Quand Souad sourit

Déjà vendu à 80 000 exemplaires, le premier album de Souad Massi s’est imposé comme un phénomène de société. Sa tournée de concerts couronnée de succès, Souad se pose un instant et reprend son souffle. Derrière la sensibilité douloureuse qui imprègne l’opus se cache un visage rayonnant. Interview d’une artiste engagée, malgré elle.

Qui n’a pas été touché, dès les premiers accords, par la nostalgie profonde de Raoui, l’album du phénomène Souad Massi ? Sa voix grave chante les déchirements du coeur et fait vibrer les cordes du désespoir. A fleur de luth, la musique de la belle Algérienne paraît inconsolable. Surprise. Le sourire de cette jeune fille de 29 ans réchauffe et illumine. Est-ce le succès foudroyant – déjà 80 000 exemplaires vendus et une tournée mondiale – qui fait rayonner Souad ? Sur son visage, nulle trace de l’amertume qui nourrit l’étrange mélange de chaâbi torturé et de blues qui transporte ses fans. L’envers du décor déconcerte. Et apaise. La douce Souad garde au fond de l’âme ses mélodies qui font pleurer, mais elle en parle avec humour et simplicité. Interview.

Afrik : Le succès de votre premier album a-t-il changé votre vie ?

Souad Massi : Non, pas du tout ! J’ai commencé à 17 ans et j’en ai 29. Ça fait 12 ans que je suis dans la musique. Ma vie, elle a pas changé ! Sauf pour les concerts… On a souvent l’impression que j’ai eu une vie facile, que tout est allé très vite. Mais ça a pris du temps, et j’ai toujours voulu faire ça ! Et puis j’ai des fans qui ne sont pas hystériques. On a une relation d’amitié très forte. On est comme une famille.

Afrik : A chaque fois qu’on vous demande si vous êtes une artiste engagée, on a l’impression que vous éludez la question. Pourtant, sur votre album, il y a un article de la déclaration des droits de l’Homme, et beaucoup de vos chansons dénoncent l’injustice et la guerre …

Souad Massi : J’en ai vu des artistes engagés. Ils s’engagent vraiment. Moi, non, je ne suis pas sur le terrain, je ne milite pas. J’aime bien chanter sur l’amour, la paix, défendre les droits de l’Homme…

Afrik : Le duo Noir et blanc que vous avez fait avec Ismaël Lo, c’est quand même une chanson  » engagée « , non ?

Souad Massi : La chanson avec lui, c’était par rapport aux événements du 11 septembre. On voulait réagir au racisme contre les Arabes qui est né à l’époque. Le gouvernement américain, pour moi, est une dictature. Mais la chanson, elle est contre tous les dictateurs. Contre les dictateurs qui sont en Algérie, au Sénégal…

Afrik : Vous avez aussi fait un duo avec Marc Lavoine. Une chanson très émouvante sur Paris. Comment ça s’est passé, cette rencontre-là ?

Souad Massi : Marc Lavoine, je ne le connaissais pas. Je l’avais vu en Algérie, dans quelques clips. Comme il préparait son dernier album, il voulait des duos avec des voix féminines et il avait beaucoup aimé mon album. J’ai choisi la chanson. J’ai eu un peu de mal à poser ma voix au début parce que je me sens mieux dans les tons graves, mais ça n’a pas été trop difficile de s’accorder.

Afrik : Paris, la première fois, le premier regard, vous vous en souvenez ?

Souad Massi : (rire) Oh oui ! Je m’en souviens : c’était en janvier 1999. Il faisait très froid et je me suis demandée comme on pouvait vivre dans un endroit pareil ! Je devais rester trois jours… Je suis toujours là !

Afrik : Vous pensez parfois retourner en Algérie ?

Souad Massi : Pour y vivre ? Non. En Algérie, on est dans un état… second. J’y étais quand les événements étaient très chauds. Là, ça s’est calmé. Mais c’est la guerre civile. C’est dur, surtout pour les jeunes. Surtout sur le plan artistique. Ils n’arrivent pas à évoluer, à se produire. Ils ont peur. En tant que femme, en me promenant avec une guitare, j’attirais l’attention des gens. J’étais toujours obligée d’être accompagnée par quelqu’un, un frère ou un ami. C’est pour ça que j’ai mis l’article des droits de l’Homme sur mon disque. Marcher dans la rue, sans être obligée de faire gaffe…

Afrik : Que pensez-vous de la célébration de l’année de l’Algérie en France?

Souad Massi : Si ça peut permettre aux artistes algériens de s’exprimer, c’est tant mieux.

Afrik : On sait que vous préparez déjà votre prochain album… vous croyez qu’il aura des accents aussi douloureux que le précédent ?

Souad Massi : Douloureux ? Elles ne sont pas tristes mes chansons…(elle regarde les titres de l’album, incrédule) Ah oui… C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de chansons gaies. (Elle rit) Je vous promets qu’il y en aura dans le prochain !

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