Rachida Dati au banc des accusés

Répondant à l’appel de mobilisation nationale de leurs trois principaux syndicats, les magistrats manifesteront jeudi dans les rues de France. Atteinte à l’indépendance de la justice, autoritarisme, pressions hiérarchiques sur le personnel judiciaire, la ministre de la justice, Rachida Dati, ne fait pas l’unanimité chez ses fonctionnaires. Elle devra aussi faire face à la grogne des avocats et du personnel pénitentiaire alors que les prisons sont au bord de l’explosion.

« L’action de Rachida Dati est catastrophique ». C‘est en ces termes que Christophe Régnard, président de l’Union Syndicale des Magistrats (syndicat majoritaire) a qualifié le bilan de la Ministre de la Justice et Garde des Sceaux. Il a appelé, au nom de l’intersyndicale, à une mobilisation nationale jeudi. Au programme : manifestations, rassemblement sur les marches des tribunaux et conférences de presse. « La braise couvait et l’ouragan de la semaine dernière a fait partir l’incendie ». L’ouragan c’est la convocation nocturne par Rachida Dati de plusieurs magistrats ayant eu en charge le dossier d’incarcération du mineur qui s’est suicidé à la prison de Metz-Queuleu le 6 octobre dernier. Les magistrats reprochent à la ministre ses convocations constantes pour mauvaises statistiques, propos critiques à son encontre, ses mutations forcées et autres décisions arbitraires. « Tantôt on les considère comme trop laxistes vis-à-vis de la délinquance, tantôt on les considère comme trop sévères », a déclaré Emmanuelle Perreux, présidente du Syndicat de la magistrature.

Il ne s’agit pas d’une fronde corporatiste

La Ministre n’en est pas à sa première polémique. Montée au créneau des magistrats contre la réforme de la carte judiciaire, malaise après le renvoi de sept de ses collaborateurs, convocation du vice-procureur de Nancy, politique jugée « sécuritaire » et « carcérale », les griefs qui lui ont été faits depuis sa nomination foisonnent.

Cette fois-ci pourtant, la révolte s’est généralisée à tous les fonctionnaires de la justice. Rachida Dati devra ainsi composer avec le soutien des avocats et du personnel pénitentiaire à leurs collègues. « Il est essentiel de garantir l’indépendance des magistrats, leur liberté de requérir et de juger, et de les mettre à l’abri de toutes les pressions, qu’elles émanent du ministère de la Justice ou de l’opinion », a indiqué jeudi le Conseil National du Barreau dans un communiqué après avoir « pris la décision de soutenir la manifestation des magistrats ».

Le personnel des prisons s’est insurgé quant à lui du manque de moyens dont il dispose et de la surpopulation carcérale des établissements carcéraux français. Cette colère fait suite aux cinq suicides survenus en prison depuis le début du mois d’octobre qui portent à 91 leur nombre depuis janvier 2008. Alors que les trois syndicats principaux de surveillants avaient appelé à un blocage général des prisons dès le 13 novembre, la ministre avait réussi à l’éviter de peu en convoquant à la hâte les syndicats mercredi matin. Elle s’est engagée à créer des postes supplémentaires de surveillants. Elle sera attendue au tournant : « Crise financière ou pas, nous retournerons sur le terrain si les engagements ne sont pas tenus », a prévenu Céline Verzeletti de la CGT pénitentiaire.

Dure journée donc pour Rachida Dati mais la ministre se veut rassurante et ouverte au dialogue. En visite à Bordeaux pour rencontrer la promotion 2007 des auditeurs de justice à l’École Nationale de la Magistrature, la Garde des Sceaux a déclaré : « Les magistrats ont des états d’âme parce qu’ils veulent être reconnus, entendus. ». Elle aura au moins entendu les sifflets et les huées qui l’ont accueilli dans la capitale de la Gironde.

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