Qui a tué Kabila ?

Buste de Laurent-Désiré Kabila à Bukavu.

Trente condamnations à la peine capitale, 26 à perpétuité. La justice militaire a frappé fort dans le procès sur l’assassinat du président Laurent Désiré Kabila. Pourtant, les Congolais restent sur leur faim. Ils ne connaissent toujours pas le véritable assassin de l’ancien chef de l’Etat.

Eddy Kapend, ex-chef d’état-major particulier de l’ancien chef de l’Etat congolais Laurent Désiré Kabila, Leta Mangasa, patron de la sécurité nationale, Nono Lutula, conseiller spécial en matière de sécurité du président défunt et bien d’autres encore ont été comdamnés à la peine capitale. Ainsi en a décidé la Cour d’Ordre Militaire (Com), dans son verdict de mardi dernier, à l’issue d’un retentissant procès qui aura duré près d’une année.

Il y a en tout trente condamnations à mort, la prison à perpétuité pour 26 inculpés et différentes peines de prison pour une trentaine d’autres. Quarante-sept personnes, pour la plupart des femmes, ont été relaxées. Seules condamnées, Nelly Twite Ngoie, ancienne secrétaire particulière du président défunt et Amy Kalumbu, lieutenant de la sécurité présidentielle. Elles écopent respectivement de 20 ans et de 5 ans d’emprisonnement.

Questions sans réponse

L’ambiance à la prison de Makala, où se déroulait le procès, était fonction des verdicts et de la sévérité de la peine. Triste pour les condamnés à mort ou à perpétuité, morose pour les autres condamnations et chaleureuse dans le camp des acquittés. Le colonel Eddy Kapend, ancien chef d’état-major particulier du président Kabila est accusé de s’être préoccupé de poursuivre Rashidi Kasereka, l’assassin du président, au lieu de protéger le chef de l’Etat.

Il n’a pas non plus réussi à expliquer pourquoi l’arme du crime a disparu, encore moins pourquoi, au lieu de se rendre à l’hôpital pour s’enquérir de la santé de son chef, il s’est plutôt précipité à la télévision nationale pour annoncer les mesures que seuls les auteurs de coup d’Etat annoncent dans ce genres de circonstances.

L’instruction continue

Le procès laisse beaucoup de Congolais sur leur faim. Il a duré trop longtemps et n’est pas arrivé à identifier véritablement la main qui a armé le jeune lieutenant Rashidi Muyenze Kasereka. Faute d’être arrivée à faire parler le mort, la Com a ordonné d’inhumer le corps de Rashidi qui était jusqu’ici gardé à la morgue de l’hôpital général de Kinshasa pour enquête. Le procès n’est pas terminé, à en croire le colonel Charles Alamba, procureur général de la Com :  » L’instruction continue, notamment au sujet des personnes dont il manque certains éléments dans le dossier et sur lesquelles continuent de peser certaines présomptions « .

Certainement une allusion aux personnes qui ont été acquittées alors que tout portait à croire qu’elles devaient connaître la vérité. Tel Emile Mota, ancien conseiller économique du chef de l’Etat, le dernier à avoir vu vivant le président Kabila du fait qu’il se trouvait seul à seul avec lui, dans son bureau, au moment des faits. Emile Mota n’aurait pas convaincu la cour sur des questions pourtant capitales comme celles de savoir comment il a pu échapper aux balles du meurtrier alors qu’il était un témoin terriblement gênant et pourquoi il s’est précipité pour ramasser les douilles des balles meurtrières au lieu de défendre le chef de l’Etat. Il a pourtant été acquitté.