Quand l’Afrique regarde l’Irak

Les Etats-Unis et la Grande Bretagne terminent les préparatifs d’une intervention militaire en Irak. Une guerre dont ils peinent toujours à apporter la légitimité devant le Conseil de sécurité des Nations unies. De l’Union africaine à Nelson Mandela, d’Oran à Ouadougou, les regards sont braqués sur le golfe.

Ce mercredi, Colin Powell, secrétaire d’Etat aux Affaire étrangères des Etats-Unis, s’est adressé au conseil de sécurité des Nations Unies pour tenter de convaincre de la nécessité d’une intervention en Irak. Il a fourni de nouveaux témoignages à l’appui de sa démonstration, mais son discours n’a pas changé la donne. Sur les 15 pays du Conseil, 9 s’opposent toujours à la guerre et s’en remettent aux conclusions des observateurs mandatés par l’Onu. Parmi ceux-ci, on compte l’Angola, le Cameroun et la Guinée. La menace d’une guerre fait réagir l’Afrique. De l’Union africaine à Nelson Mandela, d’Oran à Ouadougou, les regards sont braqués sur le golfe. Extraits de presse.

L’ANC et la  » machination  » américaine

The Independant : « Dans un discours de 83 minutes, illustré de photos satellites et d’enregistrements téléphoniques d’officiers militaires irakiens, Powell accuse l’Irak de  » dissimuler ses tentatives de produire plus d’armes de destruction massive « . L’African national congress a dénoncé ce rapport construit de toutes pièces pour justifier la guerre. Le représentant de l’ANC, Smuts Ngonyama, a déclaré que c’était le désespoir qui contraignait ainsi les Etats-Unis à  » mettre en place un telle machination  » pour justifier la guerre, selon Business Day. Le président sud-africain Thabo Mbeki a demandé à son envoyé Aziz Pahad, ministre des Affaires étrangères, de partir pour l’Irak vendredi pour sa mission de médiation. »

Nelson Mandela lance un appel au monde

Mail and Guardian :  » Ce que je condamne, c’est que deux pays puissent se soustraire aux Nations Unies et suivre leur propre programme, au mépris de l’Onu « , a déclaré Nelson Mandela, désignant les Etats-Unis et le Royaume-Uni.  » Hans Blix et Mohammed El-Baradei sont des hommes intègres et nous leur devons le respect. Nous n’écouterons qu’eux. Nous n’allons pas suivre les Etats-Unis  »

La guerre :  » facteur déstabilisateur  » sur le continent

Communiqué final après la conférence d’Addis-Abeba : « L’Union africaine est d’avis qu’une confrontation militaire en Irak constituerait un facteur déstabilisateur dans toute la région et aurait des conséquences graves, au plan économique et sécuritaire pour tous les pays du monde, en particulier pour ceux d’Afrique. »

Le « tour de passe-passe » de Colin Powell

Le Quotidien d’Oran : « Aussi bien cette curieuse façon qu’a eue M. Powell de s’isoler dans un hôtel juste à la veille d’une intervention, dont on aurait pu croire que les arguments étaient réunis depuis des semaines, que les multiples précautions prises à expliquer que les éléments contenus dans le dossier irakien ne révéleront pas de « flagrant délit » de la part de l’Irak, trahissent au final l’inconfort des Américains à présenter des preuves indiscutables et non pas seulement des présomptions sujettes à interprétation. (…)Et le fait que M. Powell ait eu l’idée de les étayer, comme en une espèce de séance de marketing, par des images photographiques et des communications téléphoniques interceptées ne dispense pas le chef de la diplomatie américaine du soupçon d’avoir tout au plus animé, devant le Conseil de sécurité, une séance de passe-passe. »

Résumé prophétique dans la langue verte des hommes intègres (Burkina) :

L’Observateur Paalga :  » Qu’importe, Georges Walker Bush veut achever le job entamé il y a 12 ans par son père et cette guerre, il la fera, n’en déplaise à Jacques Chirac et à Gerard Schroëder de la « vieille Europe ». L’impatience de l’Oncle Sam à en découdre avec Saddam le vilain despote est d’autant plus suspecte que si des doutes subsistent sur l’Irak, la Corée du Nord par contre où règne le dernier régime stalinien de la planète ne fait pas mystère de son programme nucléaire, et pas seulement à des fins civiles. Mais PyongYang n’intéresse pas outre mesure Washington, plus préoccupé par la forte odeur de pétrole en provenance de l’Irak et du Golfe. Comme on veut noyer son chien donc, on l’accuse de rage, et on l’abattra. Reste simplement à fixer la date de l’exécution «