Ramasser les ordures rapporte gros

Une ONG béninoise, le Programme assainissement et protection de l’environnement (Prape), a trouvé une méthode originale pour allier l’environnement et la lutte contre le chômage. Elle associe la population de la pré-collecte des déchets à leur transformation. Résultat : 150 emplois créés. Et une banque d’épargne qui affiche une santé insolente.

Afrik : Vous venez d’être distingué à Dubaï, quels sont les facteurs qui ont déterminé ce choix ?

Victor Gbedo : Nous intervenons dans le développement communautaire. Notre mission se compose de trois programmes : traitement des déchets, financement de projets et un volet associatif avec la mobilisation sociale. Sur ce dernier point, nous appuyons les initiatives locales pour la création d’associations qui permettent aux citoyens de se prendre en charge.

Afrik : Comment faites-vous pour financer les micro-projets ?

Victor Gbedo : Nous avons créé dès 1995, soit deux ans après la naissance de notre ONG, une banque d’épargne et de crédit. Nous ne recevons aucune aide de l’Etat. Nous nous autofinançons avec nos activités économiques.

Afrik : Sur quelles bases financez-vous un projet ?

Victor Gbedo : Tout d’abord, nous étudions tous les dossiers dont les initiateurs ont peu de chances d’être accepter par les banques classiques. Cela ne veut pas dire que nous finançons des projets non rentables. Mais nous donnons plus de chances aux délaissés du système, en leur octroyant des crédits à hauteur de 5 millions de F cfa. Par contre, nous exerçons un suivi du dossier car nous devons être remboursés pour pouvoir financer d’autres projets. Pour l’instant, notre banque a trouvé un large écho auprès de la population.

Afrik : Revenons au tri des déchets, en quoi consiste votre originalité ?

Victor Gbedo : Nous avons une pratique sur le ramassage, le recyclage et le traitement des déchets. Notre méthode est participative. Nous avons commencé à travailler sur un seul quartier. Des jeunes et des groupements de femmes sont chargés de collecter les déchets, de les acheminer à notre centre de transformation et de faire ensuite le tri. Par exemple, nous avons acquis une ferme biologique pour y entreposer les déchets organiques biodégradables. Actuellement, il y a 150 personnes qui sont salariées chez nous dont 120 spécialisées dans le tri des ordures. Cela fait 150 personnes qui ne sont plus au chômage.

Afrik : Quelles sont vos relations avec les autorités ?

Victor Gbedo : Nous avons reçu la première année des subventions de l’Etat et depuis nous fonctionnons avec nos propres ressources. Par contre, la municipalité de Cotonou s’est entièrement déchargée sur nous concernant la gestion des déchets. Notre expérience concerne aujourd’hui 15 quartiers et 2 700 maisons, soit 400 m3 par jour.