RD Congo : Le gouvernement Gizenga a le feu vert de l’Assemblée nationale

L’Assemblée nationale a investi, le samedi 24 février, le gouvernement du Premier ministre Antoine Gizenga en adoptant à une très large majorité son programme de « refondation » de l’Etat.

Par notre correspondant à Kinshasa

L’investiture du 1er gouvernement de la troisième république est intervenue après un vote par une large majorité des députés. « Sur 397 députés présents (sur 500 élus), 295 ont voté pour, 94 ont voté contre et 8 se sont abstenus », a déclaré le président de l’Assemblée Vital Kamerhe, à l’issue du vote. Et d’ajouter, « en conséquence, l’Assemblée approuve le programme de gouvernement présenté par le Premier ministre Antoine Gizenga et investi son gouvernement ».

Le programme d’Antoine Gizenga Fundji avait été présenté deux jours plutôt devant les députés, majoritairement acquis au Président Joseph Kabila.

Ce programme se résume en cinq grands axes :

1. La consolidation de la paix et de la nation. Objectif : maintenir la paix et l’unité du pays acquis, sur lesquels Joseph Kabila s’est appuyé pendant sa campagne. Il lui faudra sans doute aller plus loin, car à l’Est des bandes armées sévissent encore et la population attend que le nouveau régime agisse.
2. La reconstruction de l’Etat, ce volet englobe aussi bien la remise en place des infrastructures (routes et électricité) ainsi que celle de services publics (hôpitaux, postes), le plus important étant la réforme de l’Etat et de la police.
3. La relance de l’économie. Le premier ministre s’est prononcé pour une politique économique libérale, donc de privatisation. Dans les domaines éducatifs et sociaux, il prône en revanche l’interventionnisme de l’Etat.
4 & 5. Enfin, les deux derniers axes : la lutte contre la pauvreté et les inégalités et la restauration de la famille et des valeurs morales.

Pour financer son ambitieux programme, Antoine Gizenga a insisté sur la lutte contre la corruption, afin de faire cesser l’évasion fiscale ; mais ce ne sera pas suffisant pour remplir les caisses de l’Etat désespérément vides.

Le premier ministre veut faire financer son budget pour moitié par les bailleurs internationaux, encore faut-il renouer avec eux, en effet depuis mi-206, le FMI a suspendu toutes les aides à la RDC, à cause de sa mauvaise gestion.

Des réactions variables

Le programme du gouvernement a reçu de sévères critiques de l’opposition, notamment le Mouvement de libération du Congo (MLC), qui a l’a qualifié de « catalogue de bonnes intentions, sans plus de précisions sur les coûts ainsi que le chronogramme de mise en oeuvre ».
En outre, un chercheur congolais, le qualifie d’un programme « en marge de l’histoire réelle et trompeur ».

D’autres députés ont aussi donné leur opinion. C’est le cas, par exemple d’Alexis Thambwe Muamba (AMP/majorité). Il a jugé d’excellent le discours du Premier ministre qui témoigne de la détermination de changer les choses. Il a dit avoir lu lui-même le programme du gouvernement tel qu’il a été distribué aux députés et que le discours vient compléter. Bref, c’est le moment d’ouvrir le débat sur programme, a-t-il recommandé.

De son côté, José Endundo Bononge (toujours de la majorité) a fait savoir qu’il s’agit d’un discours des stratégies générales. Il ne faut pas dire qu’il s’agit d’un programme du gouvernement, a-t-il martelé. Avant de souligner que mis à part deux ou trois chiffres qui sont cités, la mise en œuvre de ce plan stratégique demandera des moyens.

Du côté des Congolais « moyens », les réactions sont partagées.
José Mpoy, un habitant de Kalemie (sud-est) se réjouit de cette investiture en la qualifiant de « une très bonne chose car les choses ont beaucoup traîné et cela a favorisé cette cascade des impondérables susceptibles de mettre le feu à la case ».

Pour sa part, Marcel Mankesha, de Kananga (centre) pense que « ce gouvernement ne sera pas crédible car le 1er ministre n’a pas présenté un membre de son équipe (le ministre « fantôme » du commerce extérieur). Et tout porte à croire que le programme sera pour le bien de sa famille politique et non de la population.

Enfin, de Bunia (nord-est) Nicky Nixon estime que « si la paix, la justice et la lutte anti-corruption sont les priorités du gouvernement, c’est bien, mais que cela se confirme sur terrain. C’est ce qu’attendent les peuples congolais ».