Rayhana, nouvelle icône du féminisme

Ni Putes ni Soumises appelle à un rassemblement, ce samedi à Paris, pour soutenir Rayhana, auteure et comédienne franco-algérienne, aspergée d’essence mardi 12 janvier alors qu’elle se rendait à la Maison des métallos où elle présente une pièce de théâtre engagée dans la défense des libertés des femmes. Cette agression ne l’a pas empêchée de remonter sur scène mercredi. Les islamistes sont pointés du doigt. Les réactions d’indignation se multiplient en France. La section antiterroriste de la police française a été chargée de l’enquête.

Le mouvement féministe Ni Putes ni Soumises appelle à un rassemblement, samedi, à partir de 17h30, devant la maison des Métallos (Paris, XIème arrondissement) ce samedi, pour soutenir la comédienne Rayhana, agressée et aspergée d’essence en plein cœur de Paris, mardi, alors qu’elle se rendait à une représentation de sa pièce de théâtre, A mon âge, je me cache encore pour fumer. L’artiste affirmait vendredi sur la radio Europe 1 que la manifestation de soutien devrait « pointer l’intégrisme et dénoncer l’agression de n’importe quel artiste ».

Indignés par ce terrible événement, de nombreux politiques ont réagi. « Cette agression nous rappelle malheureusement que la lutte pour l’émancipation des femmes et contre l’obscurantisme est toujours d’actualité », a déclaré la secrétaire d’Etat à la ville et présidente de l’association, Fadela Amara, qui a salué son engagement dans le combat pour l’émancipation des femmes. Le maire socialiste de Paris, Bertrand Delanoë, a exprimé « sa profonde sympathie ». Une rencontre avec Nadine Morano, secrétaire d’Etat chargée de la Famille, initialement prévue ce vendredi, a été annulée par l’artiste qui souhaitait se concentrer sur les deux derniers jours de représentation de sa pièce et l’interpréter « dans de bonnes conditions ».

Une pièce engagée

Il en a fallu de peu pour que Rayhana soit brûlée vive, mardi. Engagée, féministe, connue pour ses combats contre l’extrémisme islamique, l’artiste dérange. Agée de 45 ans, elle aborde sans tabous la question de la condition féminine en Algérie pendant les années noires dans sa première tragi-comédie rédigée en français : A mon âge, je me cache encore pour fumer. La comédienne et dramaturge, originaire du quartier populaire Bab-el-Oued à Alger, a été prise à partie par un homme qui l’a aspergée d’essence, avant de lui jeter au visage une cigarette qui n’est pas parvenue de l’enflammer. Puis, elle a été a nouveau déstabilisé, par la suite, lorsqu’elle a cherché de l’aide auprès des commerçants du quartier. « Ce qui m’a le plus choqué, c’est que dans un restaurant, les gens m’ont jeté dehors alors que je demandais de l’aide », a confié Rahyana sur Europe 1. Elle a aussi ajouté qu’elle ne savait pas par qui elle avait été agressée et qu’il faut donc éviter les amalgames. Une enquête est en cours.

La comédienne avait déjà subi des menaces le 5 janvier dernier dans les rues de Paris. Un homme, qui s’exprimait en arabe, l’avait menacée verbalement. Ces agressions successives semblent liées à sa pièce de théâtre, à l’affiche à la maison des Métallos. Le texte met en scène neuf femmes algériennes dans un hammam dans lequel les tabous sont laissés à la porte. Dénudées, elles parlent librement de leurs vie sexuelle, frustrations, colères et fantasmes. Réfugiée territoriale en France depuis 2000, Rahyana a toujours dû faire face à des menaces liées à son combat farouche contre toutes les formes de radicalisme religieux.

Alors que la société des auteurs et compositeurs dramatique (SACD) déplorait, jeudi, que la liberté d’expression fût encore menacée en France, la Maison des métallos poursuivait les représentations, la barbarie de cette agression venant confirmer la pertinence et la justesse de la pièce. La comédienne est désormais sous protection policière. La section antiterroriste de la police française a été chargée de l’enquête sur l’agression.