Quand Dakar roule au pas

Les autorités sénégalaises se sont lancées dans une politique de grands chantiers pour rénover les infrastructures routières de Dakar. Problème : ils ont tous été lancés en même temps. Il n’y a désormais qu’une seule et unique route pour entrer ou pour sortir de la capitale. Résultat : des embouteillages monstres qui multiplient par 3 ou 4 les temps de trajets. Alors même que la saison des pluies n’a pas encore commencé…

De Dakar

Embouteillages : les autorités sénégalaises ont peut-être poussé le bouchon un peu trop loin ? Gagner le centre-ville de Dakar en voiture relève aujourd’hui du cauchemar. Là où vous mettiez 20 minutes pour faire votre trajet quotidien comptez désormais jusqu’au quadruple aux heures de pointe. Car si toutes les routes mènent à Rome, plus qu’une seule mène à la Dakar. Les autres étant toutes simultanément en travaux. D’où que vous veniez, il vous faudra invariablement passer par la Patte d’Oie. La Corniche, Coloban, le pont de Hann étant fermés à la circulation.

« Toute la ville est en chantier. C’est difficile. Je ne conteste pas l’idée de refaire les routes, mais pas toutes en même temps. Ce n’est pas très intelligent, le bon sens aurait voulu qu’ils échelonnent les travaux », se désole Malik, chauffeur de taxi, qui nous explique que les élections présidentielles de 2007 ne sont pas étrangères à la situation. « Ils ont eu un mandat de cinq ans, et c’est maintenant qu’ils se réveillent. Mais eux s’en moquent, ils ne connaissent pas les embouteillages parce qu’ils sont escortés par la police toutes sirènes dehors. »

Art du pilotage

A part certains privilégiés, tout le monde est logé à la même enseigne. Les routes dakaroises nouvelle école de patience ? Pas vraiment. Car chaque mètre de gagné est une victoire. Et tous les moyens sont bons pour grappiller quelques coudées. Véritables Ronaldo urbains, les automobilistes exploitent la moindre ouverture pour avancer. Art du pilotage et magie du réflexe, on se met à croire que certains ont définitivement appris à conduire sur Playstation. Quitter le goudron de la voie plus si « rapide » que ça pour doubler à droite sur la terre battue, slalomer en passant à 2 cm des autres voitures avec son klaxon comme meilleur ami, émotions fortes garanties. Surtout avec les chauffeurs de taxi, surtout quand votre main cherche discrètement une illusoire ceinture de sécurité, qui vous aurait un brin rassuré.

Reste que la situation n’est pas à prendre à la légère. Chez les chauffeurs de taxi, plus que chez tout autre, c’est la soupe à la grimace. « J’ai mis plus de 2 heures pour une course que je fais normalement en 15 mn. Tout ça pour 1 500 FCFA (un peu plus de 2 euros, ndlr). Ça devient compliqué pour nous, explique Moussa. Et ça c’est sans compter l’augmentation du prix de l’essence, que l’on consomme plus dans les embouteillage. Le mois dernier, ils ont augmenté deux fois en trois semaines les prix à la pompe ». Des surcoûts qui sont forcément répercutés sur les usagers. Les courses sont devenus tellement peu rentables que certains chauffeurs de taxi refusent tout simplement de vous conduire au centre-ville.

Le spectre de la saison des pluies

Mais le pire reste à venir. Car la saison des pluies n’est pas encore commencée. Et les mois de juillet, d’août et de septembre promettent l’enfer aux automobilistes. Ce qui, jusque-là, n’était que du sable et de la poussière, aura tôt fait de se transformer, au mieux en bourbier, au pire en mares ou même en lacs. Quand on évoque la triste perspective avec les Dakarois, ils le prennent, pour l’instant, avec philosophie. Même s’ils savent très bien à quelle sauce ils vont être mangés.

Tout devrait être fin prêt avant les élections. La manœuvre semble grossière, et peu de personnes sont dupes quant aux objectifs de cette frénésie de travaux. Et le calcul pourrait ne pas s’avérer aussi payant que cela. Les autorités doivent s’attendre à un avis de tempête, car Dakar pourrait, demain, être très facilement paralysé. Et elles auront malheureusement donné le bâton pour qu’on les batte. Mais l’heure est aujourd’hui à la patience, non pas tant de les attendre au tournant que d’arriver tout simplement à destination.