Qui veut la peau de Guillaume Soro ?

Depuis une semaine, les rumeurs vont bon train en Côte d’Ivoire après l’attentat manqué contre Guillaume Soro. La justice ivoirienne vient d’ouvrir une information judiciaire pour connaître ses auteurs, alors que le rescapé appelle de ses vœux une enquête internationale. Une attaque qui soulève bon nombre de questions. Les accords de paix peuvent-ils survivre à ce climat délétère ? Le Premier ministre semble vouloir y croire.

Polémiques et suspicions fusent de tous bords depuis l’attentat commis contre Guillaume Soro vendredi 29 juillet sur l’aéroport de Bouaké. Mais aucune preuve ne permet encore de désigner les coupables qui par leurs actes ont menacé une paix fragile. Jeudi, la justice ivoirienne par la voix du procureur de la Cour d’appel de Bouaké, Fodio Kadio Abo, a indiqué qu’elle engageait des poursuites pénales contre les auteurs de l’attaque. La conduite de l’information judiciaire a été confiée au juge d’instruction de Toumodi en zone sud « loyaliste ».

La justice ivoirienne saisie

Dès lundi, Guillaume Soro, très affecté par l’événement, avait réclamé une enquête internationale pour faire la lumière sur cette affaire dans les plus brefs délais. Les instances onusiennes ont cependant révélé qu’aucune demande officielle n’avait encore été formulée par les autorités ivoiriennes. Il semble que le Premier ministre préfère attendre l’aval du président Gbagbo que l’on sait traditionnellement rétif aux ingérences dans les affaires du pays. Guillaume Soro devrait exposer sa requête la semaine prochaine à Abidjan lors d’un conseil des ministres extraordinaire. Une séance de travail d’abord organisée selon ses termes pour « mieux donner l’espoir aux Ivoiriens et mieux se réengager dans la voie de l’application de l’Accord de Ouagadougou ». Mais au préalable, le Premier ministre a rejoint jeudi la capitale burkinabé pour demander l’appui dans sa démarche du président Compaoré, facilitateur du dialogue direct inter-ivoirien.

Guillaume Soro, très affecté

Un respect du protocole qui n’a pas empêché le leader des Forces nouvelles (FN) d’affirmer haut et fort qu’il connaît les responsables. Une façon habile sans doute de montrer qu’il maîtrise toujours ses hommes et de sauver l’accord de paix signé début mars avec Laurent Gbagbo. Car les conditions et le lieu même de l’assaut sur le Fokker 100 du Premier ministre posent beaucoup de questions. Comment Guillaume Soro a-t-il pu être attaqué à la roquette sur le tarmac de l’aéroport de Bouaké, capitale des FN ? Une agression qui a fait quatre morts et une dizaine de blessés parmi les membres de sa délégation.

Des rumeurs et peu d’indices

Sur le terrain, les indices laissés par les assaillants en fuite sont rares. Et si des personnes ont été arrêtées après l’attentat, rien n’a jusqu’ici prouvé leur lien avec l’attaque. Les messages de sympathie et la consternation ont vite laissé place aux rumeurs. Pour le camp Gbagbo, l’assaut porte la trace des chefs rebelles qui selon eux auraient tout à perdre dans une réconciliation : leur pourvoir militaire et leur confortable train de vie. Côté rebelles, l’unité de façade est conservée. « Aucun de mes chefs militaires n’est mêlé à cette affaire. Ce sont des gens qui ont été envoyés. Ce sont des professionnels. On veut brouiller les pistes, mais je ne me laisserai pas distraire », a indiqué Guillaume Soro. En privé, certains de ses amis dénoncent une machination des loyalistes associés au dissident des FN Ibrahim Coulibaly, seul capable, à leurs yeux, d’organiser une action commando à Bouaké.

« On veut brouiller les pistes »

Un autre point semble en revanche faire l’unanimité en Côte d’Ivoire. Comment se fait-il que l’avion du Premier ministre ait pu être attaqué sur une zone où stationnaient à la fois des militaires français de l’opération Licorne et la force ONUCI (opération des Nations unies en Côte d’Ivoire) ? Une polémique qui a eu le don d’agacer leurs responsables. « Nous ne sommes pas garants de la sécurité des aéroports ivoiriens, elle incombe aux autorités locales », ont-ils indiqué. Pour le journal d’opposition Le Nouveau Réveil, il s’agit là encore d’une tentative de diversion des hommes du président. « Gbagbo a tellement monté les Ivoiriens contre la France que même quand il y a des brouilles dans un couple, c’est la France qu’on accuse d’abord ». La lune de miel de Laurent et Guillaume serait-elle menacée ?

Photomontage : Republic of Togo