Quatre présidents africains dans une Côte d’Ivoire en ébullition

Quatre chefs d’Etat membres du panel de l’Union africaine (UA) entament lundi leur médiation à Abidjan, où ils doivent proposer des solutions « contraignantes » de sortie de crise. Le président burkinabè ne fait pas partie du voyage à cause de l’hostilité des partisans de Laurent Gbagbo. De nouveaux morts ont été enregistrés dimanche et lundi dans la capitale ivoirienne. Les banques continuent de fermer les unes après les autres.

Blaise Compaoré exclu de la médiation de l’Union africaine (UA) en Côte d’Ivoire. Le panel de l’UA s’est rendu ce lundi à Abidjan sans le président Burkinabè, alors que la Côte d’Ivoire, toujours sous tension, court le risque d’une asphyxie financière. La décision de se passer des services du chef d’Etat burkinabè a été prise dimanche à Nouakchott, la capitale mauritanienne, où les quatre autres membres du panel, Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie), Jacob Zuma (Afrique du Sud), Idriss Déby (Tchad) et Jakaya Kikwete (Tanzanie) s’étaient réunis pour préparer leur mission à Abidjan. Peu après l’annonce de la constitution du panel, le camp Gbagbo avait fait pression contre la venue de Blaise Compaoré en Côte d’Ivoire, organisant pour cela une manifestation à Abidjan. Dimanche, plus d’un millier de jeunes pro-Gbagbo se sont rassemblés à l’aéroport d’Abidjan pour contester sa visite. Une stratégie qui a porté ses fruits. Selon l’AFP, la présidence burkinabè a évoqué des « raisons de sécurité » pour expliquer l’absence du président Compaoré auprès de ses pairs.

Huitième médiation

La mission des quatre présidents est la huitième du genre. Les sept précédentes, menées depuis décembre, concomitamment avec la communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), ayant échoué. Cette fois, le panel des présidents a pour mission de proposer des solutions « contraignantes » de sortie de crise, qui seront avalisées par l’Union africaine. A Abidjan, chaque camp campe sur ses positions, estimant qu’il sortira vainqueur de la nouvelle médiation panafricaine. C’est ce qui ressort d’une enquête menée par le quotidien Le Figaro, à la veille de l’arrivée des quatre chefs d’Etat. « Nous accueillons nos amis chefs d’État africains. Ils ont compris et ils ne peuvent que soutenir Laurent Gbagbo», a indiqué Pascal Affi N’Guessan, un fidèle de Laurent Gbagbo. « L’Union africaine a déjà reconnu Alassane Ouattara. Le panel des chefs d’État va le réaffirmer», a laissé entendre de son côté, Patrick Achi, porte-parole d’Alassane Ouattara.

Tensions

Pour de nombreux observateurs, la nouvelle mission de l’UA pourrait connaître le même échec que les précédentes. Laurent Gbagbo pourrait, comme ses partisans l’ont déjà fait savoir, refuser de céder le pouvoir. En face, Alassane Ouattara exige que le verdict des urnes, qui le donne vainqueur de l’élection du 28 novembre selon la Commission électorale indépendante et une bonne partie de la communauté internationale, soit enfin reconnu.

Cet antagonisme entre les deux camps continue d’alimenter la tension dans le pays et son cortège de victimes. Lundi, un homme a été tué et une dizaine de personnes blessées dans le quartier populaire de Treichville au sud d’Abidjan, lors de heurts entre les forces fidèles à Laurent Gbagbo et des partisans de son rival Alassane Ouattara. Les forces de sécurité auraient tiré à balles réelles pour disperser les manifestants. Toujours à Abidjan, lors d’une manifestation organisée dimanche par les partisans d’Alassane Ouattara pour exiger le départ de Laurent Gbagbo, au moins trois personnes avaient été tuées. Ce qui porte à plus de 300, selon l’Onu, le nombre de morts enregistrés depuis le déclenchement de la crise postélectorale. La plupart des victimes seraient des partisans d’Alassane Ouattara.

Les banques continuent de fermer

Dans ce contexte, l’économie du pays continue de se dégrader rapidement. Avec la fermeture en cascade des banques. Lundi, la Société ivoirienne de banque (SIB) au capital duquel participent l’Etat ivoirien (49 % des parts) et la banque marocaine Attijariwafa Bank (51 %) a annoncé sa fermeture. Pour expliquer sa décision, cette banque a indiqué, dans un communiqué, que « la détérioration rapide de la situation du secteur financier qui s’est traduite par la fermeture d’un nombre significatif d’établissements bancaires » l’obligeait à suspendre provisoirement ses activités. C’est la première banque dont une partie du capital vient du secteur public à interrompre son fonctionnement.

La semaine dernière, de nombreux établissements du secteur privé, à l’instar de la Banque ivoirienne du crédit (BICICI), filiale du groupe français BNP Paribas et des filiales du géant américain Citibank avaient fermé leurs portes. Ce qui porte à une dizaine, le nombre de banques qui n’accueillent plus leur clientèle. Alors que de nombreux spécialistes tablent sur un effondrement du système financier ivoirien, le camp Ouattara salue les fermetures d’établissements bancaires comme la réussite de sa stratégie d’asphyxie économique de Laurent Gbagbo. Il y a quelques jours, la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qui lui est acquise, avait agité des menaces de sanctions, voire de fermeture, à l’endroit des banques qui continueraient à travailler en Côte d’Ivoire. Dans une interview accordée lundi au quotidien Le Parisien, Ally Coulibaly, l’ambassadeur nommé en Janvier à Paris par Alassane Ouattara, estime que l’asphyxie financière pourrait avoir raison de Laurent Gbagbo, lequel finirait par ne plus disposer de l’argent pour acheter des armes et payer les mercenaires.

Pour faire face à cette crise financière, Laurent Gbagbo a décidé de nationaliser les banques. Eu égard à cette stratégie, il a fait annoncer vendredi que les filiales ivoiriennes de la Société Générale et de BNP Paribas rouvriront ce lundi, en tant que banques nationales. «Cette décision n’a pas d’effet en droit puisqu’elle émane d’autorités qui ne sont pas légitimes pour prendre des décisions au nom de l’Etat ivoirien», a réagi le ministère français des Affaires étrangères.
A Abidjan, le panel des chefs d’Etat ne dispose plus que d’une semaine, jusqu’au 28 février, pour boucler son improbable mission.