Quand le Général Gueï veut devenir président de la Côte d’Ivoire

Robert Gueï, président du Comité national de salut public, a décidé de présenter sa candidature pour les élections présidentielles du 17 septembre prochain en Côte d’Ivoire. Les réactions ne se sont pas faites attendre

Le masque est tombé. Mardi 8 août, Robert Gueï s’est porté candidat à l’investiture du Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) pour les présidentielles du 17 septembre prochain. Arrivé au pouvoir par le coup d’état militaire du 24 décembre 1999, M. Gueï avait jusqu’alors affirmé que son objectif était de rendre le pouvoir aux civils.

La candidature du chef de la junte sera examinée le 12 aôut lors de la convention du PDCI à Yamoussoukro. Une dizaine d’autres candidats à l’investiture sera en lice.

Etat de choc

Les aspirations présidentielles de Robert Gueï n’étaient plus un secret pour personne. Mais la nouvelle a mis le pays en état de choc. Au journal Fraternité Matin, proche du gouvernement, l’annonce a fait l’effet d’une bombe :  » La surprise a été générale. Comme pour beaucoup d’Ivoiriens, l’embarras est de mise ici « , précise un journaliste.

Un Ivoirien indique qu’autour de lui,  » tout le monde s’étonne « . Pour lui, Robert Gueï cherche l’investiture du PDCI car il lui serait impossible de gagner l’élection sans l’appui d’un parti. Pour Lanciné Camara, président de l’Union internationale des journalistes africains, Robert Gueï ne doit pas se présenter, sous peine de mettre la Côte d’Ivoire en danger.

En proie au déchirement

Mercredi dernier, des chefs traditionnels ont demandé à M. Gueï de se présenter, en lui donnant une caution de 20 millions de francs CFA. Le journal Notre voie s’interroge :  » à qui veut-on faire croire qu’une telle demande ne pue pas la mascarade ?  » M. Gueï a indiqué aux chefs qu’il devait prendre avant tout l’avis du Comité national de salut public. En réalité, le général avait déjà déposé sa candidature auprès du PDCI.

Par la nouvelle constitution adoptée le 24 juillet dernier par référendum, des critères plus stricts de nationalité entrent en compte pour l’éligibilité des candidats à la présidentielle. Ainsi, bien qu’ayant été Premier ministre, Alassane Ouattara ne pourrait peut-être pas se présenter. Lacina Dao est militant en France du Rassemblement des républicains (RDR), parti de M. Ouattara. Pour lui,  » Gueï ethnise le pouvoir en s’appuyant sur les yacoubas, son ethnie d’origine. Il en existe pourtant 72 en Côte d’Ivoire…  »

Au PDCI, la lutte des courants repart de plus belle. Henri Konan Bédié, président statutaire du Parti démocratique de la Côte d’Ivoire, est aussi le président ivoirien renversé lors du coup d’état de M. Gueï. Autant dire que le PDCI est en proie au déchirement entre partisans de M. Bédié et de M. Gueï. Aujourd’hui, M. Bédié est en exil en France.

Pour, Séraphin Boni, secrétaire général du PDCI en France,  » M. Bédié est le candidat naturel du PDCI « . M. Boni s’en prend à la candidature de Robert Gueï :  » C’est une foutaise, une moquerie pour notre parti. On ne peut pas faire un coup d’état au PDCI et lui demander l’investiture ! Nous demandons la démission de M. Laurent Dona Fologo [secrétaire général du PDCI, Ndlr], car il a trahi. Dès le dépôt de la candidature de M. Gueï, il aurait dû déclarer l’irrecevabilité. La stratégie de Robert Gueï consiste à écarter Alassane Ouattara [ancien premier ministre et candidat à la présidentielle, Ndlr] par la constitution, à écarter M. Bédié en disant que sa sécurité au pays n’est pas assurée, et à gagner les élections en pointant le fusil sur la population.  »

La Côte d’Ivoire n’avait jamais connu de coup d’état depuis son indépendance en 1960. M. Gueï se présente comme le recours dans un pays en crise. A quelques semaines des élections présidentielles, les cieux politiques ivoiriens s’obscurcissent.