RDC 2012 : L’année de tous les dangers

L’imbroglio politique se poursuit en République démocratique du Congo (RDC). Joseph Kabila et Etienne Tshisekedi ont présenté tous deux leurs vœux pour la nouvelle année. Face à une telle situation, les Congolais entament 2012 dans l’incertitude. La crainte que le pays bascule dans la violence et la guerre civile est toujours forte.

Deux présidents ? L’année 2012 commence mal pour la République démocratique du Congo (RDC). Les deux rivaux politiques, le président Kabila et l’opposant Etienne Tshisekedi, chef de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UPDS), ont présenté tous deux leurs vœux au peuple congolais. Joseph Kabila, en appelant à la cohésion nationale, a adressé un message à son adversaire. « Ne perdons jamais de vue qu’en démocratie, des échéances électorales sont une occurrence régulière, une occasion de se rassembler davantage et non celle de se diviser en factions hostiles ».

Mais Etienne Tshisekedi qui ne reconnait toujours pas la victoire de son rival, n’est pas du même avis. Il estime être le véritable chef d’Etat de la RDC. C’est depuis le bureau de sa résidence de Limete, à Kinshasa, qu’il a promis à ses sympathisants qu’il prendrait bientôt la direction du pays. « Ce qui me manque ici, c’est l’imperium, c’est-à-dire la force publique », a déclaré l’opposant. Selon lui, il n’y a absolument aucune crise à la tête du Congo.« Les choses vont rentrer dans l’ordre et je répète, il n’y a pas de crise à la tête du Congo ».

Le signal de RFI coupé

Avec deux « présidents », la confusion gagne du terrain en RDC. Une confusion qui a poussé le gouvernement à couper le signal de la Radio française internationale (RFI) jusqu’à mardi, pour protester contre son traitement jugé partial de la situation post-électorale dans le pays. Une mesure prise par le ministre de la Communication et des Médias, Lambert Mende. Selon lui, « le gouvernement n’a pas du tout apprécié la façon dont RFI essaie de banaliser la pantalonnade anti-constitutionnelle de monsieur Tshisekedi ». RFI a juxtaposé « les vœux de notre président avec les vœux de ce qu’elle appelle l’autre président », a-t-il indiqué, ajoutant que la radio « a comme une volonté délibérée de créer une situation confuse qui peut nous entraîner dans des affrontements entre Congolais, et ça nous n’apprécions pas». Le ministre a également indiqué qu’une décision définitive sera prise par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC). Un dossier sera déposé à cette instance de régulation des médias « qui va discuter avec RFI et prendre une décision », a-t-il souligné.

Cette cacophonie politique s’est aussi propagée à l’étranger. L’ambassadeur de France à Kinshasa a été convoqué ce lundi par le ministère des Affaires étrangères de la RDC suite à l’agression dont a été victime Léon Kengo, président du Sénat de la RDC, samedi soir à Paris. Ce dernier a été frappé par un groupe d’individus, alors qu’il rejoignait la voiture qui l’attendait à gare du Nord. Blessé par ses agresseurs, Léon Kengo est actuellement hospitalisé. Le ministère français des Affaires étrangères a indiqué qu’une enquête est en cours pour déterminer les circonstances de cette agression.

2012, une année d’incertitude

De leur côté, les autorités en RDC ont haussé le ton. Le ministre des Affaires étrangères, Alexis Thambwé Mwamba, a indiqué sur France Info, qu’au niveau « des gouvernements la situation est extrêmement grave ». Le ministre a rappelé que Leon Kengo est le deuxième personnage de l’Etat congolais et a indiqué que « la France a l’obligation d’assurer la sécurité des officiels congolais de passage à Paris, de nos représentants et de notre mission diplomatique. Nous exigeons que l’enquête puisse aboutir, que les personnes qui ont agressé M. Kengo ne restent pas impunies et nous attendons que l’ambassadeur de France puisse faire passer ce message-là à Paris », a-t-il ajouté. Le Quai d’Orsay a riposté en assurant que « la visite de M. Kengo en France s’effectuait dans le cadre d’un déplacement privé dont les autorités françaises n’avaient pas été informées ».

La RDC n’est pas au bout de ses peines, bien que les rues de Kinshasa soient calmes pour le moment. L’année 2012 semble être l’année de tous les dangers. Une nouvelle crise post-électorale se profile à l’approche de la publication des résultats des législatives, à la mi-janvier. La Commission nationale indépendante (CENI), qui avait suspendu le 21 décembre la compilation des résultats suite aux nombreuses plaintes pour fraudes, a décidé de reprendre seule les opérations mercredi dernier, alors qu’elle devait attendre l’arrivée d’une équipe technique internationale afin d’assurer la transparence du processus. Le 20 décembre, l’Union Européenne a menacé de « réévaluer son soutien » au pays si des progrès significatifs ne sont pas réalisés lors du dépouillement des votes des législatives, qui se sont déroulées en même temps que l’élection présidentielle du 28 novembre.

Après la présidentielle, la RDC reste donc en état d’alerte. 2012 débute mal pour les Congolais. Leur avenir est incertain.