Quand le lait peut réduire la mortalité infantile

Le lait fortifié avec certains nutriments peut contribuer à préserver la prime enfance de certaines maladies et favorise leur croissance. Ce sont les conclusions d’une étude réalisée, en Inde, au centre de recherche en micronutriment d’Annamalai University. Le Professeur Sunil Sazawal, directeur de la structure, revient sur les résultats et les enjeux de cette étude inédite notamment pour l’Afrique.

Pendant près d’un an, 1 272 petits Indiens habitant à Delhi, âgés de 0 à 3 ans, ont consommé entre, à l’aveuglette du lait en poudre. Pour certains, il était fortifié avec des probiotiques, d’une part, avec des vitamines et des sels minéraux, d’autre part. Les probiotiques sont des bactéries, qui lorsqu’elles sont présentes en grand nombre dans le corps humain, contribuent à l’équilibre de la flore intestinale. Ce lait enrichi a permis de protéger les enfants contre certaines maladies respiratoires, comme la pneumonie, et la diarrhée. Deux maladies qui comptent parmi les principales causes de mortalité infantile. Quid de cette expérience inédite, conduite entre avril 2002 et février 2004 et financée par l’entreprise néo-zélandaise, New Zealand Milk, avec le Professeur Sunil Sazawal, directeur du centre de recherche en micronutriment d’Annamalai University, un institut de renommée internationale.

Afrik.com : Pourquoi une telle étude ?

Professeur Sunil Sazawal :
Depuis ses 5 à 7 dernières années, plusieurs études scientifiques sont menées dans le monde sur l’incidence des aliments fonctionnels (des aliments qui contiennent des « composées biologiquement actifs pouvant améliorer la santé ou réduire le risque de maladies », ndlr) sur la santé humaine. C’est dans ce cadre que s’inscrit notre étude qui comporte deux volets. Le premier porte sur l’incidence d’un lait fortifié en vitamines et sels minéraux et le second sur celle d’un lait fortifié avec des probiotiques, les bonnes bactéries (ici le Bifidobacteria, ndlr) et en prébiotiques (ici les oligo-sacharrides du lait, ndlr). Ces dernières contribuent à la croissance dans le corps des bonnes bactéries. Concernant les probiotiques, des essais cliniques, réalisées en Occident, démontrent en effet que l’accroissement du nombre de ces bonnes bactéries, déjà présentes dans l’organisme, contribue à diminuer la mortalité infantile et a des effets bénéfiques sur la santé et la croissance des enfants. Néanmoins, ces expériences n’avaient jusqu’ici été menées qu’en milieu hospitalier sur des enfants malades et ces nutriments n’ont été administrés que sous la forme de médicaments. Ce qui est très lourd pour les enfants et les parents et ne peut permettre d’avoir une démarche préventive. La prévention est au cœur de la problématique de notre expérience. Dés lors, il s’agissait de trouver un véhicule pour amener les probiotiques dans l’organisme de l’enfant. D’où l’idée, de produire un lait en poudre fortifié avec des probiotiques.

Afrik.com : Qu’est ce qui fait la singularité de cette étude ?

Professeur Sunil Sazawal :
C’est la première fois qu’une telle étude sur les probiotiques est menée sur un échantillon aussi pertinent et de cette envergure. Elle démontre que chez des enfants, de 0 à 3 ans qui consomment pendant une période donnée, 12 mois, du lait enrichi avec un certain type de probiotiques, on observe une importante réduction de la mortalité infantile et un effet bénéfique sur leur croissance.

Afrik.com : L’implication de la firme New Zealand Milk dans cette expérimentation n’est il pas un handicap ?

Professeur Sunil Sazawal :
Nous sommes totalement indépendants. New Zealand Milk n’interfère en rien ni dans les choix scientifiques qui ont été faits, ni dans la conduite de nos travaux. Elle n’en a assuré que le financement notamment en produisant le lait avec lequel les expériences ont été effectuées.

Afrik.com : Quel est l’intérêt de cette étude pour l’Afrique, qui est le continent qui enregistre le plus important taux de mortalité infantile au monde ?

Professeur Sunil Sazawal :
Nous conduisons une étude similaire actuellement en Tanzanie. Le problème est qu’en Afrique, il n’est pas possible de soigner les gens parce que les traitements sont onéreux et que l’on ne dispose pas de moyens suffisants. De plus, le continent doit faire face, compte tenu des habitudes alimentaires – consommation quasi exclusive de céréales, à la malnutrition. A cela s’ajoute le paludisme qui provoque l’anémie et qui rend vulnérable l’organisme humain face à certaines infections. Les probiotiques peuvent permettre, au lieu d’avoir à soigner les enfants, de les protéger contre les maladies. Et le lait, qui est largement consommé en Afrique, est un véhicule probant dans cette démarche préventive. Cependant, il faut remarquer que le recours aux probiotiques est également coûteux.

Afrik.com : D’où peut être l’intérêt du second volet de votre étude…

Professeur Sunil Sazawal :
En effet, le lait enrichi avec un ensemble de sels minéraux et de vitamines comme la vitamine A, C et E, le fer, le zinc et le sélénium peut contribuer à protéger les enfants de certaines affections respiratoires, comme la pneumonie, et de la diarrhée. Des maladies qui comptent parmi les principales responsables de la mortalité chez les enfants de 0 à deux ans.