Quand les enfants meurent de faim


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Le centre nutritionnel Matumaini, dans la province du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, a été créé après le génocide rwandais de 1994 pour accueillir les enfants réfugiés. Ouvert officiellement en 1998, il est géré par la Congrégation des Sœurs Missionnaires Pallottines. En 2003, il a accueilli et soigné 469 enfants souffrant de malnutrition sévère.

Sifa est une fillette de 5 ans, déplacée par la guerre avec ses parents et ses quatre frères et soeurs. Son visage est légèrement bouffi, elle présente des oedèmes au niveau des membres inférieurs et souffre d’une infection respiratoire aigüe aggravée par une anémie nutritionnelle et un paludisme. Edward, lui, a 6 ans, aîné d’une famille misérable et orphelin de père. Il a développé une malnutrition de type  » kwasa-marasme[[<*>Le Kwashiokor et le marasme sont les deux pathologies les plus fréquentes de la malnutrition sévère. Ils se manifestent respectivement par le développement d’oedèmes au niveau des membres inférieurs du corps et par un amaigrissement extrême dû à une carence excessive en calories.]] ». Tous deux font partie des enfants mal nourris qui trouvent un refuge provisoire au centre nutritionnel de Matumaini (« espérance » en kiswahili), dans la province du Nord-Kivu, en République Démocratique du Congo.

Avec plus de 80 lits d’hospitalisation, ce centre, géré par des Sœurs Missionnaires Pallottines, a recueilli, en 2003, 469 enfants souffrant de malnutrition sévère (contre 648 en 2002) et 1 754 souffrant de malnutrition modérée. En 2002, sur les 648 cas, 89% ont été guéris, 8% n’ont pu être sauvés et 2% sont repartis avec leurs parents avant la fin de leurs soins. Les cas de malnutrition sévère nécessitent environ 30 jours d’hospitalisation. Pendant cette période, les membres de la famille qui ont accompagné les enfants sont aussi pris en charge et assistés. C’est l’occasion pour eux d’apprendre à entretenir un potager, élever du petit bétail, recevoir des bases en nutrition, tout cela pour prévenir la malnutrition ou une rechute de l’enfant. A l’issue du séjour, la famille reçoit une ration alimentaire de plus ou moins un mois, une houe et quelques semences de légumes.

Après le génocide

Quatre religieuses coordonnent les activités et le centre compte 23 personnes, originaires de la région. L’idée de la création de Matumaini est née après le génocide rwandais. A la suite des massacres d’avril 1994, la fondation Raoul-Follereau organise une mission, au mois d’août, et expédie un container de médicaments à Goma, afin de venir en aide aux enfants réfugiés du Rwanda. Un orphelinat est ouvert sous la tutelle de la Congrégation des Sœurs Missionnaires Pallottines, implantée au Rwanda depuis 25 ans. L’orphelinat sera fermé par l’Unicef qui regroupe les enfants dans les camps de Katalé, Kahindo et Kibumba.

Puis le diocèse fait don à la congrégation d’un terrain situé sur le plateau de Murambi, à deux kilomètres de Rutshuru, et une centaine de kilomètres de Goma, la capitale du Nord Kivu. Des tentes y sont installées, avant la construction en dur du centre. Ce dernier ouvre officiellement en juin 1998. Comme c’est le seul centre nutritionnel de la région, les parents font parfois une cinquantaine de kilomètres pour y conduire leurs enfants. A la population locale s’ajoutent les populations déplacées par les guerres.

Avec l’amour, rien n’est impossible

Outre le centre de Matumaini, cinq succursales situées dans un rayon de 37 km au plus, ont été ouvertes et permettent le déploiement des soins. Hormis quelques aides extérieures et, occasionnellement, une fourniture en vivres de la part du Pam (Programme alimentaire mondial), de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation) et de l’Unicef (Organisation des Nations Unies pour l’enfance), le fonctionnement du centre et d’une partie des investissements dépend des donateurs du département « Enfants en détresse » de la Fondation Raoul Follereau.

Si l’action des sœurs commence à être largement connue dans la région, elle se heurte encore malgré tout à certaines difficultés. Dans leur rapport d’activité 2003, les sœurs expliquent qu’elles doivent faire face à de fausses croyances sur l’origine de la malnutrition, souvent confondue avec l’empoisonnement. Certains villages enclavés sont inaccessibles lors des visites à domicile et enfin, l’apparition du sida, chez les parents comme chez les enfants, complique la prise en charge médico-nutritionnelle. Les Sœurs concluent : « La lutte contre la malnutrition consistera d’abord à améliorer la situation socio-économique des familles, en menant un combat contre la pauvreté et l’ignorance de la population ». Pour réussir ce challenge, elles se laissent guider par leur adage : « Sans l’amour, rien n’est possible. Avec l’amour, rien n’est impossible ! »

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