Quand les immigrés apprennent à parler français

Comprendre et se faire comprendre. Difficile de se débrouiller seul dans un pays où l’on maîtrise mal la langue. Parler et écrire sont pour beaucoup d’Africains en France un solide facteur d’intégration. Reportage dans le 13ème arrondissement de Paris dans des cours d’alphabétisation dispensés par l’association Autremonde.

Par Luc Olinga

C’est l’heure de dîner au foyer social de La Bellièvre dans le 13e arrondissement de Paris. Dans ces locaux insalubres qui accueillent des cours d’alphabétisation pour immigrés, des hommes se croisent et se saluent en dialecte soninké et bambara. Brefs conciliabules, poignées de main viriles, éclats de rires. Au fond du couloir, un marché informel s’est improvisé. Dans les salles situées au rez-de-chaussée et réservées aux cours, les portes claquent régulièrement. Nelly et Juliette, deux bénévoles rejoignent leur classe. Autour d’une table rectangulaire posée à quelques mètres d’un tableau « vert », six jeunes Noirs timides sont déjà installés. Cahiers ouverts et crayon à la main.

« Je veux apprendre à parler et à écrire français pour que ça se passe bien avec les gens ici », explique Mamadou, Malien, apprenant depuis trois ans. Ecrire et parler ou comme l’indique le thème de ce soir Parler et Ecrire. Pour cela, Nelly et Juliette ont concocté un exercice : « Dis-moi bonjour et je te dirais qui tu es ». Conversation en binôme. Des situations concrètes relevant du quotidien. « Je ne peux pas bien parler, je ne comprends pas bien, ça ne va pas avec les gens et ça ne m’arrange pas moi. Je reste seul », souscrit d’une voix craintive Adama, le petit nouveau arrivé il y a quinze jours. C’est pour réduire ces cas d’exclusion sociale que la section Alphabétisation, de l’association Autremonde, a mis en place ces cours. Près de 200 apprenants sont répartis dans 4 centres d’accueil. Environ 117 bénévoles assurent régulièrement la dispense de ces cours. Olivier en fait partie.

L’avenir est en suspens

Il est 21h. Son cours vient de commencer. Au fond de la salle, des tables sales, du vieux matériel informatique sont entassés. C’est le dernier des cinq niveaux, autrement dit le groupe des « forts ». Ils ont, pour certains, quatre ans de cours. Ce soir, c’est les compléments d’objet direct et indirect. Ambiance studieuse, méthode différente, public plus âgé. Mais résultat identique. « Je travaillais dans un resto, débite Abdoulaye, la quarantaine, le chef me donnait des recettes et je ne savais pas lire. On m’a envoyé à la plonge. Maintenant ça va bien, je sais lire et écrire, on m’a changé de poste. Je suis à la cuisine et je vais passer mon examen. Je viens d’avoir mon permis de conduire et je peux dire franchement les choses », conclut-il gaiement. Toutefois d’après Olivier, « il ne faut pas se leurrer non plus. Pour la plupart, le but c’est d’abord de trouver du travail, mais les cours leur permettent surtout d’acquérir leur indépendance, leur vie privée en s’affranchissant du milieu malien, insiste-t-il. Ils peuvent s’occuper eux-mêmes de leurs factures, de leurs impôts… »

Seule ombre au tableau, l’avenir de l’association est en suspens. Le Fonds d’aide et de soutien pour l’intégration et la lutte contre les discriminations (Fasild), principale source de financement de l’association, a vu ses subventions gelées en 2004. Et les contours de la politique de la ville ne sont pas encore clairement dessinés. En attendant, les inscriptions reprendront le 5 novembre.

 Contacter l’association Autremonde

Tél : 01 43 14 96 87

29, rue Merlin 75011