Quand la presse française doute de l’élection d’Obama parce qu’il est noir

Les sondages sont tous favorables au candidat démocrate. La crise économique renforce sa côte de popularité auprès des américains. Mais pour certains chroniqueurs de la presse hebdomadaire française, le candidat investi par le parti démocrate demeure handicapé par la couleur de sa peau.

D’un côté, ceux qui pensent que les origines noires de Barrak Obama pourraient le disqualifier. De l’autre, ceux qui évaluent la quantité et la qualité de la mélanine du candidat pour calculer ses chances à obtenir les faveurs des américains. Pour ces derniers, Barrak Obama n’est pas vraiment un noir, et c’est pour cela qu’il dispose de quelque chance d’être élu le 4 novembre prochain. Une certitude toutefois dans un cas comme dans l’autre, c’est la couleur de la peau qui départagera les deux candidats à la présidentielle américaine trois semaines.

La couleur de peau guiderait l’électeur

L’hebdomadaire Marianne affiche ainsi son pessimisme. En dépit de son charisme et de son intelligence, le sénateur de l’Illinois pourrait bien perdre, à cause de la couleur de sa peau. Oubliés les sondages, qui le donnent tous vainqueur ; oubliée la crise économique qui s’inscrit au passif du camp républicain ; oublié le profond désir de changement des américains, fatigués de huit années du règne de George Bush. Pour Guy Sitbon chroniqueur à l’hebdo qui signe l’analyse, un profond gouffre sépare cette réalité objective des vrais sentiments des Américains. Ceux-ci feront pense-t-il, de la couleur de la peau la valeur refuge, en cette période d’incertitude socio-économique. Ils voteront pour un candidat physiquement proche d’eux. Or rappelle le journaliste, Barrak Obama est noir et c’est ce qui compte le plus, quoi qu’en disent les enquêtes d’opinion. Et comme ces enquêtes prétendent le contraire, Guy Sitbon va sonder le subconscient des Américains. « Beaucoup sont tout à fait résolus à voter Obama, mais le feront-ils ? », s’interroge-t-il.

Si le paramètre racial n’apparait que peu ou prou dans la campagne, c’est, explique-t-il, parce que le sujet est tabou. « On le pense, on le chuchote, mais personne n’aurait la grossièreté de vomir une saleté aussi immonde – que le vote raciste-NDLR-, même entre amis ». L’argumentation est par contre beaucoup moins affirmative. Guy Sitbon convoque à l’appui de sa thèse une foule d’experts qu’il ne cite ni ne nomme. Ses sources sont l’intellectuel raciste qui se couvre du voile de l’anonymat pour dire son adhésion à la théorie éculée de l’infériorité intellectuelle et éthique des noirs. Il assène une seule certitude : 6% des électeurs de gauche voteront contre Barrak Obama en raison de la couleur de sa peau. « Dans l’obscurité angoissante des isoloirs, qui l’emportera ? La tête ou le cœur (…) ? Le conscient ou l’inconscient ? » Interroge-t-il.

Obama n’est pas noir…

A l’inverse, Rolland Hureaux voudrait bien lever l’hypothèque raciale qui pèse sur l’investiture du candidat démocrate. Mais à une condition essentielle, que le candidat ne soit pas considéré comme noir. Pour lui, il n’en est d’ailleurs pas un. Dans sa chronique, l’historien et chroniqueur associé à Marianne n’hésite pas à le présenter comme un « blanc déguisé en noir ». L’historien revisite l’histoire, pour blanchir le peu de noir qui pourrait rester chez le candidat. Les noirs dont est issu l’ascendant africain de Barrak Obama ne sont pas des noirs comme les autres. Ce sont des noirs supérieurs, la « race des seigneurs », les nomme-t-il. Ce sont un peuple de fiers guerriers, les nilo-hamitiques pasteurs de l’Afrique de l’est, qui sont tout le contraire des bantous – les vrais noirs- agriculteurs et sédentaires, qu’ils ont toujours dominé. On pourrait même, dit-il, appliquer à ce peuple qui a résisté à l’envahisseur et esclavagiste arabe, l’expression de « peuple sûr de lui et dominateur » comme le disait de Gaulle à l’endroit des juifs.

Pour, Claude Weill chroniqueur au Nouvel Observateur, Barrak Obama est peut-être noir, mais il a la peau claire, ce qui n’est pas peu de chose. « C’est un métis dit-il, comme la plupart des élites noires américaines ».

Ces chroniques surprennent, par leur fixation sur la couleur de peau du candidat démocrate. La réalité américaine n’est pourtant pas celle de la France. La nomination de Condoleeza Rice à la tête du secrétariat d’Etat américain n’avait pas suscité de débat passionné outre atlantique, encore moins celle de son prédécesseur Colin Powell. C’est vrai que des Richard Pearson qui dirige Time Warner, le groupe de médias le plus puissant du monde, ou encore Oprah Winfrey présentatrice vedette, qui chaque semaine rassemble 45 millions de téléspectateurs américains devant le petit écran, n’existent pas en France. A chaque pays son histoire : la France a donné au monde la déclaration universelle des droits de l’homme, qui garantit l’égalité de tous les hommes. Mais elle peine à intégrer ses minorités. A l’opposée, les Etats-Unis ont promu une politique d’intégration dont les résultats sont aujourd’hui visibles. Pourquoi donc un noir n’accéderait-il pas à la Maison blanche ?