Quand l’éclipse rayonne

L’éclipse totale de soleil a rendez-vous, jeudi 21 juin, avec l’Afrique australe. A Madagascar, les autorités publiques sont à pied d’oeuvre, depuis un an et demi, pour que le pays puisse vivre l’événement en toute sérénité. Interview de Yolande Rajaobelina, coordonnateur général du Comité national malgache pour l’éclipse solaire.

L’Afrique australe s’apprête à vivre, jeudi 21 juin, la première éclipse solaire du troisième millénaire. Cinq pays, l’Angola, la Zambie, le Zimbabwe, le Mozambique et Madagascar, se partageront le privilège de bénéficier de la bande de totalité. La nuit en plein jour. Deux minutes trente secondes de clair obscur où le soleil a rendez-vous avec la lune.

A Madagascar, un Comité national pour l’éclipse travaille depuis 1999 à la préparation de l’événement. Entre prévention – contre les dangers liés à l’observation du phénomène à l’oeil nu – et organisation – pour installer une logistique touristique d’accueil inexistante dans le sud de l’île -, Yolande Rajaobelina, le coordinateur général du comité, revient sur l’ensemble du travail accompli et sur les quelques superstitions nationales.

Afrik : Il existe d’importants dangers liés à l’observation à l’oeil nu de l’éclipse. Qu’est ce qui a été fait en matière de prévention ?

Yolande Rajaobelina : Regarder le phénomène à l’oeil nu peut occasionner des lésions irréversibles sur la rétine, pouvant même aller jusqu’à la cécité. Le président de la République a lancé un appel national, le 26 mars dernier, pour rappeler les dangers de l’éclipse et la nécessité de s’en prémunir en utilisant des lunettes spéciales d’observation.

Le ministère de la Santé et les forces armées ont ensuite développé une  » Task force « , une campagne de sensibilisation et de distribution de lunettes. Quinze millions de lunettes ont été fabriquées. Elles ont été gratuitement distribuées aux écoliers, enseignants, personnels médicaux, religieux et militaires. Sinon, elles étaient vendues 2 500 FMG pièce (2,5 FF).

Les gendarmes et les militaires sont allés dans les coins les plus reculés du pays pour assurer la fourniture de lunettes de protection. Nous avions même un avion léger pour effectuer des largages au-dessus de zones difficilement accessibles par voies terrestres.

Afrik : La bande de totalité traverse le sud du pays, une région semi-désertique. Comment vous êtes vous organisés pour accueillir les touristes de l’éclipse ?

Yolande Rajaobelina : Plus de sept mille personnes sont venues à Madagascar pour observer l’éclipse. Sans compter les Malgaches eux-mêmes qui vont se rendre dans le sud pour bénéficier de l’éclipse totale. Le sud de l’île ne disposait pas ou peu d’infrastructures d’accueil. Côté logement, nous avons installé de nombreux campings dans la zone. Comme cela ne suffisait pas, le président de la République a fait installer des constructions en dur et a prêté d’énormes tentes pour héberger les touristes.

Comme le sud est dépourvu de moyens de communication, en particulier de téléphones, nous avons installé de nombreuses cabines par satellite dans toute la bande de totalité. Côté sanitaire, nous disposons d’un hôpital de campagne capable de réaliser quelques interventions de base.

Afrik : Y a-t-il une psychose de l’éclipse chez les Malgaches ?

Yolande Rajaobelina : Il y a une certaine psychose liée à la surmédiatisation de l’événement. Toutes les demi-heures, on peut entendre un message sur l’éclipse à la radio ou à la télé. Les gens ont peur. Ils sont conscients qu’il existe des risques, alors pour se protéger au maximum, certains pensent à se barricader chez eux.

Il existe également quelques superstitions qui demeurent dans le pays. Des superstitions qui veulent qu’un enfant né pendant l’éclipse porte malheur. Plus salutaires, certaines croyances interdisent de regarder le soleil pendant l’éclipse. Et puis il y a les sectes, dont certaines prétendent que  » Dieu les garde  » et qu’ils n’ont pas besoin de porter des lunettes pour regarder l’éclipse !. Un discours sot et dangereux parce que Dieu nous protège tous, mais quand il pleut, vous êtes mouillés comme tout le monde.