Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix

Les quatre principaux partis ivoiriens d’opposition ont signé ensemble mercredi 18 mai, à Paris, une « plateforme pour le rassemblement des Houphouëtistes ». La cérémonie parisienne entérine une coalition en vue des prochaines élections présidentielles qui se dérouleront le 31 octobre 2005. La création du Rassemblement des Houphouétistes pour la Démocratie et la Paix scelle surtout une alliance entre Henri Konan Bédié et Alassane Dramane Ouattara pour le second tour du scrutin. Pour le Président du Front Populaire Ivoirien, le parti de Laurent Gbagbo, cette alliance est une « coalition de la médiocrité ».

L’union fait la force. Hier, mercredi 18 mai 2005, les quatre principaux partis de l’opposition, le PDCI[[<1>Parti démocratique de Côte d’Ivoire]] de Henri Konan Bédié, le RDR[[<2>Rassemblement des républicains de Côte d’Ivoire]] d’Alassane Ouattara, l’UDPCI [[<3>Union pour la démocratie en Côte d’Ivoire]] dirigée par Albert Mabri Tailleusse, et le MFA[[<4>Mouvement des forces d’avenir]] d’Innocent Kobenan Anaky, ont décidé de former une coalition politique pour la course à la présidence, qui se déroulera en octobre prochain. Les quatre chefs de file ont signé à Paris une « Plateforme pour le Rassemblement des Houphouétistes », qui donne naissance au Rassemblement Houphouétiste pour la Démocratie et la Paix (RHDP). La nouvelle coalition entend œuvrer dans l’esprit de l’ancien Président ivoirien, Félix Houphouët-Boigny, afin de « rétablir la démocratie ». Le Front Populaire Ivoirien (FPI), parti du chef de l’Etat, Laurent Gbagbo, ne mâche pas ses mots à l’égard de la coalition en déplorant dans ce mouvement « l’absence de toute substance politique ».

L’axe Bédié-Ouattata

La « plateforme » est un texte dans lequel chacun des partis signataires déclare solennellement son attachement à l’ « Houphouétisme ». Ce terme désigne et englobe « la pensée, l’œuvre et l’action du Président Félix Houphouët-Boigny (Président ivoirien de 1960 à 1993, ndlr) », « apôtre de la paix en toute circonstance ». Le rassemblement a pour objectif, par le biais des élections présidentielles, de « restaurer l’autorité de l’Etat, l’image et la dignité de la Côte d’Ivoire », ainsi que « le fonctionnement régulier des institutions de la République ». Autrement dit, battre Gbagbo en octobre par le biais des urnes.

Le RHDP est une coalition. Il ne signifie pas la création d’un nouveau parti politique. Il n’institue donc pas l’organisation d’élections afin de présenter un seul candidat émanant de la coalition. Les Houphouétistes misent donc sur le second tour. La coalition laisse les partis signataires libres de présenter leur propre candidat au premier tour. Interrogé par la presse mercredi dernier aux cotés d’Alassane Ouattara, son homologue du RDR, Henri Konan Bédié a déclaré qu’« au second tour, le mieux placé des signataires obtiendra le soutien ou le report des voix des autres ». Par conséquent, si ce schéma est respecté, il n’y aura pas de second tour Bédié-Ouattara. L’alliance entre l’ex-Président ivoirien et l’ex-Premier ministre fait grincer des dents alors que le coup d’Etat de décembre 1999 reste encore en travers de la gorge de beaucoup de partisans du PDCI.

«Une coalition de la médiocrité »

Le rapprochement des partis d’opposition n’est pas une nouveauté. Il était déjà d’actualité avec la création du directoire du G7 en mars 2004, qui comprend les partis signataires de la « Plateforme », ainsi que trois mouvements de la rébellion. Le Rassemblement Houphouétiste exclue cette fois les rebelles par le biais d’un argument légaliste : « la plateforme est signée par les partis politiques. Les Forces Nouvelles ne sont pas un parti politique ». En grande pompe, la cérémonie parisienne réaffirme une solidarité politique entre les quatre partis via l’alliance Bédié-Ouattara, et tente d’amenuiser les divisions internes à quelques mois du scrutin. Au sein du PDCI, la candidature d’Henri Konan Bédié se heurterait à celle de Charles Konan Banny, Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest, comme l’a souligné le Quotidien Mutations dans son édition du lundi 16 mai. Et ce, même si le Secrétaire général du parti, Alfonse Djédjé Madi, a précisé que « le PDCI a un chef, c’est le Président Bédié ».

Qu’en pense le Front Populaire Ivoirien, le parti dont est issu Laurent Gbagbo ? Pour son Président Affi Nguessan, qui s’est confié à Afrik, cette coalition est loin d’être un évènement. « Cette cérémonie est de la poudre aux yeux. C’est absurde, les membres du MFA n’ont jamais été houphouétistes ! » Le numéro un du FPI qualifie le Rassemblement de « coalition de la médiocrité en mal de légitimité sur le plan international ». Une cérémonie « purement publicitaire », pour des partis que le FPI estime totalement discrédités. Face à la nouvelle coalition, le Président du FPI ne tremble pas, en concluant, amusé: « Ce n’est pas parce que l’on a associé quatre coquilles vides que ça fait une bouteille pleine. »