Ramadan 2013 : désavoué et seul contre tous, Dalil Boubakeur capitule

Chronique d’une pagaille religieuse anticipée.

La majorité des pays musulmans, dont l’Arabie Saoudite, la Malaisie, le Koweit, Les Emirats arabes unis, l’Algérie, la Tunisie et même le Maroc, qui habituellement débute son mois de jeûne un jour après les autres, ont fixé le premier jour du mois de Ramadan 2013 au mercredi 10 juillet. En Europe, à la différence de la Belgique ou de l’Italie, la France, sous l’égide du Conseil français du culte musulman (CFCM) a décidé, il y a plusieurs semaines, de fixer cette date au mardi 9 juillet. Une décision prise d’avance pour, selon le CFCM, éviter une cacophonie le jour J et permettre à ceux qui le veulent d’anticiper leurs jours de congés. Pourtant, selon la tradition prophétique (sunna), le début du mois de Ramadan est annoncé après avoir cherché le croissant de lune au 29e jour du mois précédent celui de Ramadan. On l’appelle le mois de chaabane. Si le croissant n’est pas visible, alors le mois de chaabane compte trente jours et le mois de Ramadan débute non pas le lendemain du jour d’observation mais le surlendemain. Une règle régit par, entre autre, ce hadith : « Commencez le jeûne en le voyant (le croissant de lune), et cessez le jeûne en le voyant. S’il (le croissant) demeure invisible, complétez trente jours dans le mois de chaabane. »

Boubakeur fait son ramadan

Comment le CFCM a donc pu fixer plusieurs semaines auparavant ce que l’on ne peut savoir que la veille ? Car au final, une cacophonie autour de la date de début a bel et bien eu lieu. En effet, une grande partie des musulmans de France, voire la majorité, a renoncé à jeûner ce mardi préférant suivre la Mecque. La Cour suprême d’Arabie Saoudite a statué lundi soir : « mardi 9 juillet correspond au 30e jour du mois de chaabane, huitième mois du calendrier musulmans qui précède le mois sacré. Faute d’avoir pu voir le croissant de lune, comme le veut la tradition, le 1er jour de Ramadan aura donc lieu mercredi 10 juillet ». Une information importante suivie par la quasi-majorité des musulmans dans le monde.

Même la mosquée de Paris, qui avait elle aussi statué en faveur du mardi 9 juillet, est revenue sur sa décision en annonçant le début du mois de jeûne à mercredi. Avait-elle réellement le choix après l’importante levée de boucliers ? C’est donc contre l’avis de son recteur, Dalil Boubakeur, par ailleurs président du CFCM, que la commission théologique de la Grande Mosquée de Paris a pris cette décision. Seul contre tous, Dalil Boubakeur a fini par capituler ce mardi et tente de justifier le cafouillage pour lequel il est le principal instigateur : « La grande majorité des fidèles a voulu suivre l’Arabie saoudite et d’autres pays, qui commenceront le Ramadan le 10 juillet. Vox populi, vox dei ! Nous avons donc décidé de nous adapter à ce souhait de la Communauté musulmane », a affirmé au Monde.fr Dalil Boubakeur. A noter que l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) avait approuvé dès le début l’idée du CFCM en optant également pour la date du 9 juillet.

Une décision isolée

Sans aucune concertation avec les mosquées de France, le CFCM avait pris la décision de changer sa méthode de calcul en adoptant un calendrier islamique basé sur le calcul astronomique. Pourtant, d’après un propos rapporté par Boukhari, le prophète de l’Islam a été formel : « Nous n’employons pas l’écriture astronomique ou le calcul pour notre jeûne ». Pourquoi donc vouloir aller à l’encontre des principes de calcul ? Dalil Boubakeur a très certainement la science infuse et pense manipuler la religion et les musulmans de France à sa guise en supprimant la nuit du doute. Revers de la médaille, la Communauté musulmane, en le désavouant ce mardi, lui fait clairement comprendre qu’il n’est pas représentatif de leur communauté. Dans ces conditions, le président du CFCM n’a d’autre solution que de prendre ses responsabilités. Sa légitimité à occuper ce poste et celui de recteur de la Grande Mosquée de Paris est plus que jamais remise en question. Une pétition a d’ailleurs été lancée contre celui que les musulmans de France appellent désormais « David Boubakeur », afin qu’il soit démis de ses fonctions. Et si Dalil Boubakeur est plus que jamais pointé du doigt, ses principaux détracteurs n’ont pas de quoi être fiers.

La Grande Mosquée de Lyon joue les trouble-fête

A commencer par la Grande Mosquée de Lyon. Dans un premier temps, son recteur avait annoncé ce lundi que « dans le soucis de préserver l’unité des musulmans de France, la Grande Mosquée de Lyon prendra en compte la décision prise par le Conseil français du culte musulmans qui a fixé le début du mois sacré de Ramadan 1434, le mardi 9 juillet 2013 ». Sauf qu’à minuit, ce même lundi, un second communiqué de la même mosquée indiquait le contraire : « Après concertation avec les différentes mosquées signataires du présent communiqué, il a été décidé que le premier jour du Ramadan sera le mercredi 10 juillet 2013. Cette décision a été prise en conformité avec le hadith du prophète (S.A.W) qui dit : jeûnez à la vision de la lune et rompez à sa vision. »

Les relations entre la Grande Mosquée de Lyon, régit par Kamel Kabtane, et le CFCM sont des plus chaotiques. Kabtane avait décidé de boycotter les dernières élections du nouveau bureau du CFCM. Il reproche l’exclusion de la mosquée qu’il gère après la réforme des statuts du CFCM. N’appartenant à aucune fédération, la Grande Mosquée de Lyon a été « exclue » et reléguée au « rang d’une mosquée de quartier », selon son recteur. En clair, pas de fédération, pas de CFCM. En annonçant qu’elle suivrait les indications du CFCM pour ensuite se rétracter quelques heures avant le début du jeûne, quelle a été l’intention du recteur de la Grande Mosquée de Lyon ? Au même titre que Dalil Boubakeur, Kamel Kabtane a semé la confusion et le désordre au sein de la communauté musulmane lyonnaise. Et pas seulement. De nombreuses mosquées ont suivi le pas en annonçant qu’elles fixaient la date au 10 juillet. Quant aux « mosquées de quartiers » de France, que semble tant mépriser Kamel Kabtane, leur position quant à la date du début du mois de Ramadan a été claire et sans ambiguïté. Comme à leur habitude, toutes, ou presque, avaient attendu la nuit du doute pour statuer.

Réseaux sociaux et sms : la propagande est en marche

Ainsi, dans la nuit de lundi à mardi, une véritable propagande a été mise en route. Des milliers de SMS, indiquant de ne pas suivre le CFCM mais la Mecque, ont défilé partout en France à l’attention des musulmans. Qui sont à l’origine de ces SMS ? Même constat sur les réseaux sociaux. Commentaires et tweets invitaient les musulmans de France à boycotter la décision du CFCM et de suivre l’avis de la Mecque qui affirme ne pas avoir aperçu le croissant de lune. Si ces bienfaiteurs, derrière ces milliers de messages propagandistes, s’inquiétaient tant du bien-être de leurs coreligionnaires, pourquoi ne l’ont-ils pas fait plus tôt ? Lorsque le CFCM a décidé de fixer la date du Ramadan au 9 juillet, pourquoi ses détracteurs n’ont-ils pas réagi à ce moment-là ? Il semble plus que clair que la politique, le pouvoir et l’esprit de revanche y sont pour quelque chose. Les auteurs de ces sms de dernières minutes sont, à l’instar de Dalil Boubakeur, les premiers responsables de ce cafouillage religieux. Il aurait fallu agir plus tôt et non à la dernière minute dans le but que Dalil Boubakeur soit désavoué.

Ce putsch anti-Boubakeur ne regarde donc que ceux qui rêvent de prendre sa place à la Grande Mosquée de Paris et au CFCM. Mais en prenant en otage tous les musulmans de France, ces individus ont joué leur ultime carte. En outre, la plus importante.
Pourtant, voilà depuis bien longtemps que les musulmans de France, pour la majorité, ont arrêté de suivre les directives d’un personnage qui ne prend que rarement la parole en cas d’acte islamophobe. Voilà depuis bien longtemps que la majorité des musulmans de France n’écoute plus un homme à l’affût du pouvoir, qui s’affiche la plupart du temps avec les politiques plutôt qu’avec les gens de sa communauté qu’il est censé servir et écouter. Enfin, voilà depuis bien longtemps, si ce n’est depuis le début, que les musulmans de France ont arrêté d’avoir confiance en une institution initiée en 1999 par Jean-Pierre Chevènement et créée en 2003 par Nicolas Sarkozy.

Le CFCM vit dans un monde politico-religieux qui n’intéresse que la classe politique et ses propres adhérents. Les musulmans de France, et tout particulièrement les nouvelles générations, ont depuis bien longtemps coupé le cordon ombilical.