’invitation de la Ham, c’est aussi ça la démocratie ». Nous voilà rassurés.

Vous pouvez retrouver cet article sur le site de la Maison des journalistes